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vendredi 23 mai 2014

La séparation des pouvoirs et les institutions politiques en France



« Toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution ».

                Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (1789), Article 16

Créé en 1958, le régime de la Vème République était conçu comme un régime parlementaire. Les institutions présentaient, à l’origine, les caractéristiques d’un véritable régime parlementaire, conforme à la tradition républicaine française dans lequel les pouvoirs de l’exécutif sont renforcés  afin d’accroître les capacités d’action du Gouvernement. Il y existe:
-          un pouvoir législatif, confié à un Parlement (Assemblée nationale et le Sénat)
-          le pouvoir exécutif, confié à un gouvernement composé d'un Premier ministre et des ministres, à la tête duquel se trouve un Président.
-          le pouvoir judiciaire, confié aux juridictions, même si d'après la constitution on parle non pas de pouvoir mais d'autorité judiciaire. En France, le pouvoir judiciaire se subdivise en deux ordres juridiques distincts : d'une part l'ordre judiciaire, chargé de trancher les litiges entre particuliers, d'autre part l'ordre administratif, chargé de trancher les litiges opposant l'Administration et les particuliers.
(Il faut noter que la Constitution française de 1958, au lieu de parler de "pouvoir exécutif," "pouvoir législatif" ou de "pouvoir judiciaire," parle des pouvoirs du Président de la République ou du Gouvernement des pouvoirs du Parlement et de l'autorité judiciaire)
Après la réforme de 1962, le Président est élu par le peuple, comme dans un régime présidentiel. C’est ce qui qualifie le régime de « semi-présidentiel ».
En France sous la Vème  République, il n'y a pas de séparation des pouvoirs rigide. L’exécutif est bicéphale (le Président et le Premier ministre),  le gouvernement est soumis au président (pendant les périodes normales, c'est-à-dire sauf les périodes de cohabitation où le Président de la République et l’Assemblée nationale sont de tendance politique opposée). Le Vème République fonctionne comme un régime présidentiel car le président de la République possède la majorité au parlement, le gouvernement met en œuvre sa politique, d’où un même parti politique peut détenir le pouvoir exécutif et législatif.

Les institutions politiques en France
Le Président de la République : Il est élu directement et au suffrage universel, par le peuple, pour 5ans. Il ne peut exercer que deux mandats consécutifs. Il désigne le Premier ministre (qui doit être susceptible d’être accepté par la majorité de l’assemblée nationale, puisque le gouvernement est responsable devant l’Assemblée) et nomme les ministres, sur proposition de celui-ci. Il signe les ordonnances et décrets en Conseil des ministres, promulgue les lois mais il peut aussi en demander une nouvelle délibération. Il peut dissoudre l’Assemblée nationale.
Le Gouvernement : Il est composé du Premier ministre et les ministres qu’il nomme. Les ministres nommés, perdent leur mandat parlementaire. La détermination et la conduite de la politique de la nation se fait en Conseil des ministres mais comme c’est le Président qui préside le Conseil en période normale, en pratique, c’est lui qui détermine la politique de la nation. Peut poser la question de confiance. Le gouvernement peut aussi déposer des projets de lois au Parlement, faire des décrets, règlements et ordonnances.
Le Parlement : Il est composé de l’Assemblée nationale élu au suffrage universel et direct, et du Sénat élu au suffrage indirect. Il fait les lois et contrôle le gouvernement. Il peut déposer et voter une motion de censure et par conséquent, renverser le gouvernement.
Le Conseil constitutionnel : Il est composé de 9 membres dont 3 sont désignées par le Président de la République, 3 par le président de l’Assemblée nationale, et 3 par le président du Sénat. Les anciens Présidents de la République font partie du Conseil à vie. Leur mandat est non renouvelable et irrévocable, ce qui assure leur indépendance. Il contrôle la constitutionnalité des lois et les élections.
On voit dans ce système une collaboration des pouvoirs au lieu de leur stricte séparation : la distinction entre le législatif, l’exécutif et le judiciaire demeure, mais ces différents pouvoirs disposent de moyens d’action les uns à l’égard des autres. Le Président peut dissoudre l’Assemblée nationale, l’une des chambres qui composent le Parlement, Il est possible pour le pouvoir législatif de renverser le Gouvernement. Le gouvernement peut entrer dans le domaine du pouvoir par les décrets, les règlements et les ordonnances.

ACQUAVIVA, Jean-Claude, Droit constitutionnel et institutions politiques, Paris, Ed. Lextenso , 2011.
CAPITANT, René, Écrits Constitutionnels, Paris, Ed.CNRS, 1982
http://www.vie-publique.fr/

Répondez aux questions :
Qui nomme le Premier ministre ?
Combien de mandats consécutifs peut exercer le Président ?
Qui promulgue la loi ?
Qui vote la loi ?
A qui appartient l’ initiative d'une loi ?
Est-ce que un ministre  peut  exercer un mandat parlementaire?
Pourquoi on appelle le régime français un régime semi-présidentiel ?


mercredi 21 mai 2014

De Gaulle rebelle ou monarque ?

Christophe Dickès : Vous terminez votre ouvrage en vous posant la question de savoir si le général De Gaulle fut plutôt un rebelle ou un monarque. Et le rebelle, on voit d’abord le rebelle militaire. Le monarque, on le voit d’abord comme politique. Alors rebelle ou monarque ?

Jean-Luc Barré : Je dirais un peu les deux parce qu’il y a dans l’idée de légitimité une part de légitimité d’ordre monarchique précisément. Il se pense un peu en souverain de la France. Enfin, je dirais que c’est un monarque rebelle plutôt. Je pense que les deux se conjuguent étroitement. Il y aura toujours chez ce « monarque » y compris le monarque de la Cinquième République un rebelle, un homme qui n’est pas un conservateur à aucun point de vue.
Mais ce qui est important pour résumer les choses, c’est que devenir De Gaulle, ça veut dire incarner la France. Et la légitimité de De Gaulle se construit à travers la mutation et l’évolution qui sera la sienne du point de vue politique.
C’est un républicain assez critique à l’égard du système qui comprend très vite que pour devenir De Gaulle, il faut qu’il représente la République, qu’il soit donc rassembleur des valeurs de la République, qu’il incarne ces valeurs et qu’il rassemble l’ensemble des partis politiques, la gauche comprise. Et c’est cet effort-là qui va faire De Gaulle.
Quand il va restaurer l’institution parlementaire en 1943 à Alger, il est face à la France. C’est-à-dire à une France où il y a une femme, un prêtre, mais aussi des communistes, des socialistes, des hommes de droite, etc.
La légitimité de De Gaulle se fonde sur l’incarnation d’un pays et cette incarnation ne se décrète pas. C’est tout le processus finalement des trois années qui vont faire De Gaulle. Je considère qu’en 43, il est De Gaulle parce qu’il est reconnu comme tel par la plupart des grandes nations.
Démocratiquement, il a restauré les institutions de la République quitte à être critique à l’égard de ces institutions. Enfin il y a chez de Gaulle un homme de continuité, ne l’oublions pas.

Christophe Dickès :
 Précisément l’homme de 58 est lié à l’homme de 1940 ?

Jean-Luc Barré : Je publie dans ce livre un des premiers projets constitutionnels de De Gaulle. De Gaulle a été hanté par l’idée d’un exécutif fort et il en pose les bases dès 40-41. Dans les projets de la France libre dont je rappelle aussi que la France libre a été une sorte de gouvernement avec des projets dans tous les domaines, il y a des projets constitutionnels qui préfigurent largement les institutions de la Cinquième République. De ce point de vue-là, il est très cohérent. 

Répondez
1- En quoi le général de Gaulle est-il un peu monarque ?
2- En quoi le général de Gaulle est-il rebelle ?
3- En quoi l'arrivée de de Gaulle sur la scène politique est-elle apparemment légitime ?
4- Pourquoi peut-on dire que de Gaulle a en quelque sorte édifié les bases de la Vème République?

dimanche 18 mai 2014

La cinquième République


La Cinquième République, ou Ve République, est l'actuelle forme du régime républicain en vigueur en France. Elle succède, le 4 octobre 1958, à la Quatrième République, instaurée en 1946, et marque une rupture par rapport à la tradition parlementaire de la République française dans la volonté de renforcer le rôle du pouvoir exécutif.

Elle est régie par la constitution du 4 octobre 1958, approuvée par voie référendaire. Son instigateur est Charles de Gaulle et il en deviendra le premier président. Sur le plan de la durée, la Cinquième République qui a fêté ses 55 ans en 2013, est le régime républicain français le plus stable après la Troisième République (1870-1940). Qualifié de régime semi-présidentiel en vertu des pouvoirs accordés au président de la République qui tient sa légitimité du suffrage universel direct, instauré par référendum en 1962, il a notamment fonctionné durant trois périodes de cohabitation depuis 1986.



Après avoir visionné la  vidéo une seule fois, dites si les affirmations suivantes sont vraies ou fausses.

  1. Les « journées de mai » 1958 en Algérie ont provoqué la chute de la IVe République
  2. Le FLN a annoncé l’exécution de trois militaires français.
  3. En fin de matinée le 15 mai, la foule des manifestants s’empare du siège du Gouvernement général.
  4. Le gouvernement de Pierre Pflimlin se montre impuissant à résoudre la crise
  5. Les organisateurs du 13 mai voulaient à tout prix essentiellement empêcher l'investiture de la candidature de Charles de Gaule que l'on dit prêt à abandonner l’Algérie.
  6. Le 29 mai, le président de la République, René Coty, fait appel « au plus illustre des Français ».
  7. L'Assemblée Nationale, en majorité de Droite, vote alors la confiance à Pierre Pflimlin, leader de la Gauche modérée qui devient ainsi Président du Conseil.
  8. Charles de Gaulle accepte de former un gouvernement, qui est investi par l'Assemblée nationale le 1er juin, par 329 voix sur 553 votants.
  9. Le 28 septembre 1958, environ 80% des électeurs se prononcent en faveur de la nouvelle Constitution
  10. C'est sous la présidence de René Coty que le projet de Constitution est soumis au vote des Français sous la forme d’un référendum.


mercredi 14 mai 2014

mardi 28 janvier 2014

mercredi 27 novembre 2013

Haussmann, l'homme qui bâtit Paris



À la demande de Napoléon III, Haussmann entreprit des travaux d'une telle ampleur qu'ils ont donné à la capitale sa physionomie actuelle.

Faire de la capitale une ville moderne. Telle était la mission d'Haussmann, qui, pendant près de dix-sept ans avec un soutien inconditionnel de Napoléon III, transforma Paris. Avant le vaste chantier entrepris par Haussmann, Paris n'avait pas la carrure d'une capitale, et ne reflétait pas les aspirations de pleine puissance de Napoléon III. Ville médiévale aux ruelles étroites et insalubres, parfois glauques et mal famées, Paris a littéralement été bouleversée par les plans du baron. Dans un premier temps il "nettoya" les rues, expropriant et indemnisant les habitants puis défonçant des centaines de constructions. Parmi les bâtiments et monuments démolis, on compte le marché des Innocents, la tour des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Latran, l'hôtel Coligny ainsi que de nombreuses églises et chapelles, le percement des boulevards Sébastopol-Magenta et Saint-Germain, les avenues Foch, Victor-Hugo et George V, les rues de Rivoli, Rennes et Réaumur...
Il façonna ensuite de grandes avenues capables d'absorber une circulation en constant accroissement - chiffres de l'évolution démographique - et dota la capitale de deux poumons en aménageant les bois de Boulogne puis de Vincennes et en construisant un chemin de fer circulaire pour faciliter les communications. Haussmann construisit sans compter. Le but de tous ces travaux était de créer des voies de communication et d'échanges, des infrastructures pour favoriser le commerce mais aussi la vie quotidienne des habitants en améliorant l'hygiène et en les tirant vers un niveau de vie plus élevé.
Son projet pour Paris intégrait également la mise en place d'un immense réseau d'égouts. Accompagné de l'ingénieur Eugène Belgrand, Haussmann développa les égouts dans des proportions invraisemblables pour l'époque : en 1878, Paris comptait près de 600 kilomètres d'égouts. On lui doit également le parc Montsouris, les Buttes-Chaumont, le visage actuel des Champs-Élysées, les Grands Boulevards, etc.
Pendant près de dix-huit ans, entre 1853 et 1870, Haussmann dirigea une équipe chargée de révolutionner le paysage urbain de la capitale. Soutenu par Napoléon III et le ministre de l'Intérieur Persigny, Haussmann s'entoura d'une équipe dévouée et efficace composée de personnes telles que le scientifique Dumas, les architectes Hittorff, Baltard, Ballu et Garnier, mais aussi des banquiers Péreire et Rothschild, rivaux réunis par des intérêts communs. En effet, le baron bénéficiera de budgets considérables et souvent dépassés pour réaliser son projet alimenté en partie parce que l'on appellera l'"Emprunt". Ce financement se fait par un système d'emprunt gagé par les recettes de la ville en constante augmentation et présenté comme le modèle de "dépenses productives", ingénieuse formule inventée par Persigny et Haussmann. Un montage financier qui finalement causera l'éviction d'Haussmann. Face à l'ampleur et au coût des travaux, de nombreux sceptiques ont cherché à écarter le baron, et lorsqu'on voit les chiffres, on comprend pourquoi : avant l'entreprise d'Haussmann, Paris récoltait en 1852 environ 52 millions d'impôts ; en 1869, ce sont près de 232 millions qui entrent dans les caisses. Le coût du projet haussmannien s'élève à environ 2,1 milliards.

Le désaveu de Napoléon

Tout n'allait pas trop mal jusqu'en 1867, où le peuple et plusieurs parlementaires tels que Ernest Picard et Jules Ferry commencèrent à demander des comptes, parfois de façon virulente, las des pratiques douteuses d'Haussmann pour mener à bien la tâche qu'il s'était fixée. Un débat au Parlement conduira à l'instauration d'un contrôle de son travail, chose qu'il avait toujours soigneusement évitée. Juste avant la chute de l'empire, alors qu'il espérait encore décrocher un poste ministériel pour développer ses chantiers à l'échelle nationale, Haussmann est renvoyé par le chef du gouvernement Émile Ollivier.
Il est donc relevé de ses fonctions par le décret impérial du 5 janvier 1870, publié dans le Journal officiel du 6. En effet, à la fin du Second Empire, Haussmann est l'un des hommes les plus brocardés de France. Il a bousculé trop d'habitudes et remis en question trop de situations acquises : le remodelage de la géographie parisienne et les programmes de constructions nouvelles ont, en effet, déclenché une vague de spéculations sans précédent. Le coût des travaux entrepris est énorme, à tel point que Jules Ferry en écrira le célèbre pamphlet Comptes fantastiques d'Hausmann. Des monuments vénérables ont été détruits trop brusquement et le personnage d'Haussmann présente un côté agaçant. Tout au long de sa carrière, il a montré une ambition forcenée, d'un opportunisme impudent.
Avec le recul du temps et en prenant compte tout de même de la disparition d'un nombre important de constructions et sites liés à l'histoire de Paris et de France, on ne peut que reconnaître la nécessité et la beauté du résultat des travaux menés par Haussmann. 

d’après le Point du  20 aout 2013


RESUMEZ L'ARTICLE EN QUELQUES LIGNES 

dimanche 27 octobre 2013

Le droit du sol



En Europe, le droit du sol est réformé vers davantage de durcissement



Sept Français sur dix sont favorables à une réforme du droit du sol comme proposé par Jean-François Copé, selon un sondage de l'institut BVA pour Le Parisien. Dans les autres pays d'Europe, ce dernier est en recul.
Suffit-il de naître dans un pays pour en acquérir la nationalité? À cette question quasi-philosophique les États européens ont tenté de fixer des réponses claires, et surtout de les adapter au contexte économique. Dans notre pays, un enfant né en France de parents étrangers devient automatiquement français à ses 18 ans, à deux conditions: qu'il ait résidé au moins 5 ans sur notre territoire depuis l'âge de 11 ans et qu'il réside encore en France à ses 18 ans. Cette législation nous est héritée du XIXe siècle, à un moment où le pays était en besoin de travailleurs.
L' Allemagne est l'un des rares pays d'Europe à avoir assoupli sa législation vers davantage de droit du sol. Mais il faut préciser que le droit du sang a longtemps été la seule législation en vigueur. Impossible, avant la loi sur la nationalité de 2000, de devenir allemand sans avoir un parent allemand. Aujourd'hui, tout enfant né dans ce pays d'un parent étranger y résidant légalement depuis au moins 8 ans peut acquérir la nationalité allemande.
L'Italie et l'Espagne sont eux régis par le double droit du sol. Pour acquérir la nationalité, deux naissances doivent s'être déroulées sur le territoire: celle de l'enfant en question, et d'un de ses parents. La ministre italienne de l'Immigration a proposé d'introduire un «droit du sol tempéré» et donner, sous conditions d'intégration et de séjour légal, la nationalité aux enfants nés en Italie de parents étrangers. De nombreuses voix s'y sont opposées, notamment la Ligue du Nord et le populiste Beppe Grillo.
La Grande-Bretagne et l'Irlande, les deux Nations les plus attachées au droit du sol, ont toutes les deux durci leur législation. Auparavant, il suffisait d'y naître pour en obtenir la nationalité. La Grande-Bretagne a rompu avec cette tradition en 1983, exigeant pour devenir citoyen britannique qu'un des deux parents réside en permanence dans le pays. En 2004, les Irlandais ont voté un durcissement du droit du sol via un référendum. Un enfant né en Irlande de parents étrangers devient Irlandais si l'un des deux parents, durant les quatre années précédant la naissance, est allé légalement en Irlande pendant une période d'au moins trois ans.
En Belgique, l'enfant devient Belge si les parents résident depuis dix ans dans le pays et ce avant que ce dernier n'ait 12 ans. Au Danemark, un enfant né de parents étrangers devient Danois s'il a vécu dans le pays durant les 19 premières années de sa vie.

(Le Figaro – le 26 octobre 2013)






Une brève histoire du droit du sol


(….)
1. Quand les sujets devinrent le peuple
Jusqu'en 1789, dans le monde de la monarchie, être français, c'est tout simplement être un sujet du roi de France. Il est vrai que l'on peut devenir un de ces sujets par le simple fait de résider dans le royaume, mais cette "qualité" n'a d'intérêt que pour le roi lui-même : elle lui permet de ramasser à son profit l'héritage de l'individu au cas où il viendrait à mourir sans héritier. L'idée même d'un peuple français homogène, uni, et jouissant des mêmes droits est parfaitement anachronique. Nous sommes alors dans une société d'ordres, avec des gens fait pour obéir et payer les impôts (le Tiers Etat) et des gens fait pour les commander (la noblesse) ou assurer le salut de leur âme (le clergé).
C'est la Révolution française qui met fin à ces conceptions et accouche de celles qui sont les nôtres. A l'ouverture des fameux Etats Généraux (mai 1789), nous sommes encore dans le monde ancien, celui de la logique féodale : les trois ordres défilent séparément. Le Tiers, rejoint par des rebelles des deux autres ordres, refuse cet état de fait. Il fait le coup de force lors de la fameuse séance de la salle du Jeu de Paume, à Versailles (juin 1789). Le roi veut faire déloger ces impudents. Les députés refusent. Nos manuels ont retenu de l'épisode la phrase de Mirabeau : "nous sommes ici par la volonté du peuple et on ne nous en arrachera que par la puissance des baïonnettes". Bien plus intéressante était l'apostrophe lancée quelques instants auparavant par le député Bailly à l'envoyé du roi : "il me semble que la nation assemblée n'a d'ordre à recevoir de personne"C'est la grande rupture. Et la scène primitive de notre modernité française. Trois mois auparavant, s'adressant à son pays dans son discours d'ouverture aux Etats Généraux, Louis XVI disait "mes peuples" et ses peuples étaient formés de ses sujets. Désormais, il y a LE peuple, composé de citoyens, qui s'est proclamé souverain. La Nation est née. La question de savoir qui peut en faire partie ou non peut commencer à se poser dans les termes que nous connaissons.

2. Le XIXe siècle s'ouvre au droit du sol
Les révolutionnaires ne sont pas pour le droit du sang. Toutes les constitutions qui se succèdent durant la période révolutionnaire prévoient qu'on peut être français dès lors que l'on réside en France depuis un certain temps. Le droit du sang arrive avec le code civil de Napoléon. Lui-même, nous rappelle Patrick Weil, le grand spécialiste de ces questions, était favorable à l'accès le plus large à la nationalité, mais ses législateurs pensent autrement. On sera Français si ses parents le sont.
Peu à peu, de réformes en réformes, le XIXe siècle rompt avec ce principe et s'ouvre partiellement au droit du sol. La grande loi qui le consacre arrive en 1889. La France veut fabriquer des Français. Ceux qui sont nés et éduqués en France doivent le devenir. Pour le coup, il y a surtout, derrière ce généreux principe, des arrières pensées qui ne le sont pas tant. Le contexte est à la "revanche" après la défaite de 1870. Il faut se repeupler pour faire face au péril allemand. Les immigrés sont nombreux en France, en cette fin du XIXe siècle, des Belges dans le Nord, des Italiens dans le sud, des Espagnols au nord des Pyrénées. On en fait des citoyens pour en faire des soldats. Cette francisation à tour de bras n'est pas sans ambiguïté. La loi de 1889 intègre les milliers d'Européens, Italiens, Espagnols, Maltais, Allemands, qui se sont installés en Algérie et dont les descendants forment la majorité du million de pied noirs de 1962. Mais les musulmans n'y ont pas droit, ils sont toujours des indigènes, soumis à un statut de seconde zone.

3. Après l'affaire Dreyfus, les Français tranchent
Après la loi de 1889, d'autres textes seront adoptés (un texte très libéral en 1927, puis des textes plus restrictifs après). Il n'empêche. Les lois varient, le principe est là. Au-delà d'une machine à fabriquer du conscrit, ce fameux "droit du sol" a couronné une philosophie : être français n'est pas un héritage, c'est une adhésion à un projet commun, l'idée que tous ensemble, à un moment donné, quelle que soit notre origine, notre naissance, nos parents, nous décidions de notre avenir commun.
On cite souvent, comme base de ce principe, le fameux discours "qu'est-ce qu'une nation ?" que le philosophe Ernest Renan prononça à la Sorbonne, en 1882. On aurait tort d'oublier les nombreux ennemis de ce principe. Ils ont bientôt l'occasion de se déchaîner. Six ans après la loi de 1889 survient l'affaire Dreyfus. Les antidreyfusards, à coup de tribunes haineuses, de manifestations, de manipulations de la vérité, font valoir en creux leur conception de la nationalité française. Elle est défendue tous les jours par Charles Maurras dans "l'action française", son journal. L'antisémitisme y tient une part essentielle. Quand les preuves de l'innocence du capitaine sont établies, l'écrivain nationaliste Maurice Barrès, l'autre chef de file des antidreyfusards, n'en a que faire. Il écrit : "Que Dreyfus est capable de trahir, je le conclus de sa race".
La xénophobie n'est pas absente non plus de cette façon de penser. Le grand défenseur de Dreyfus est l'écrivain Emile Zola, auteur du fameux "J'accuse". Il est haï parce qu'il soutient l'officier juif mais aussi parce qu'il est un fils d'Italiens naturalisés. Le même Barrès : "Qu'est-ce que Monsieur Emile Zola ? Je le regarde à ses racines, cet homme-là n'est pas français". Tout est dit. Il y aurait des "vrais français", ceux qui ont du "sang gaulois" dans les veines, et les autres, les pas vraiment Français, les Français trop récents, les Français qui n'ont pas la bonne religion.
Après une décennie de combats acharnés, l'affaire Dreyfus se conclut par la victoire éclatante des Dreyfusards. Le capitaine est réhabilité. Les partis de tous ceux qui l'ont soutenu, Clemenceau, Jaurès, remportent les élections. Les Français ont donc tranché. La tradition française ne sera pas celle du sang, mais celle de l'ouverture, de l'intégration, de l'accueil.
(François Reynaert - "Le Nouvel Observateur")

dimanche 20 octobre 2013

20 octobre 1671. Colbert expédie 800 jeunes vierges (ou pas...) aux colons de la Nouvelle-France


Faute de femmes, la colonie française au Canada dépérit. Le nouvel intendant du roi, Jean Talon, réclame des épouses au roi de France.

Où sont les femmes ? clame Patrick Juvet. C'est exactement la question que se pose à son arrivée en Nouvelle-France le nouvel intendant du roi, Jean Talon. Où sont les femmes absolument nécessaires pour faire prospérer la jeune colonie française sur les rives du Saint-Laurent ? Il recense une femme nubile pour sept trappeurs affamés. Les compagnies privées qui géraient jusque-là la colonie n'ont pas fait grand-chose pour assurer le bien-être sexuel et marital de leurs trappeurs. À peine si la colonie compte une dizaine de femmes de plus par an. Bref, pour prospérer, la Nouvelle-France sur les rives du Saint-Laurent a un besoin urgent de bonnes reproductrices capables d'enfanter à la cadence infernale d'une Thérèse Dion. 
En 1663, quand la colonie passe sous administration royale, Colbert décide de remédier à ce manque de femmes. Ce n'est pas les jeunes célibataires qui manquent dans le royaume de France. Avec Jean Talon, il monte une efficace "traite des blanches" entre le pays et la colonie. De 1663 à 1673, pas moins de 800 jeunes femmes entre 12 et 30 ans acceptent l'aventure au pays des Iroquois. On les appelle les "filles du Roi". Pour inciter au mariage, Jean Talon publie le 20 octobre 1671 une ordonnance stipulant que tous les jeunes hommes célibataires devaient marier une jeune fille venue de France, sans quoi ils perdaient leur droit de pêcher, de chasser et d'échanger des fourrures.

Petite noblesse

Qui est cette chair fraîche ? Pour l'essentiel, des orphelines ou des jeunes filles abandonnées à l'hospice par des parents n'ayant pas les moyens de leur octroyer une dot de mariage. La majorité provient d'institutions religieuses. Les villes côtières comme Dieppe, Honfleur ou La Rochelle fournissent un important contingent, cependant une bonne moitié du "troupeau" vient de la capitale. En particulier de l'hospice de la Salpêtrière, qui, à l'époque, servait d'abri à quelque 3 000 indigentes, orphelines, mendiantes et même prostituées ramassées sur le pavé parisien. Attention, la sélection des" filles du Roi" n'a rien à voir avec les rafles de prostituées qui se pratiqueront quelques décennies plus tard pour coloniser les Antilles et le Mississippi. Les jeunes femmes destinées à la Nouvelle-France sont recrutées parmi les indigentes honnêtes, ayant de la religion et capables d'enfanter. Pour éviter de se faire refiler de vieux rossignols provenant de chez Madame Claude, Jean Talon envoie deux matrones de Nouvelle-France chargées d'écarter les brebis galeuses. Elles ont la consigne de les choisir jeunes, en bonne santé, "pas trop contrefaites", "dégourdies", vaillantes, de bonnes mœurs et... célibataires.
Pour certaines de ces jeunes filles, c'est l'occasion inespérée de se marier, d'avoir des enfants et de ne pas finir ses jours dans un hospice ou un bordel. Parmi les filles du Roi, on compte également une cinquantaine de femmes de la petite noblesse destinées aux officiers ayant décidé de faire souche en Nouvelle-France. Zahia, qui a posé sa candidature, a été recalée. Pour inciter ces "épouseuses" à entreprendre ce voyage en Nouvelle-France, Louis XIV prend à sa charge les frais de transport, qui se montent à une centaine de livres par fille. Il les dote aussi de 50 livres, en espèces ou en articles ménagers. En outre, chaque fille du Roi reçoit une cassette fermant à clef contenant "une coiffe de taffetas, une coiffe de gaze, une ceinture, des cordons de soulier, 100 aiguilles, un étui et un dé, un peigne, du fil blanc et gris, une paire de bas, une paire de souliers, une paire de gants, une paire de ciseaux, deux couteaux, un millier d'épingles, un bonnet, quatre lacets de fil, des toiles pour faire des mouchoirs, cols, cornettes et manches plissées". Et pas question de revenir quelque temps plus tard dans la métropole. Tous les chemins ne mènent pas au Rom...

Allocations familiales

Le trajet entre Paris et Québec prend plusieurs mois. La traversée de l'Atlantique est éprouvante pour des citadines mal nourries. Elles vivent un calvaire, entassées dans la Sainte-Barbe à proximité des porcs, vaches et chevaux envoyés dans la colonie. Elles sont nourries comme les matelots de biscuits salés, de lard et de morue séchés. Quand elles ne souffrent pas du mal de mer, elles sympathisent, créent des liens d'amitié qui dureront toute leur vie. Quelques-unes meurent en route. Sur le point d'arriver, les survivantes enfilent leur plus belle robe, anxieuses des hommes qu'elles vont trouver. Sur le quai, Karine Le Marchand les attend avec de beaux trappeurs endimanchés. Témoignage de l'époque : "Les voici qui se pressent sur le pont, les unes contre les autres, comme un bouquet qu'on a ficelé serré... Il s'agit de savoir, avant même d'avoir distingué leurs visages, si elles sont modestes et bien soignées de leur personne."
Mais pas question de laisser les célibataires sauter sur ces dames. L'intendant Jean Talon commence par installer les candidates chez des religieuses, des veuves ou des familles de bonne réputation. Elles y sont logées et nourries jusqu'à leur mariage devant notaire. Les jeunes filles comprennent vite qu'il leur faut faire le bon choix. Pas question de se lier à un "sauvage" courant les bois toute la sainte journée. Line Renaud leur recommande de faire porter leur choix sur les prétendants ayant pris soin de bâtir une cabane avant leur arrivée. Si elles ne sont pas satisfaites de leur époux, elles ont le droit d'annuler le contrat de mariage pour choisir un deuxième prétendant, et même parfois un troisième. Le mariage religieux se déroule à Notre-Dame de Québec. En général, elles sont mariées dans les six mois après leur débarquement. Aux jeunes hommes de moins de 20 ans qui se marient, Talon remet 20 livres.
Mariées, les jeunes épouses ne doivent pas chômer. Talon les encourage à pondre un nouvel enfant chaque année. Il invente les allocations familiales : 300 livres annuelles pour les familles de plus de dix enfants, et 400 livres pour celles qui font le grand chelem avec douze enfants. C'est ainsi qu'en 1673 l'intendant peut annoncer à Colbert entre 600 et 700 naissances dans la colonie. Mais Talon tourne les talons la même année, il retourne en France. Colbert, jugeant la colonie bien partie, préfère employer l'argent du roi à financer la guerre contre la Hollande. Ainsi prend fin la migration des filles du Roi. Bénies soient-elles : sans elles, il n'y aurait eu ni Céline ni Garou.
(Le point.fr du 20 octobre 2013 -  par F. Lewino et G. Dos Santos ) 


mercredi 25 septembre 2013

Versailles




Regardez les deux vidéos et résumez leur contenu. 

mercredi 3 avril 2013

Le Féminisme français et les femmes françaises


L'histoire du féminisme commence lors de la période pré révolutionnaire de la fin du XVIIIème siècle sous l'influence notamment des philosophes des Lumières.
L'affirmation des droits naturels a suscité des revendications de femmes éclairées telles qu'Olympe De Gouges Celle-ci proposa "la déclaration des droits de la femme et de la citoyenne".
Durant les évènements révolutionnaires, des femmes de toutes conditions, participent activement aux mouvements révolutionnaires. Le tableau de Delacroix et sa Marianne illustre la femme révolutionnaire représentation allégorique de la nation.
Bien que profitant de cette première expression politique féminine peu d'hommes, au final, soutinrent les femmes dans leurs revendications. Condorcet fût une exception remarquable. Les formes de représentations politiques de femmes (groupements....) furent rapidement interdits. Les femmes n'eurent pas accès au droit de vote et à l'égalité en droit, elles furent pour autant victimes, comme n'importe quel citoyen, de la répression et de la Terreur. Ainsi, Olympe de Gouges fut guillotinée.
C'est surtout à partir du XIXème siècle que les femmes engagent une démarche politique avec la volonté, notamment, d'aller vers l'égalité républicaine au travers de l'accès aux institutions (et particulièrement au moyen de revendications en matière de droit de vote et de suffrage réellement universel). L'accès à l'éducation et à des conditions sociales décentes pour les femmes veuves furent leur levier politique.
Les femmes s'organisent sous forme de clubs, d'associations de bienfaisance...
L'Empire, la Restauration et leur cortège de retour aux archaïsmes éteignirent les revendications politiques féminines. Même si la figure de la femme se battant pour la nation reste un symbole fort (les lavandières et cantinières sur les champs de bataille napoléoniens illustrent cette conception de la femme mère de la nation).
La Révolution de 1830 permit aux femmes de revenir à un féminisme militant. Ce sont surtout les milieux socialistes qui permirent un retour des aspirations des femmes à plus d'égalité. Proudhon et Saint Simon furent porteurs de ce renouveau. Les femmes profitèrent de la levée de la censure sur la presse pour s'exprimer largement (La femme libre, la Tribune des femmes, le conseiller des femmes...furent les premières publications féminines).
Elles rejoignent les aspirations socialistes de défense des travailleurs et des ouvriers et se mobilisent pour des droits spécifiques à leur situation comme le retour à la légalisation du divorce ou à l'indépendance juridique et financière.
Au risque de paraître "immorales" certaines contestent ouvertement l'institution du mariage et en appellent à "l'amour libre".
Les femmes participeront activement aux journées révolutionnaire de 1848. Elles utilisent la voie de la presse pour s'exprimer. Elles finissent par bénéficier de nouveaux droits notamment dans le travail au même titre que les hommes, des idées comme les crèches et les restaurants collectifs commencent, sous leur impulsion, à voir le jour.
Elles continuent, en vain à revendiquer le droit de vote.
Le club des femmes très actif, est largement caricaturé par les puritains. Les femmes actives politiquement sont aussi la risée des femmes conservatrices qui les accusent de porter atteintes aux bonnes mœurs et à l'équilibre des familles. L'Église catholique ne sera pas en reste. Le club des femmes est alors interdit.
Le second empire permettra quelques avancées notamment en matière de droit à l'éducation des petites filles. Cependant, la qualité de l'enseignement reste très attaché aux valeurs dites féminines. Ce sont les congrégations et l'Eglise qui prendront en charge cette éducation.
Ce sont encore les saint simoniens qui soutiendront le droit à l'éducation des femmes dans les mêmes conditions que pour les hommes. La première bachelière est diplômée à l'âge de 37 ans après une véritable bataille aux fins de pouvoir s'inscrire à l'épreuve.
Madeleine Bres sera la première femme inscrite à la faculté de médecine en 1863. L'accès à l'éducation sera un combat de tous les instants pour les féministes. Elles pourront également accéder à l'enseignement en 1880 et embrasseront largement les carrières d'enseignant.
La III eme République permettra aux femmes de se structurer. Généralement issues de milieux bourgeois, protestant et socialistes, ayant fait leurs armes dans les milieux de la philanthropie et de l'aide sociale, les femmes se battent pour le droit de vote avec ténacité.
En Angleterre et en Allemagne, de la même manière les femmes s'organisent politiquement aidées par certains hommes éclairés. Contrairement aux suffragistes anglaises plus radicales, les françaises vont plutôt tenter de trouver des alliés dans les milieux politiques radicaux masculins.
La première guerre mondiale assiéra définitivement les femmes dans l'économie, ce sont elles qui firent tourner l'économie durant la période de guerre. La fin de la première guerre mondiale ne vit pas pour autant, en France, la reconnaissance des efforts portés par les femmes durant la guerre. Le retour des hommes du front les enfermèrent, au contraire, dans un féminisme maternaliste et social à défaut d'être égalitaire et socialiste. La saignée démographique les cantonnent dans des logiques reproductives et de " bonnes mères " pour le bien de la nation.
L'après deuxième guerre mondiale, et le traumatisme subi par les nations européennes ramenèrent le combat politique des femmes sur le devant de la scène. Elles obtiennent enfin après plus de deux siècles de lutte le droit de vote. Simone de Beauvoir et son " deuxième sexe " (1949) placent les revendications féministes sur le devant de la scène. La femme n'est pas qu'un ventre. Elles préconisent de renverser le système patriarcal pour en venir à un système égalitaire entre les deux genres.
La maîtrise de leur corps est placée au centre des préoccupations des féministes de la deuxième vague. Longtemps sujet de division, le contrôle des naissances devient l’une de ses revendications les plus visibles. La contraception et le droit à l'avortement vont devenir les pierres angulaires d leurs revendications.
Les plannings familiaux voient le jour et le viol est qualifié de crime dans le code pénal. Aujourd'hui les femmes ont obtenu, en Europe, des droits équivalents à ceux des hommes.
La parité et la représentativité dans les instances décisionnelles furent les dernières grandes batailles en droit. Restent les faits et les inégalités constantes de la condition féminine au regard des hommes (représentation des femmes en fait inférieures à celle des hommes, différences de salaires, conditions de travail difficiles....).
Leurs combats restent fragiles. Les milieux religieux intégristes quelle que soit la religion restent des ennemis de la condition féminine. Quant aux milieux économiques et politiques, ils restent très marqués par un patriarcat latin. Le combat des femmes pour l'égalité réelle est encore en marche.
Celles-ci composent juste plus de 50% de l'humanité.
D’après  Histoires de la Francophonie N° 13


dimanche 27 janvier 2013

Au revoir les enfants


 

Hiver 1943, dans un pensionnat catholique de la banlieue parisienne.
Fils d’une famille bourgeoise de Lille, Julien Quentin est un des meilleurs élèves de sa classe. Arrivent trois nouveaux qui suscitent la curiosité. Bonnet, qui devient son nouveau voisin de dortoir intrigue Julien : intelligent, doué en musique, c’est un enfant différent et secret. Julien voit d’abord en lui un rival, mais les deux enfants finissent par devenir amis.
 
 L’affiche montre les deux personnages principaux du film
Y voyez-vous des indices sur l’époque à laquelle se passe le film ?
Que vous inspirent ces deux visages d’enfant ? Imaginez un lien entre cette photo et le titre du film !Quel genre d’histoire pourrait raconter ce film ?
Quelle est la signification exacte de l’expression « Au revoir »? Quand l'emploie-t-on ? Qu’est-ce que cela suppose ?

 
Le monde de Julien et celui de Joseph



 
Quelles oppositions voyez-vous entre la vie de Joseph au pensionnat dans lequel il travaille et la vie de Julien à l’extérieur de l’école, chez ses parents ?

Extrait de dialogues du film

La scène se passe dans un restaurant élégant. Madame Quentin, accompagnée de ses deux fils Julien et François, a invité Bonnet à se joindre à eux.


Mme Quentin : Qu’est-ce que vous avez comme poisson ?

Le maître d’hôtel : Il y a longtemps que nous n’avons pas eu de poisson, Madame. Je vous recommande le lapin chasseur. Un demi-ticket de viande par portion.
François : C’est du lapin ou du chat ?
Le maître d’hôtel : Du lapin, Monsieur. Avec des pommes rissolées.
Mme Quentin : Elles sont au beurre, vos pommes de terre ?
Le maître d’hôtel : A la margarine, Madame. Sans ticket.
Mme Quentin : Va pour le lapin chasseur. Et une bouteille de bordeaux.
Les Allemands assis à la table d’à côté parlent bruyamment. L’un deux lève son verre à l’intention de Mme Quentin.
Mme Quentin : Il y a de la verdure aujourd’hui. Je croyais qu’ils étaient tous sur le front russe.
François : Vous leur avez tapé dans l’œil.
Mme Quentin (à Bonnet) : Vos parents n’ont pas pu venir ?
Bonnet : Non, Madame.
Mme Quentin : Pauvre petit.
François : Et Papa, au fait ? Il avait dit qu’il viendrait.
Mme Quentin : Il a été empêché. Des problèmes avec l’usine.
Julien : Comme d’habitude …
Mme Quentin : Ton pauvre père a des responsabilités écrasantes en ce moment.
François : Il est toujours pétainiste ?
Mme Quentin : Personne n’est plus pétainiste !
(A Julien) Au fait, on m’a appris ce qui t’était arrivé dans la forêt. Qu’est-ce que je n’ai pas dit au Père Jean ! Ces jeux scouts sont ridicules, avec le froid qu’il fait. Dieu sait ce qui aurait pu t’arriver, mon pauvre chou. Une balle est si vite partie !
François : Ça lui forme le caractère.
Mme Quentin : C’est exactement ce que le Père Jean m’a répondu. Former le caractère ! Je vous demande un peu.
Julien (montrant Bonnet) : C’est lui qui était avec moi dans la forêt.
Mme Quentin sourit à Bonnet.
Mme Quentin : Je parie que vous êtes lyonnais. Tous les Gillet sont de Lyon et ils fabriquent tous de la soie.
Julien : Il s’appelle Bonnet, pas Gillet. Et il est de Marseille.
Mme Quentin : Bien sûr !…J’ai connu une Marie-Claire Bonnet à Marseille, une cousine des Du Perron, les huiles. C’est votre mère ?
Bonnet : Non, Madame. Ma famille n’est pas dans les huiles.
Mme Quentin : Tiens, ça m’étonne !
Julien : Le père de Bonnet est comptable.
Mme Quentin : Ah bon !
Questions :
Madame Quentin parle de verdure ; mais il ne s’agit pas de salade.
De qui veut-elle parler ? Pourquoi les appelle-t-elle ainsi ?
Elle parle aussi des « huiles ». Qu’est-ce que cela veut dire ?
Quels sont les indices qui montrent que Madame Quentin vit dans un autre monde que ses enfants ? Sur quels points a-t-elle des difficultés à les comprendre ?
Qu’est-ce qui peut rapprocher Julien et Bonnet ? Qu’est-ce qui les sépare dans cette scène ?
Qu’est-ce qui différencie le père de Julien et de François du Père Jean ?
 
Les réactions des Français face à l’ennemi

Après la défaite de juin 1940, le Maréchal Pétain a signé l'armistice avec l' Allemagne nazie d'Hitler et l'Italie fasciste de Mussolini. Pétain devient chef de l'Etat français et instaure sous la devise "Travail, famille, patrie" le Régime de Vichy. A partir de 1942, le régime de Vichy collabore avec le régime hitlérien et "livre" aux nazis, souvent sur dénonciation, des Juifs qui ont trouvé refuge en France. Il y a eu aussi en France des camps de concentration (par exemple à Drancy en région parisienne ou au Struthof en Alsace).

Ceci explique pourquoi on ne voit pas uniquement des uniformes allemands dans le film. Après le renvoi de Joseph de l’institution, on le voit discuter avec des "collaborateurs", des Français qui ont un uniforme qui n’est pas celui de soldats français. Il s’agit de la Milice de Vichy . Cette organisation était issue du service d’ordre de la Légion française des combattants. Ses formations militarisées, créées le 30 novembre 1943, ont collaboré avec les troupes allemandes d’occupation aux actions menées contre la Résistance française, notamment dans le Vercors en 1944. Le film montre des gens qui ont des attitudes différenciées : il y a ceux qui collaborent avec les nazis et ceux qui résistent. Et puis il y a aussi ceux qui évitent de se prononcer très clairement.
Retrouvez des personnages pouvant appartenir à ces trois catégories !
D' après vous, pourquoi est-ce que les gens ont adopté telle attitude plutôt
que telle autre ?

Certains collaborateurs ont agi par conviction politique (par exemple, les admirateurs de Pétain, les fascistes, les anticommunistes ou les antisémites). D’autres ont agi par intérêt (par opportunisme) en profitant de la situation pour pouvoir s’enrichir. Des patrons d’entreprises françaises ont accepté de mettre leurs outils de production au service de l’Allemagne nazie, en particulier pour fabriquer des armes, des véhicules… Des petits commerçants se sont aussi enrichis pendant l’Occupation. Ils ont réservé leurs meilleurs produits aux Allemands. En échange, ces derniers ont fermé les yeux sur le marché noir qu’ils pratiquaient. Profitant du rationnement, les commerçants doublaient ou triplaient les prix des marchandises, surtout des denrées alimentaires dont tout le monde avait besoin (pain, lait, huile, pommes de terre…), produits que l'on pouvait obtenir sur présentation de tickets de rationnement, mais en quantité bien souvent insuffisante. A la fin de 1940, après la mise en place d’un statut juif, la collaboration devient plus active. Certains n’hésitent pas à dénoncer voisins ou collègues de travail par conviction politique (parce qu’ils sont juifs ou soupçonnés d’être résistants, communistes ou anti-allemands). D’autres le font par intérêt (primes à la dénonciation, récupération d’objets, d’un appartement appartenant à la personne dénoncée), par jalousie, vengeance personnelle etc ...
Situez Joseph par rapport aux catégories décrites ci-dessus ! Quels sont ses raisons?
Comment situez-vous le Père Jean ?
Comment situez-vous Julien ? Que fait-il pour protéger Bonnet ? N’est-ce pourtant pas à cause de lui que Bonnet a été découvert ? Comment expliquezvous son geste ? Que pouvait-il signifier ?


France occupée : le choix des personnages
 

 
La genèse du film : une autobiographie

Louis Malle a vécu cette histoire qui a longuement occupé son esprit. Julien représente Louis Malle enfant mais son film n’est pas un documentaire, c'est une fiction faite des souvenirs qu'il a de son histoire vécue, à laquelle il a rajouté des éléments et anecdotes récupérés ailleurs, et des éléments purement fictionnels.

La réalité vécue, celle du souvenir ne correspond pas exactement à la vérité historique. Entrent en compte les émotions, les sentiments comme le précise la phrase sur la couverture du scénario : « Ce récit est inspiré par des souvenirs vécus, mais les personnages et beaucoup d’événements sont inventés »
Dans son film, le réalisateur a compressé le temps par rapport à la réalité. Le film commence après les vacances de Noël 1944 pour s’achever le 15 janvier soit une quinzaine de jours après. L’histoire contée dans le film a en fait duré 3 mois et non 15 jours
Dans les faits réels, le jeune Jean Bonnet s'appelait Hans-Helmut Michel (6 novembre 1930, 6 février 1944) et il est resté environ un an dans le collège d'Avon avant d'être arrêté et déporté. Il est en fait arrivé dans cet internat quelques mois avant Louis Malle et son frère Bernard.
Le Père Jean du film a lui aussi existé et s'appelait Père Jacques (29 janvier 1900, 2 juin 1945). Pour avoir caché les trois enfants juifs dans le collège d'Avon il fut aussi déporté à Mauthausen.
A travers son expérience personnelle, Louis Malle veut témoigner : comment l’Histoire est vécue par un individu, comment elle peut le traumatiser et changer sa vie.
« Pendant longtemps, j'ai purement et simplement refusé de m'y attaquer, parce que cet événement m'avait traumatisé et qu'il a eu une énorme influence sur ma vie. » Louis Malle.
Le projet de départ s'intitulait d'ailleurs My little madeleine (en référence à la madeleine de Proust) avant de s'intituler Le nouveau puis finalement Au revoir les enfants dernières paroles prononcées par le Père jean avant d’être emmené par la gestapo.
De façon générale, l'amitié approfondie entre Julien et Jean est purement fictionnelle. Le jeune Malle n'a pas réellement développé d'amitié avec le vrai Bonnet (il déclarera dans plusieurs interviews que c'est ce regret qui a motivé le film). Le personnage de Julien corrige ce que Louis Malle n'a pas eu le temps, l'occasion ou la présence d'esprit de faire à l'époque.

Seule la voix off à la fin du film permet de savoir qu’il s’agit d’une autobiographie.


Une interview de Louis Malle