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jeudi 26 juin 2014

L’été est trop long


[Jacques vit avec sa mère chez sa grand-mère, en Algérie, qui s’occupe de son éducation.]

«L’été est trop long », disait la grand-mère qui accueillait du même soupir soulagé la pluie  d’automne et le départ de Jacques, dont les piétinements d’ennui au long des journées torrides, dans  les pièces aux persiennes closes, ajoutaient encore à son énervement.
Elle ne comprenait pas d’ailleurs qu’une période de l’année fût plus spécialement désignée  pour n’y rien faire. « Je n’ai jamais eu de vacances, moi », disait-elle, et c’était vrai, elle n’avait  connu ni l’école ni le loisir, elle avait travaillé enfant, et travaillé sans relâche. Elle admettait que,  pour un bénéfice plus grand, son petit-fils pendant quelques années ne rapporte pas d’argent à la  maison. Mais, dès le premier jour, elle avait commencé de ruminer sur ces trois mois perdus, et,  lorsque Jacques entra en troisième, elle jugea qu’il était temps de lui trouver l’emploi de ses  vacances. « Tu vas travailler cet été », lui dit-elle à la fin de l’année scolaire, « et rapporter un peu d’argent à la maison. Tu ne peux pas rester comme ça sans rien faire». 
En fait, Jacques trouvait qu’il avait beaucoup à faire entre les baignades, les expéditions à  Kouba (1), le sport, le vadrouillage (2), dans les rues de Belcourt (1) et les lectures d’illustrés, de  romans populaires, de l’almanach Vermot (3) et de l’inépuisable catalogue de la Manufacture  d’armes de Saint-Étienne. Sans compter les courses pour la maison et les petits travaux que lui  commandait sa grand-mère. Mais tout cela pour elle était précisément ne rien faire, puisque l’enfant  ne rapportait pas d’argent et ne travaillait pas non plus comme pendant l’année scolaire, et cette  situation gratuite brillait pour elle de tous les feux de l’enfer. Le plus simple était donc de lui  trouver un emploi.
En vérité, ce n’était pas si simple. On trouvait certainement, dans les petites annonces de la  presse, des offres d’emploi pour petits commis ou pour coursiers. Et Mme Bertaut, la crémière dont  le magasin à l’odeur de beurre (insolite pour des narines et des palais habitués à l’huile) était à côté  de la boutique du coiffeur, en donnait lecture à la grand-mère. Mais les employeurs demandaient  toujours que les candidats eussent au moins quinze ans, et il était difficile de mentir sans effronterie  sur l’âge de Jacques qui n’était pas très grand pour ses treize ans. D’autre part, les annonciers  rêvaient toujours d’employés qui feraient carrière chez eux. Les premiers à qui la grand-mère  présenta Jacques le trouvèrent trop jeune ou bien refusèrent tout net d’engager un employé pour  deux mois. « Il n’y a qu’à dire que tu resteras, dit la grand-mère. – Mais c’est pas vrai. – Ça ne fait  rien. Ils te croiront. »

Albert Camus, Le premier homme, Gallimard, 1994 (édition posthume)

(1) Kouba et Belcourt : quartiers d’Alger
(2) vadrouillage : promenades
(3) Almanach Vermot : calendrier comportant des jeux, des dessins humoristiques, des informations dans  des domaines variés : météorologie, jardinage, cuisine, santé...
Compréhension
1. Quel point commun la grand-mère trouve-t-elle à « la pluie d’automne et [au] départ de  Jacques » ?
2. Pourquoi la grand-mère de Jacques ne comprend-elle pas l’intérêt des vacances d’été ?
3. Pour quelle(s) raison(s) veut-elle que Jacques travaille pendant l’été ?
4. Jacques trouve-t-il qu’il manque d’occupations ? Justifiez votre réponse.
5. Expliquez la phrase « cette situation gratuite brillait pour elle de tous les feux de l’enfer ».
6. Comment la grand-mère se renseigne-t-elle sur les offres d’emploi ?
7. Est-il facile pour Jacques de trouver un emploi ? Pourquoi ?
8. Quel conseil la grand-mère de Jacques lui donne-t-elle ?

Production
§  Résumez le texte en quelques lignes.
§  Les vacances sont-elles utiles ? Faudrait-il les réduire ? Exprimez votre opinion personnelle.

(de 250 à 300 mots)

samedi 19 avril 2014

Mouvements Littéraires

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vendredi 7 février 2014

Un jardin impressionniste (description d’un jardin inspiré par Monet)

Monet, Femmes au jardin à Ville-d’Avray, 1866 

Monet, Jardin en fleurs, 1866



En bas, lorsqu’elles mirent les pieds dans le jardin, toutes deux poussèrent un cri. Elles ne le reconnaissaient pas, tant ce fourré impénétrable ressemblait peu au coin propre et bourgeois qu’elles avaient vu au printemps.
- Quand je vous le disais ! répétait Rosalie triomphante.
Les massifs s’étaient élargis, changeant les allées en étroits sentiers, dessinant tout un labyrinthe où les jupes s’accrochaient au passage. On aurait cru l’enfoncement lointain d’une forêt, sous la voûte des feuillages qui laissait tomber une lumière verte, d’une douceur et d’un mystère charmants. Hélène cherchait l’orme au pied duquel elle s’était assise en avril.
- Mais, dit-elle, je ne veux pas qu’elle reste là. L’ombre est trop fraîche.
- Attendez donc, reprit la bonne. Vous allez voir.
En trois pas, on traversait la forêt. Et là, au milieu du trou de verdure, sur la pelouse, on trouvait le soleil, un large rayon d’or qui tombait, tiède et silencieux, comme dans une clairière. En levant la tête, on ne voyait que des branches se détachant sur la nappe bleue du ciel, avec une légèreté de guipure. Les roses thé du grand rosier, un peu fanées par la chaleur, dormaient sur leurs tiges. Dans les corbeilles, des marguerites rouges et blanches, d’un ton ancien, dessinaient des bouts de vieilles tapisseries.
- Vous allez voir, répétait Rosalie. Laissez-moi faire. C’est moi qui vais l’arranger.
Elle venait de plier et d’étaler la couverture au bord d’une allée, à l’endroit où l’ombre finissait. Puis, elle fit asseoir Jeanne, les épaules couvertes de son châle, en lui disant d’allonger ses petites jambes. De cette façon, l’enfant avait la tête à l’ombre et les pieds au soleil.

Zola, Une Page d’amour (1878) 


Questions :
Lisez le texte de Zola et observez les deux tableaux de Monet puis répondez aux questions suivantes :
1) Relevez toutes les similitudes entre les deux tableaux et le texte de Zola. A quoi peut-on dire qu’il s’agit ici d’une citation picturale implicite ?
2) Comparez l’allusion à ces deux tableaux dans les textes théoriques de Zola (Salon de 1868, Les Actualistes) et dans ce roman. Quelles sont les spécificités de l’écriture romanesque ?
3) En quoi peut-on dire que ce texte naturaliste correspond également à l’esthétique impressionniste ? 

La Balançoire (une scène de jardin inspirée par Renoir )

A. Renoir : La Balançoire, 1876

Hélène venait, pour la première fois, de quitter le deuil. Elle portait une robe grise, garnie de nœuds mauves. Et, toute droite, elle partait lentement, rasant la terre, comme bercée.
- Allez ! Allez ! dit-elle.
Alors, monsieur Rambaud, les bras en avant, saisissant la planchette au passage, lui imprima un mouvement plus vif. Hélène montait ; à chaque vol, elle gagnait de l’espace. Mais le rythme gardait une gravité. On la voyait, correcte encore, un peu sérieuse, avec des yeux très clairs dans son beau visage muet ; ses narines seules se gonflaient, comme pour boire le vent. Pas un pli de ses jupes n’avait bougé. Une natte de son chignon se dénouait.
- Allez ! Allez !
Une brusque secousse l’enleva. Elle montait dans le soleil, toujours plus haut. Une brise se dégageait d’elle et soufflait dans le jardin ; et elle passait si vite, qu’on ne la distinguait plus avec netteté. Maintenant, elle devait sourire, son visage était rose, ses yeux filaient comme des étoiles. La natte dénouée battait sur son cou. Malgré la ficelle qui les nouait, ses jupes flottaient et découvraient la blancheur de ses chevilles. Et on la sentait à l’aise, la poitrine libre, vivant dans l’air comme dans une patrie.
- Allez ! Allez !
Monsieur Rambaud, en nage, la face rouge, déploya toute sa force. Il y eut un cri. Hélène montait encore.
- Oh ! maman ! Oh ! maman ! répétait Jeanne en extase.
Elle s’était assise sur la pelouse, elle regardait sa mère, ses petites mains serrées sur sa poitrine, comme si elle eût elle-même bu tout cet air qui soufflait. Elle manquait d’haleine, elle suivait instinctivement d’une cadence des épaules les longues oscillations de la balançoire. Et elle criait :
- Plus fort ! Plus fort !
Sa mère montait toujours. En haut, ses pieds touchaient les branches des arbres.
- Plus fort ! Plus fort ! Oh ! maman, plus fort !
Mais Hélène était en plein ciel. Les arbres pliaient et craquaient comme sous des coups de vent. On ne voyait plus que le tourbillon de ses jupes qui claquaient avec un bruit de tempête. Quand elle descendait, les bras élargis, la gorge en avant, elle baissait un peu la tête, elle planait une seconde ; puis, un élan l’emportait, et elle retombait, la tête abandonnée en arrière, fuyante et pâmée, les paupières closes. C’était sa jouissance, ces montées et ces descentes, qui lui donnaient un vertige. En haut, elle entrait dans le soleil, dans ce blond soleil de février, pleuvant comme une poussière d’or. Ses cheveux châtains, aux reflets d’ambre, s’allumaient ; et l’on aurait dit, qu’elle flambait tout entière, tandis que ses nœuds de soie mauve, pareils à des fleurs de feu, luisaient sur sa robe blanchissante. Autour d’elle, le printemps naissait, les bourgeons violâtres mettaient leur ton fin de laque, sur le bleu du ciel.
Alors, Jeanne joignit les mains. Sa mère lui apparaissait comme une sainte, avec un nimbe d’or, envolée pour le paradis. Et elle balbutiait encore : "Oh ! maman, oh ! maman..." d’une voix brisée.

Zola, Une Page d’amour (1878) 


Question :
Lisez le texte de Zola, observez les tableaux du Renoir et répondez aux questions suivantes :
1) Quels sont les détails qui permettent de voir que Zola s’est inspiré du tableau de Renoir pour écrire son texte ?
2) Outre le motif et le sujet, comment Zola reprend-t-il l’esthétique impressionniste de Renoir dans cette scène ? 

Nana ( Influence de la peinture impressionniste sur l’écriture romanesque de Zola)

Manet, Devant le miroir, 1876 

Manet, Nana, 1877

Tout le monde se mit à rire, d’une façon exagérée, pour faire sa cour. Un mot exquis, tout à fait parisien, comme le remarqua Bordenave. Nana ne répondait plus, le rideau remuait, elle se décidait sans doute. Alors, le comte Muffat, le sang aux joues, examina la loge. C’était une pièce carrée, très basse de plafond, tendue entièrement d’une étoffe havane clair. Le rideau de même étoffe, porté par une tringle de cuivre, ménageait au fond une sorte de cabinet. Deux larges fenêtres ouvraient sur la cour du théâtre, à trois mètres au plus d’une muraille lépreuse, contre laquelle, dans le noir de la nuit, les vitres jetaient des carrés jaunes. Une grande psyché faisait face à une toilette de marbre blanc, garnie d’une débandade de flacons et de boîtes de cristal, pour les huiles, les essences et les poudres. Le comte s’approcha de la psyché, se vit très rouge, de fines gouttes de sueur au front ; il baissa les yeux, il vint se planter devant la toilette, où la cuvette pleine d’eau savonneuse, les petits outils d’ivoire épars, les éponges humides, parurent l’absorber un instant. Ce sentiment de vertige qu’il avait éprouvé à sa première visite chez Nana, boulevard Haussmann, l’envahissait de nouveau. Sous ses pieds, il sentait mollir le tapis épais de la loge ; les becs de gaz, qui brûlaient à la toilette et à la psyché, mettaient des sifflements de flamme autour de ses tempes. Un moment, craignant de défaillir dans cette odeur de femme qu’il retrouvait, chauffée, décuplée sous le plafond bas, il s’assit au bord du divan capitonné, entre les deux fenêtres. Mais il se releva tout de suite, retourna près de la toilette, ne regarda plus rien, les yeux vagues, songeant à un bouquet de tubéreuses, qui s’était fané dans sa chambre autrefois, et dont il avait failli mourir. Quand les tubéreuses se décomposent, elles ont une odeur humaine.
- Dépêche-toi donc ! souffla Bordenave, en passant la tête derrière le rideau.
Le prince d’ailleurs, écoutait complaisamment le marquis de Chouard, qui, prenant sur la toilette la patte de fièvre, expliquait comment on étalait le blanc gras. Dans un coin, Satin, avec son visage pur de vierge, dévisageait les messieurs ; tandis que l’habilleuse, madame Jules, préparait le maillot et la tunique de Vénus. Madame Jules n’avait plus d’âge, le visage parcheminé, avec ces traits immobiles des vieilles filles que personne n’a connues jeunes. Celle-là s’était desséchée dans l’air embrasé des loges, au milieu des cuisses et des gorges les plus célèbres de Paris. Elle portait une éternelle robe noire déteinte, et sur son corsage plat et sans sexe, une forêt d’épingles étaient piquées, à la place du cœur.
- Je vous demande pardon, messieurs, dit Nana en écartant le rideau, mais j’ai été surprise...
Tous se tournèrent. Elle ne s’était pas couverte du tout, elle venait simplement de boutonner un petit corsage de percale, qui lui cachait à demi la gorge. Lorsque ces messieurs l’avaient mise en fuite, elle se déshabillait à peine, ôtant vivement son costume de Poissarde. Par-derrière, son pantalon laissait passer encore un bout de sa chemise. Et les bras nus, les épaules nues, la pointe des seins à l’air, dans son adorable jeunesse de blonde grasse, elle tenait toujours le rideau d’une main, comme pour le tirer de nouveau, au moindre effarouchement.
- Oui, j’ai été surprise, jamais je n’oserai.... balbutiait-elle, en jouant la confusion, avec des tons roses sur le cou et des sourires embarrassés.
- Allez donc, puisqu’on vous trouve très bien ! Cria Bordenave.
Elle risqua encore des mines hésitantes d’ingénue, se remuant comme chatouillée, répétant :
- Son Altesse me fait trop d’honneur... Je prie Son Altesse de m’excuser, si je la reçois ainsi...
- C’est moi qui suis importun, dit le prince ; mais je n’ai pu, madame, résister au désir de vous complimenter...
Alors, tranquillement, pour aller à la toilette, elle passa en pantalon au milieu de ces messieurs, qui s’écartèrent. Elle avait les hanches très fortes, le pantalon ballonnait, pendant que, la poitrine en avant, elle saluait encore avec son fin sourire. Tout d’un coup, elle parut reconnaître le comte Muffat, et elle lui tendit la main, en amie. Puis, elle le gronda de n’être pas venu à son souper. Son Altesse daignait plaisanter Muffat, qui bégayait, frissonnant d’avoir tenu une seconde, dans sa main brûlante, cette petite main, fraîche des eaux de toilette. Le comte avait fortement dîné chez le prince, grand mangeur et beau buveur. Tous deux étaient même un peu gris. Mais ils se tenaient très bien. Muffat, pour cacher son trouble, ne trouva qu’une phrase sur la chaleur.
- Mon Dieu ! qu’il fait chaud ici, dit-il. Comment faites-vous, madame, pour vivre dans une pareille température ?

Zola, Nana (1880)  


Questions :
Lisez le texte de Zola, observez les tableaux de Manet, puis répondez aux questions suivantes :
1) Relevez des détails vestimentaires ou des éléments du décor qui sont communs au texte et aux tableaux.
2) Analysez le jeu des regards dans le deuxième tableau de Manet. Comment ces attitudes éclairent-elles la nature de la relation entre les deux personnages ? Comparez-les avec les jeux de séduction qui sont mis en scène par Zola dans son texte.
3) Compte-tenu des titres des tableaux, comment peut-on interpréter ces ressemblances ? Comparez maintenant les dates des différents documents. Que pouvez-vous en déduire ?

jeudi 7 novembre 2013

Centenaire de la naissance d'Albert Camus


Cent ans après sa naissance, le 7 novembre 1913, Albert Camus reste une figure mythique de la littérature française et mondiale, tant par sa pensée visionnaire, sa soif de justice que son itinéraire exceptionnel.
Des quartiers populaires d'Alger au prix Nobel de littérature à seulement 44 ans, ce destin hors du commun fut tragiquement interrompu à 46 ans par un accident de voiture dans le centre de la France le 4 janvier 1960.
"Aujourd'hui maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas": à 29 ans, Camus signait par cet incipit inoubliable son entrée parmi les grands auteurs. Avec près de huit millions d'exemplaires vendus, "L'étranger", son premier roman publié en 1942 et traduit dans une quarantaine de langues, est le best-seller absolu.
"La peste" s'est vendu à plus de quatre millions d'exemplaires et les ventes de ses livres tous confondus ont augmenté de 4,5% entre 2008 et 2012, selon Gallimard, son éditeur français, qui estime qu'il est "certainement l'écrivain français du XXe siècle le plus connu, le plus cité, et le plus traduit à l'étranger", avec une œuvre composée d'une trentaine d'ouvrages, dont des pièces de théâtre.
Forts de cette popularité, beaucoup ont tenté de se réapproprier l'irréductible homme libre. Mais si Camus continue d'éblouir autant qu'il dérange, il ne "se récupère pas", dit Frédéric Worms, directeur du centre international de philosophie française à l'Ecole normale supérieure (ENS).
Selon M. Worms, Camus, qui intéresse autant un Américain, un Indien ou un Chinois, est plus que jamais d'actualité. Des expériences comme l'économie solidaire, le microcrédit, l'accompagnement des personnes en fin de vie ou les révolutions arabes sont "très camusiennes", estime-t-il.
Car elles traduisent sa philosophie : "résister et instituer des limites pour lutter contre la mort et la misère donc aussi interdire la peine de mort, ne pas employer la terreur pour lutter contre la terreur", souligne M. Worms.
L'absurdité du monde
Philosophe accessible, il l'est à travers ses romans qui décrivent des expériences humaines concrètes et sensuelles aussi, dans leur évocation de la nature et de l'amour ("Noces à Tipasa"). Camus porte un regard humaniste sur la planète, milite pour plus de justice et de liberté tout en reconnaissant les limites de la condition d'être humain mortel et l'absurdité du monde.
Camus a vu le jour en Algérie dans un milieu extrêmement modeste, ce qui le distingue dès le départ des autres intellectuels français. Sa mère, femme de ménage, ne sait ni lire ni écrire.
C'est son instituteur qui le repère et réussit à lui faire suivre des études. C'est à lui que Camus dédiera en 1957 son discours du Nobel.
"Camus a conquis la langue française en allant au lycée, elle ne lui était pas donnée comme elle l'était à son frère ennemi, Jean-Paul Sartre, un bourgeois", souligne l'un de ses biographes, le journaliste Olivier Todd.
Camus disait se sentir "embarqué plutôt qu'engagé". En 1942, installé à Paris, il entre à "Combat", l'un des titres clandestins de la Résistance dont il sera le principal éditorialiste.
Il publie la même année "Le mythe de Sisyphe" un essai dans lequel il expose sa philosophie de l'absurde: l'homme est en quête d'une cohérence qu'il ne trouve pas dans la marche du monde.
"L'une des seules positions philosophiques cohérentes, c'est ainsi la révolte", écrit-il. Mais Camus pose la question des moyens: tous ne sont pas acceptables pour atteindre le but que l'on s'est fixé.
Engagé à gauche, il dénonce le totalitarisme en Union soviétique dans "L'homme révolté" (1951) et se brouille avec Jean-Paul Sartre.
Pendant toutes ces années, Camus est un homme seul et la guerre d'Algérie l'isole un peu plus. Son appel à la "Trêve pour les civils" lancé en janvier 1956 l'éloigne de la gauche, qui soutient la lutte pour l'indépendance algérienne.
L'ENS et l'Université américaine de Paris organiseront les 3 et 4 décembre un colloque international sur l'écrivain avec des intervenants des cinq continents, notamment d'Inde et de Chine. Une exposition sera inaugurée à cette occasion à l'ENS avant de faire le tour du monde.
AFP le 7 novembre 2013

samedi 6 juillet 2013

Colloque sentimental



Dans le vieux parc solitaire et glacé,
Deux formes ont tout à l’heure passé.

Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
Et l’on entend à peine leurs paroles.

Dans le vieux parc solitaire et glacé,
Deux spectres ont évoqué le passé.

- Te souvient-il de notre extase ancienne ?
- Pourquoi voulez-vous donc qu’il m’en souvienne ?


- Ton cœur bat-il toujours à mon seul nom ?
Toujours vois-tu mon âme en rêve ? - Non.

- Ah ! les beaux jours de bonheur indicible
Où nous joignons nos bouches ! - C’est possible.

- Qu’il était bleu, le ciel, et grand, l’espoir !
- L’espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

Tels ils marchaient dans les avoines folles,
Et la nuit seule entendit leurs paroles.

Paul Verlaine, Fêtes galantes



Analysez  ce poème d’après ce plan  :

I- Les deux spectres.
1. Leur inconsistance.
2. La perte des repères temporels.
3. La discordance.
II- Le " colloque " proprement dit.
1. La première voix, l'exalté
2. La deuxième voix, l’ indifférent 
3. Le décor.
III- L'ironie du poète. 
1. L'importance du titre.
2. La dénonciation des illusions.


vendredi 28 juin 2013

Les figures de style



Connaissez-vous les figures de style ? Voilà un jeu  
intéressant et amusant



mercredi 26 juin 2013

Terre des hommes

Il y a quelques années, au cours d’un long voyage en chemin de fer, j’ai voulu visiter la patrie en marche où je m’enfermais pour trois jours, prisonnier pour trois jours de ce bruit de galets roulés par la mer, et je me suis levé. J’ai traversé vers une heure du matin le train dans toute sa longueur. Les sleepings étaient vides. Les voitures de première étaient vides. 
Mais les voitures de troisième abritaient des centaines d’ouvriers polonais congédiés de France et qui regagnaient leur Pologne. (…)
Et je poursuivis mon voyage parmi ce peuple dont le sommeil était trouble comme un mauvais lieu.
Il flottait un bruit vague fait de ronflements rauques, de plaintes obscures, du raclement des godillots de ceux qui, brisés d’un côté, essayaient l’autre. Et toujours en sourdine cet intarissable accompagnement de galets retournés par la mer. 
Je m’assis en face d’un couple. Entre l’homme et la femme, l’enfant, tant bien que mal, avait fait son creux, et il dormait. Mais il se retourna dans  le sommeil, et son visage m’apparut sous la veilleuse. Ah ! quel adorable visage ! Il était né de ce couple-là une sorte de fruit doré. Il était né de ces lourdes hardes cette réussite de charme et de grâce. Je me penchai sur ce front lisse, sur cette douce moue des lèvres, et je me dis : voici un visage de musicien, voici Mozart enfant, voici une belle promesse de la vie. Les petits princes des légendes n’étaient point différents de lui : protégé, entouré, cultivé, que ne saurait-il devenir ! Quand il naît par mutation dans les jardins une rose nouvelle, voilà tous les jardiniers qui s’émeuvent. On isole la rose, on cultive la rose, on la favorise.
Mais il n’est point de jardinier pour les hommes. Mozart enfant sera marqué comme les autres par la
machine à emboutir. Mozart fera ses plus hautes joies de musique pourrie, dans la puanteur des cafés-concerts. Mozart est condamné. 
Et je regagnai mon wagon. Je me disais : ces gens ne souffrent guère de leur sort. Et ce n’est point la charité ici qui me tourmente. Il ne s’agit point de s’attendrir sur une plaie éternellement rouverte.
Ceux qui la portent ne la sentent pas. C’est quelque chose comme l’espèce humaine et non l’individu qui est blessé ici, qui est lésé. Je ne crois guère à la pitié. Ce qui me tourmente, c’est le point de vue du jardinier. Ce qui me tourmente, ce n’est point cette misère, dans laquelle, après tout, on s’installe aussi bien que dans la paresse. (…) Ce qui me tourmente, les soupes populaires ne le guérissent point. Ce qui me tourmente, ce ne sont ni ces creux, ni ces bosses, ni cette laideur. C’est un peu, dans chacun de ces hommes, Mozart assassiné. 
Seul l’Esprit, s’il souffle sur la glaise, peut créer l’Homme.
Antoine de Saint-Exupéry, Terre des hommes, éditions Gallimard (1939)

Compréhension
- Par quel moyen de transport le narrateur voyage-t-il dans cet extrait ? Prouvez-le en vous
appuyant sur les mots du texte.
- A quoi fait référence le « bruit des galets roulés par la mer » ?
- Avec qui le narrateur voyage-t-il ? Décrivez ces personnes.
- Expliquez la métaphore du jardin et du jardinier employée par le narrateur.
- Expliquez la phrase : « Les petits princes des légendes n’étaient point différents de lui.»
- Pourquoi le narrateur affirme-t-il que « Mozart est condamné » ?
- Pourquoi le narrateur déclare-t-il : « Je ne crois guère à la pitié » ?
- Comment comprenez-vous la dernière phrase : « Seul  l’Esprit, s’il souffle sur la glaise, peut
créer l’Homme » ? 
Production 
- Résumez le texte en quelques lignes.
- «C’est un peu, dans chacun de ces hommes, Mozart assassiné.» : réfléchissez sur l’inégalité des
chances et sur la façon dont on pourrait dépasser ce problème. Donnez votre opinion, en vous
appuyant sur votre expérience personnelle. (de 250 à 300 mots)

vendredi 21 juin 2013

La parure

Or, un soir, son mari rentra, l'air glorieux et tenant à la main une large enveloppe.   « Tiens, dit-il, voici quelque chose pour toi. »   Elle déchira vivement le papier et en tira une carte imprimée qui portait ces mots :   « Le ministre de l'Instruction publique et Mme Georges Ramponneau prient M. et Mme Loisel de leur  faire l'honneur de venir passer la soirée à l'hôtel du ministère, le lundi 18 janvier. »   Au lieu d'être ravie, comme l'espérait son mari,  elle jeta avec dépit l'invitation sur la table,  murmurant : « Que veux-tu que je fasse de cela?
- Mais, ma chérie, je pensais que tu serais contente. Tu ne sors jamais, et c'est une occasion, cela,  une belle! J'ai eu une peine infinie à l'obtenir. Tout le monde en veut; c'est très recherché et on n'en  donne pas beaucoup aux employés. Tu verras là tout le monde officiel. » 
Elle le regardait d'un œil irrité, et elle déclara avec impatience:   « Que veux-tu que je me mette sur le dos pour aller là? »   Il n'y avait pas songé; il balbutia :   « Mais la robe avec laquelle tu vas au théâtre. Elle me semble très bien, à moi... 
Il se tut, stupéfait, éperdu, en voyant que sa femme pleurait. Deux grosses larmes descendaient  lentement des coins des yeux vers les coins de la bouche; il bégaya : « Qu'as-tu? qu'as-tu? »   Mais, par un effort violent, elle avait dompté sa peine et elle répondit d'une voix calme en essuyant  ses joues humides :   « Rien. Seulement je n'ai pas de toilette et par conséquent je ne peux aller à cette fête. Donne ta  carte à quelque collègue dont la femme sera mieux nippée que moi. »   Il était désolé. Il reprit : «Voyons, Mathilde. Combien cela coûterait-il, une toilette convenable, qui  pourrait te servir encore en d'autres occasions, quelque chose de très simple? »   Elle réfléchit quelques secondes, établissant ses comptes et songeant aussi à la somme qu'elle  pouvait demander sans s'attirer un refus immédiat et une exclamation effarée du commis  économe.   Enfin, elle répondit en hésitant :   « Je ne sais pas au juste, mais il me semble qu'avec quatre cents francs je pourrais arriver. »   Il avait un peu pâli, car il réservait juste cette somme pour acheter un fusil et s'offrir des parties de  chasse, l'été suivant, dans la plaine de Nanterre, avec quelques amis qui allaient tirer des alouettes,  par-là, le dimanche. 
Il dit cependant : « Soit. Je te donne quatre cents francs. Mais tâche d'avoir  une belle robe.   Le jour de la fête approchait, et Mme Loisel semblait triste, inquiète, anxieuse. Sa toilette était prête  cependant. Son mari lui dit un soir : « Qu'as-tu? Voyons, tu es toute drôle depuis trois jours. » Et elle répondit : « Cela m'ennuie de n'avoir pas un bijou, pas une pierre, rien à mettre sur moi.  J'aurai l'air misère comme tout. J'aimerais presque mieux ne pas aller à cette soirée. »  Il reprit : « Tu mettras des fleurs naturelles. C'est très chic en cette saison-ci. Pour dix francs tu  auras deux ou trois roses magnifiques. »  Elle n'était point convaincue.   «Non ... il n'y a rien de plus humiliant que d'avoir l'air  pauvre au milieu de femmes riches. »   Mais son mari s'écria :   « Que tu es bête! Va trouver ton amie Mme  Forestier et demande-lui de te prêter des bijoux. Tu es bien assez liée avec elle pour faire cela. »   Elle poussa un cri de joie : « C'est vrai. Je n'y avais point pensé. » Le lendemain, elle se rendit chez son amie et lui conta sa détresse.  Mme  Forestier alla vers son armoire à glace, prit un large coffret, l'apporta, l'ouvrit, et dit à Mme Loisel : « Choisis, ma chère. »
Elle vit d'abord des bracelets, puis un collier de perles, puis une croix vénitienne, or et pierreries,  d'un admirable travail. Elle essayait les parures devant la glace, hésitait, ne pouvait se décider à les  quitter, à les rendre. Elle demandait toujours : « Tu n'as plus rien d'autre?   - Mais si. Cherche. Je ne sais pas ce qui peut te plaire. »   Tout à coup elle découvrit, dans une boîte de satin noir, une superbe rivière de diamants; et son  cœur se mit à battre d'un désir immodéré. Ses mains tremblaient en la prenant. Elle l'attacha autour de sa gorge, sur sa robe montante, et demeura en extase devant elle-même.   Puis, elle demanda, hésitante, pleine d'angoisse : « Peux-tu me prêter cela, rien que cela?   - Mais oui, certainement. »  Elle sauta au cou de son amie, l'embrassa avec emportement, puis s'enfuit avec son trésor. 
Guy de Maupassant, « La parure», 1884 ; Librairie Larousse, 1983, pp.113-115

Compréhension
- Pourquoi M. Loisel rentra-t-il l'air glorieux ? 
- Mme  Loisel « jeta avec dépit l'invitation sur la table ». Pourquoi ?
- Expliquez l’expression « tout le monde officiel ».
- Quel genre de toilette M. Loisel conseilla-t-il ?
- Pourquoi Mme  Loisel réfléchit-elle avant de demander quatre cents francs ?
- Expliquez l’expression « j'aurai l'air misère comme tout ». 
- Quel est le meilleur conseil que M. Loisel  donna à sa femme ?
- Pourquoi Mme  Forestier hésitait-elle devant les parures ? 
Production
- Résumez le texte en quelques lignes.
- Quelles sont vos impressions à propos des personnages de ce texte?

vendredi 14 juin 2013

Le Colonel Chabert : portrait

Considéré comme mort lors d’une bataille, le Colonel Chabert réapparaît des années  plus tard dans la société parisienne. Pauvre, oublié de tous, il apprend que sa femme  s’est remariée avec un autre homme, et va alors consulter un jeune avoué1 pour lui  demander conseil. 

Le jeune avoué demeura pendant un moment stupéfait en entrevoyant dans le clair-obscur le singulier client qui l’attendait. Le Colonel Chabert était (…) parfaitement  immobile (…). Cette immobilité  n’aurait  peut-être pas été un sujet d’étonnement, si  elle n’eût  complété  le spectacle surnaturel  que présentait l’ensemble du personnage.  Le vieux soldat était sec  et maigre. Son  front, volontairement caché sous les cheveux  de sa perruque lisse, lui donnait quelque chose de mystérieux. Ses yeux paraissaient  couverts d’une taie2 transparente: vous eussiez dit de la nacre sale dont les reflets  bleuâtres chatoyaient à la lueur des bougies. Le visage, pâle, livide, et en lame de  couteau, s’il est permis d’emprunter cette  expression vulgaire, semblait mort. Le cou  était serré par une mauvaise cravate de soie noire. L’ombre cachait si bien le corps à  partir de la ligne brune que décrivait ce haillon3 , qu’un homme d’imagination aurait pu prendre cette vieille tête pour quelque silhouette due au hasard, ou pour un portrait de  Rembrandt4 , sans cadre. Les bords du chapeau  qui couvrait le front du vieillard  projetaient  un sillon  noir sur  le haut  du visage. Cet effet bizarre, quoique naturel,  faisait  ressortir, par la  brusquerie du  contraste, les rides blanches, les sinuosités  froides, le sentiment  décoloré de cette physionomie cadavéreuse. Enfin l’absence de  tout mouvement dans le corps, de toute chaleur dans le regard, s’accordait avec une  certaine expression de démence triste, avec les dégradants symptômes par lesquels se  caractérise l’idiotisme5 , pour faire de cette figure je ne sais quoi de funeste qu’aucune  parole humaine ne pourrait exprimer. Mais un observateur, et surtout un avoué, aurait  trouvé de plus en cet homme foudroyé les signes d’une douleur profonde, les indices  d’une misère qui avait dégradé ce visage, comme les gouttes d’eau tombées du ciel sur  un beau marbre l’ont à la longue défiguré. 

Honoré de Balzac (1799-1850), «Le Colonel Chabert», 1832

1. Avoué: sorte d’avocat
2. Taie: tache
3. Haillon: vêtement misérable
4. Rembrandt: peintre hollandais du 17 ème siècle
5. Idiotisme: ici, idiotie

Répondez : 

  1. Quelles caractéristiques morales et psychologiques se dégagent de cette description  physique?
  2. Etudiez comment le texte passe d’un point  de vue à un autre. Vers quel aspect du  personnage les interventions du narrateur conduisent-elles le lecteur?
  3. Etudiez le réalisme de la description.
  4. Montrez que, parallèlement à ce réalisme, le narrateur donne à ce portrait une orientation  fantastique.



mercredi 5 juin 2013

L’été


Il n’y a plus de déserts. Il n’y a plus d’îles. Le besoin pourtant s’en fait sentir. Pour comprendre le  monde il faut souvent se détourner ; pour mieux servir les hommes , les tenir un moment à distance.  Mais où trouver la solitude nécessaire à la force , la longue respiration où l’esprit se rassemble et le courage se mesure ? Il reste les grandes villes. Simplement il y faut encore des conditions. Les villes que l’Europe nous offre sont trop pleines des rumeurs du passé. Une oreille exercée peut y  percevoir des bruits d’ailes, une palpitation d’âmes. On y sent les vertiges des siècles, des révolutions, de la gloire. On s’y souvient que l’Occident s’est forgé dans les clameurs. Cela ne fait pas assez de  silence.
Paris est souvent un désert pour le cœur, mais à certaines heures, du haut du Père-Lachaise, souffle un vent de révolution qui remplit soudain ce désert de drapeaux et de grandeurs vaincues. Ainsi de  quelques villes espagnoles, de Florence ou de Prague. Salzbourg serait paisible sans Mozart. Mais, de  loin en loin court sur la Salzach le grand cri orgueilleux  de don Juan plongeant aux enfers. Vienne  paraît plus silencieuse, c’est une jeune fille parmi les villes. Les pierres n’ont pas plus de trois siècles  et leur jeunesse ignore la mélancolie. Mais Vienne est à un carrefour d’histoire. Autour d’elle  retentissent des chocs d’empires. Certains soirs où le ciel se couvre de sang, les chevaux de pierre, sur  le monument du Ring, semblent s’envoler. Dans cet instant fugitif, où tout parle de puissance et  d’histoire, on peut distinctement entendre, sous la ruée des escadrons polonais, la chute fracassante  du royaume ottoman. Cela non plus ne fait pas assez de silence.
Certes, c’est bien cette solitude peuplée qu’on vient chercher dans les villes d’Europe. Du moins, les  hommes qui savent ce qu’ils ont à faire. Ils peuvent y choisir leur compagnie, la prendre et la laisser.   Combien d’esprits se sont trempés dans ce voyage entre leur chambre d’hôtel et les vieilles pierres de  l’île Saint-Louis ! Il est vrai que d’autres y ont péri d’isolement. Pour les premiers, en tout cas, ils y  trouvaient leurs raisons de croître et de s’affirmer. Ils étaient seuls et ils ne l’étaient pas. Des siècles  d’histoire et de beauté, le témoignage ardent de mille vies révolues les accompagnaient le long de la  Seine et leur parlaient à la fois de traditions et de conquêtes. Mais leur jeunesse les poussait à appeler  cette compagnie. Il vient un temps, des époques, où elle est importune. « A nous deux ! » s’écrie  Rastignac devant l’énorme moisissure de la ville parisienne. Deux, oui, mais c’est encore trop !
Le désert lui-même a pris un sens, on l’a surchargé de poésie. Pour toutes les douleurs du monde,  c’est un lieu consacré. Ce que le cœur demande à certains moments, au contraire, ce sont justement  des lieux sans poésie. 

Albert Camus, « L’été », (1954), Editions Gallimard.

Compréhension
  1. - Démontrez que le manque du désert et des îles devient une menace pour l’homme.
  2. - Pourquoi faut-il avoir « l’oreille exercée » dans les grandes villes ?
  3. - Définissez les « rumeurs du passé » des différentes villes européennes citées par le narrateur.
  4. - Quelle est la contradiction de Vienne ?
  5. - Expliquez l’expression « solitude peuplée ».
  6. - Qu’est-ce que « les hommes qui savent ce qu’ils ont  à faire » peuvent trouver dans Paris ?
  7. - Tout le texte s’organise autour de l’opposition entre silence et bruit : relevez les mots et  expressions liés aux deux champs lexicaux. Quelle idée s’en dégage?
  8. - Qu’est-ce que  le désert « surchargé de poésie » peut devenir pour l’homme ?


Production
  1. - Résumez le texte en quelques lignes.
  2. - « Bruits et solitude » :  réfléchissez sur les deux aspects qui, selon l’auteur, caractérisent les grandes villes  et dites si vous partagez cette idée.


vendredi 10 mai 2013

Camus : l'absurde, la révolte



 L’Absurde 
 Dans le langage courant, ce mot désigne ce qui n’a pas de sens (par exemple, une décision absurde). Ce concept a été par Camus dans le Mythe de Sisyphe (1942), repris dans l’Etranger(1942) puis au théâtre dans Caligula et le Malentendu (1944).
L’Absurde commence avec la prise de conscience du caractère machinal de l’existence et de la certitude de la mort à venir au bout d’une vie où le temps fait succéder inexorablement chaque jour l’un à l’autre («  Sous l’éclairage mortel de cette destinée, l’inutilité apparaît. Aucune morale, aucun effort ne sont a priori justifiables devant les sanglantes mathématiques de notre condition). L'absurde n'est ni dans l'homme ni dans le monde, mais dans leur présence commune. Il naît de leur antinomie. 
L’Absurde est la conséquence de la confrontation de l’homme avec un monde qu’il ne comprend pas et qui est incapable de donner un sens à sa vie(« Ce divorce entre l’homme et sa vie, l’acteur et son décor, c’est proprement le sentiment de l’absurdité. »)
La Révolte 
Pour Camus, il n’est pas question de renoncer face à l’absurdité de la vie. La révolte, concept développé par Camus dans l’Homme révolté en 1951 est une réponse à l’absurde.
Il s’agit pour Camus de dépasser l’absurde avec des moyens purement humains, sans chercher le secours d’une quelconque transcendance (par exemple la religion) ou d’une quelconque idéologie( par exemple le marxisme ou l’existentialisme). Camus ne propose pas de solution toute faite et préétablie mais considère que cette révolte doit prendre la forme d’une action collective où l’homme est pleinement conscient de sa condition (« Je me révolte donc nous sommes » dira-t-il dans L’homme Révolté »).
C’est ainsi que la solidarité entre les hommes devient une valeur fondatrice dans la Peste et qu’elle permet de faire face à l’Absurde, comme en témoigne la lutte du docteur rieux et des formations sanitaires à ses côtés. Rieux est alors l’exemple de l’homme révolté dont l’engagement individuel et collectif, avec des moyens uniquement humains, vient à bout de l’absurdité de la vie, symbolisée par le fléau de la peste.




lundi 18 mars 2013

La peste ( Albert Camus )


La Peste est publié en 1947 et vaut à Albert Camus son premier grand succès de librairie : 161 000 exemplaires vendus dans les deux premières années. Ce roman s'est vendu, depuis, à plus de 5 millions d'exemplaires , toutes éditions françaises confondues.
La Peste est bâti comme une tragédie en cinq actes. L'action se situe en avril 194. à Oran,  une ville "fermée" qui "tourne le dos à la mer".
Première partie
Oran, un jour d'avril 194. , le docteur Rieux découvre le cadavre d'un rat sur son palier. Le concierge, monsieur Michel, pense que ce sont des mauvais plaisants qui s'amusent à déposer ces cadavres de rats dans son immeuble. A midi, Rieux accompagne à la gare son épouse qui, malade, part se soigner dans une ville voisine. Quelques jours plus tard, une agence de presse annonce que plus de six mille rats ont été ramassés le jour même. L'angoisse s'accroît . Quelques personnes commencent à émettre quelques récriminations contre la municipalité. Puis , soudainement, le nombre de cadavres diminue, le rues retrouvent leur propreté, la ville se croit sauvée.
Monsieur Michel, le concierge de l'immeuble de Rieux, tombe malade . Le docteur Rieux essaye de le soigner. Sa maladie s'aggrave rapidement. Rieux ne peut rien faire pour le sauver. Le concierge succombe à un mal violent et mystérieux.
Rieux est sollicité par Grand, un employé de la mairie. Il vient d'empêcher un certain Cottard de se suicider. Les morts se multiplient. Rieux consulte ses confrères. Le vieux Castel, l'un d'eux, confirme ses soupçons : il s'agit bien de la peste. Après bien des réticences et des tracasseries administratives, Rieux parvient à ce que les autorités prennent conscience de l'épidémie et se décident à "fermer" la ville.
Deuxième partie
La ville s'installe peu à peu dans l'isolement. L'enfermement et la peur modifient les comportements collectifs et individuels : " la peste fut notre affaire à tous" , note le narrateur.
Les habitants doivent composer avec l'isolement aussi bien à l'extérieur de la ville qu'à l'intérieur. Ils éprouvent des difficultés à communiquer avec leurs parents ou leurs amis qui sont à l'extérieur. Fin juin, Rambert, un journaliste parisien séparé de sa compagne , demande en vain l'appui de Rieux pour regagner Paris. Cottard, qui avait, en avril, pour des raisons inconnues tenté de se suicider , semble éprouver une malsaine satisfaction dans le malheur de ses concitoyens. Les habitants d'Oran tentent de compenser les difficultés de la séquestration , en s'abandonnant à des plaisirs matériels. Grand , employé de la mairie, se concentre sur l'écriture d'un livre dont il réécrit sans cesse la première phrase. Le père Paneloux fait du fléau l'instrument du châtiment divin et appelle ses fidèles à méditer sur cette punition adressée à des hommes privés de tout esprit de charité.
Tarrou, fils d'un procureur et étranger à la ville, tient dans ses carnets sa propre chronique de l'épidémie . Lui ne croit qu'en l'homme . Il fait preuve d'un courage ordinaire et se met à disposition de Rieux pour organiser le service sanitaire. Rambert les rejoint.
Troisième partie
C'est l'été, la tension monte et l'épidémie redouble. Il y a tellement de victimes qu'il faut à la hâte les jeter dans la fosse commune , comme des animaux. La ville est obligée de réprimer des soulèvements et les pillages. Les habitants semblent résignés . Ils donnent l'impression d'avoir perdu leurs souvenirs et leur espoir . Ils n'ont plus d'illusion et se contentent d'attendre...
Quatrième partie
Cette partie se déroule de septembre à décembre. Rambert a eu l'opportunité de quitter la ville , mais il renonce à partir. Il est décidé à lutter jusqu'au bout aux côtés de Rieux et de Tarrou. L'agonie d'un jeune enfant, le fils du juge Othon et les souffrances qu'éprouvent ce jeune innocent ébranlent Rieux et troublent les certitudes de l'abbé Paneloux. L'abbé se retranche dans la solitude de sa foi, et meurt sans avoir sollicité de médecin, en serrant fiévreusement contre lui un crucifix. Tarrou et Rieux , connaissent un moment de communion amicale en prenant un bain d'automne dans la mer . A Noël, Grand tombe malade et on le croit perdu. Mais , il guérit sous l'effet d'un nouveau sérum. Des rats, réapparaissent à nouveau, vivants.
Cinquième partie
C'est le mois de janvier et le fléau régresse. Il fait pourtant de dernières victimes : Othon, puis Tarrou qui meurt, serein au domicile de Rieux . Il confie ses carnets au docteur. Depuis que l'on a annoncé la régression du mal, l'attitude de Cottard a changé. Il est arrêté par la police après une crise de démence
Un télégramme arrive chez Rieux : sa femme est morte.
A l'aube d'une belle matinée de février, les portes de la ville s'ouvrent enfin . Les habitants, libérés savourent mais ils n'oublient pas cette épreuve "qui les a confrontés à l'absurdité de leur existence et à la précarité de la condition humaine."
On apprend l'identité du narrateur : C'est Rieux qui a voulu relater ces événements avec la plus grande objectivité possible. Il sait que le virus de la peste peut revenir un jour et appelle à la vigilance.