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vendredi 9 mai 2014

Vive l'Europe!



L'Europe nous apporte paix, démocratie et prospérité. Des valeurs qui nous semblent naturelles mais qui ne vont pas de soi, analyse Tahar Ben Jelloun.
À ceux qui ne cessent de se plaindre et tentent de défaire ce que des générations ont construit, je dis : c'est une chance de vivre en Europe, c'est une belle aventure que d'être européen. Nous vivons dans la paix et, pour un grand nombre, dans la prospérité. Nous vivons dans des États de droit, ce que beaucoup de peuples nous envient. L'individu est reconnu en tant qu'entité unique et singulière. La démocratie est un système qui garantit les libertés de chacun. C'est même le trait commun à l'ensemble européen. Le délit d'opinion n'existe pas. La liberté d'expression est sacrée. La liberté de conscience, aussi. L'égalité est en cours. La parité homme-femme, aussi.
Cette Europe-là, évidemment, n'est pas acquise une fois pour toutes. Elle est chahutée, voire menacée. Des courants extrémistes, nationalistes, populistes la traversent et la bousculent. Le racisme est là, malgré les avancées pédagogiques et les lois qui punissent les incitations à la haine raciale, le révisionnisme et le négationnisme.

L'histoire est faite de migrations

L'identité européenne est une réalité qu'il ne faut pas trop questionner. À partir du moment où l'on se met à se poser la question de l'identité, c'est que le doute incite à revoir le socle de cette entité. On pose un regard inquiet sur le paysage humain qui n'est pas d'une seule et même couleur, qui ne cesse de se transformer, de s'enrichir par des apports de différences venues de pays proches ou lointains, portées par des hommes et des femmes que le destin a installés dans ce vieux continent. L'histoire est faite de mouvements, de déplacements humains, de migrations. Il n'y a pas pire ennemi de la culture et de la civilisation que l'immobilisme et la pureté. Pureté illusoire d'une race qui n'existe pas. Pureté d'une langue qui serait fermée aux autres langues. Pureté signifiant une solitude absolue, une mort lente et certaine. Une identité figée est promise à la disparition plus ou moins lente.
Quelqu'un disait l'autre jour sur une radio qu'il ne se sentait plus chez lui quand il prenait le RER, pire "il se sentait en apartheid" ! Un autre se plaignait que dans les salles d'attente des hôpitaux il y avait plus d'étrangers que de Français. Et voilà qu'on évoque "le racisme anti-Blanc", ce qui est l'expression d'une peur non identifiée, dans la mesure où le racisme ne fait pas de différence entre les gens dans le système du rejet et de la haine. Quand on se méfie des juifs, on n'accepte pas pour autant les Arabes. Il est parmi les Noirs des gens aussi racistes que les Blancs. Aucun homme, quelle que soit la couleur de sa peau, n'échappe à cette folie enfouie en lui et qui lui dicte par ignorance et par peur de rejeter l'autre.

Vivre ensemble n'est pas de tout repos

L'Europe a la chance de réunir des gens différents mais attachés aux valeurs et principes de la démocratie dans ce qu'elle a de plus noble. C'est cela qu'il faut voir et valoriser. Marguerite Yourcenar écrit dans Mémoire d'Adrien : "Notre grande erreur est d'essayer d'obtenir de chacun en particulier les vertus qu'il n'a pas, et de négliger de cultiver celles qu'il possède."
Évidemment, vivre ensemble n'est pas de tout repos. Nulle part cet exercice ne va de soi. Tout en appartenant à un grand ensemble, chaque État, même minuscule, doit garder son particularisme culturel et sociétal, constituant un socle propre qui ne contredit pas les valeurs fondamentales de l'Europe. Mais nous devons tous faire des efforts pour trouver une base commune pour que nos enfants puissent avoir les mêmes chances à l'école, à l'embauche, au travail et à la promotion. La lutte des classes dont on ne parle plus existe cependant. Elle n'a pas disparu du jour au lendemain, ni en Europe ni dans le reste du monde. On parle de pauvreté, de précarité, de seuil de pauvreté, alors que le système capitalistique, le système du libéralisme sauvage, continue de faire des victimes et écrase l'homme qui n'a que sa force de travail pour vivre.
L'Europe est une belle promesse, mais elle manque de justice sur le plan social, elle perpétue les inégalités et permet à des hommes politiques d'œuvrer pour leur propre intérêt, négligeant l'intérêt national. C'est cela qui la menace puisque la lutte contre la corruption est souvent contournée par des vices de forme.
Un jour, un professeur d'université a posé à ses étudiants cette question : "Quel est l'avenir de la démocratie ?" Certains, lucides ou cyniques, ont répondu : "La mafia !" N'est-ce pas ce que nous constatons de manière parfois feutrée et parfois claire dans des pays où le pouvoir s'est souvent confondu avec des pratiques qui détournent la démocratie de sa route et en font une façade, un voile rappelant la forme et enterrant le fond ?
Malgré tout cela, malgré les batailles à mener quotidiennement, l'Europe reste une chance magnifique qu'il faut préserver, protéger, aimer et défendre. Elle a des défauts, elle a commis des erreurs, elle a fait parfois de mauvais choix, mais elle est là, entité forte et digue contre les vertiges de l'argent virtuel, contre la barbarie et les guerres civiles.
Tahar Ben Jelloun - Le Point.fr - Publié le 05/02/2014 

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vendredi 4 octobre 2013

Lampedusa : reprise des recherches des 200 disparus






Le navire parti de Libye transportait 450 à 500 migrants et seulement 150 environ ont été sauvés, ce qui laisse craindre un bilan d'environ 300 morts.

Les recherches devaient reprendre vendredi matin au large de l'île italienne de Lampedusa, où plus de 130 migrants sont morts et quelque 200 sont portés disparus après le naufrage jeudi de leur bateau. Selon les autorités, le navire parti de Libye transportait 450 à 500 migrants et seulement 150 environ ont été sauvés, ce qui laisse craindre un bilan d'environ 300 morts pour la pire tragédie de l'immigration de ces dernières années. "On n'a plus de place, ni pour les vivants ni pour les morts", déclarait jeudi, effondrée, la maire de Lampedusa, Giusi Nicolini. "C'est une horreur, une horreur ; ils n'arrêtent pas d'apporter des corps." Plus de 130 corps avaient déjà été repêchés lorsque les recherches ont été interrompues jeudi soir. Elles ont repris vendredi matin autour de l'épave du bateau qui gît retournée par 40 mètres de fond à 0,3 mille nautique (550 mètres) des côtes de la petite île sicilienne."Il y a encore plein de cadavres. On ne peut pas dire combien ; ils sont tous serrés les uns contre les autres, on ne voit que les premiers", a expliqué à la chaîne SkyTG24 l'un des sauveteurs, Giovanni de Gaetano, visiblement sous le choc. "Nous voulons en remonter le plus possible à la surface pour les rendre si possible à leurs familles", avait ajouté l'un de ses collègues, les yeux rougis par la fatigue.En surface, les recherches se sont poursuivies dans la nuit pour le cas où des corps flotteraient à la surface, mais "nous n'avons plus d'espoir de retrouver des survivants", a déclaré à l'AFP un membre de la Garde des finances, la police financière qui opère aussi dans le secteur. Au moins 40 nouveaux cadavres avaient été découverts jeudi soir par des plongeurs des garde-côtes, dans et autour de l'embarcation. Des médias ont parlé d'une centaine de corps dont ceux de femmes et d'enfants, venant alourdir un précédent bilan officiel de 93 morts. "C'était tragique de voir les corps des enfants", a déclaré Pietro Bartolo, un responsable sanitaire de l'île. Selon lui, Lampedusa "n'a pas assez de cercueils" et a dû en faire acheminer par avion.
Rome a décrété vendredi "deuil national" et une minute de silence sera observée dans toutes les écoles ainsi qu'avant tous les matches de football du championnat. Le vice-Premier ministreAngelino Alfano, dépêché sur place, a confirmé à l'AFP que le skipper du bateau avait été arrêté. "C'est un Tunisien de 35 ans qui avait été expulsé d'Italie en avril", a-t-il précisé. Les migrants, en majorité des Somaliens et Érythréens, étaient partis des côtes libyennes, depuis le port de Misrata.
Le bateau de pêche a commencé à prendre l'eau et "de peur qu'il ne coule, les migrants ont enflammé une couverture (pour attirer l'attention, ndlr), mais cela a provoqué un incendie, puis le navire a chaviré", selon M. Alfano.

"Un océan de têtes"

Un pêcheur, Rafaele Colapinto, a expliqué être venu en aide à des migrants : "On a vu un océan de têtes, on a mis une demi-heure pour embarquer chacun d'entre eux car ils glissaient à cause du gazole" répandu à la surface de la mer.
Une jeune Érythréenne encore en vie a été retrouvée parmi les cadavres déposés dans un hangar, après qu'un sauveteur eut remarqué qu'elle respirait encore. Placée en réanimation à l'hôpital de Palerme, en Sicile, elle se trouve dans un état grave, déshydratée, en hypothermie, atteinte d'une pneumonie après avoir ingéré, comme les autres victimes, du gazole échappé du bateau.
Mme Nicolini a envoyé un télégramme amer au Premier ministre Enrico Letta lui demandant de "venir compter les morts avec (elle)" et a accusé l'Europe de "détourner le regard (..) face à l'énième massacre d'innocents qui a lieu devant (son) île". Elle a rappelé que Lampedusa, plus proche des côtes nord-africaines que de la Sicile, est "depuis des années" la destination des immigrés clandestins. "C'est un drame européen, pas seulement italien", a expliqué M. Alfano, en demandant que l'Italie, où ont afflué 25 000 migrants cette année (trois fois plus qu'en 2012), puisse étendre ses patrouilles "au-delà de ses eaux territoriales".
La ministre de l'Intégration Cécile Kyenge, première Noire dans un gouvernement italien, a réclamé l'instauration de "couloirs humanitaires pour rendre plus sûres ces traversées sur lesquelles spéculent des organisations criminelles".

"Une honte"

Le président Giorgio Napolitano a demandé à "l'Europe de stopper le trafic criminel d'êtres humains en coopération avec les pays de provenance" et réclamé "la surveillance des côtes d'où partent ces voyages du désespoir et de la mort".
Le pape François, qui s'était rendu pour son tout premier voyage hors de Rome à Lampedusa début juillet, a parlé de "honte" face aux "nombreuses victimes de cet énième naufrage". Il devrait redire vendredi lors d'une visite à Assise (centre), ville du saint dont il a choisi le nom, son rejet de "la culture du déchet", qui tend à écarter, marginaliser, voire éliminer les plus faibles dans la société, parmi lesquels il classe les immigrés clandestins.
Selon le réseau d'ONG Migreurop à Paris, en vingt ans, 17 000 migrants sont morts en tentant de rallier l'Europe. La dernière tragédie la plus meurtrière remonte à juin 2011, quand 200 à 270 migrants originaires d'Afrique subsaharienne et fuyant la Libye s'étaient noyés en tentant de gagner Lampedusa..
Source AFP






Lampedusa : "C'est un drame immense qui se joue dans l'indifférence générale"

Jean-Léonard Touadi est ancien député du Parti Démocrate italien, battu lors des dernières législatives. Il a également été maire adjoint de Rome. Il est spécialiste des questions migratoires au sein de son parti et conseiller au ministère des affaires étrangères. Les questions d'immigration le touchent de près puisqu'il est lui-même originaire de la République du Congo (Congo-Brazza). Jean-Léonard Touadi s'est installé en Italie en 1978.

Cette dernière tragédie au large de Lampedusa ne vous étonne pas ?

Elle ne m'étonne pas du tout. Pour décrire cette situation, on peut reprendre le titre d'un célèbre film italien "chronique d'une mort annoncée". L'ampleur de cet accident nous bouleverse mais la Méditerranée, comme un dragon méchant, engloutie chaque jour, chaque nuit, des candidats à l'émigration. C'est un drame quasiment sans statistique. Il y a un jeune journaliste italien qui a tenté d'en dresser dans son blog, Fortress Europe, et d'après ses estimations, depuis 1988, environ 20 000 personnes ont péri en tentant de traverser la Méditerranée. Il s'agit donc d'un drame immense qui se joue dans l'indifférence générale aux portes de l'Europe alors que le Méditerranée est devenue un gigantesque cimetière à ciel ouvert.

Le pape François a effectué sa première visite pastorale à Lampedusa. Il a parlé ici de la globalisation de l'indifférence. Ces morts nous interpellent au plus profond des ressorts éthiques, économiques, géopolitiques et culturels de nos sociétés. Il y a une sorte de gigantesque refoulement. On ferme les yeux sur ce drame car les ouvrir signifierait qu'il faut s'interroger sur nos responsabilités par rapport au modèle économique, aux échanges inégaux entre nos sociétés et ces pays, à une globalisation de l'injustice qui n'a pas suivi la globalisation des flux financiers et des marchés.
Les drames se succèdent mais le flot de réfugiés ne tarit pas. Pourquoi ?
Les destins personnels de ces jeunes, car ce sont souvent de très jeunes personnes, notamment des femmes et des enfants, tracent la géographie des instabilités autours de la Méditerranée. Ils tracent la géographie des conflits dans la Corne de l'Afrique comme en Somalie ou en Erythrée, des guerres identitaires qui se jouent au Mali, au Niger ou au Nigeria. Plus récemment, les flux qui nous arrivent par la Turquie nous parlent du drame syrien. Le flux ne tarit pas parce que les facteurs d'expulsion que sont les instabilités politiques, les conflits et la grande guerre de la pauvreté se sont aggravés.
Quelles sont les routes employées par ces migrants pour arriver jusqu'aux rives méditerranéennes ?
La route la plus classique vers l'Europe était celle du Maroc mais ce flux s'est tari à cause des politiques restrictives menées par le Maroc et l'Espagne. Il y a également des flux depuis la Tunisie et la Libye. Ce dernier pays est un cas d'école. L'instabilité de la Libye et l'incapacité des autorités de Tripoli à contrôler l'ensemble de leur territoire a provoqué une immense porosité des frontières libyennes soit sur le flanc du désert du Sahara, soit sur le flanc égyptien avec tous les migrants qui arrivent du Sinaï. Il y a encore une autre source avec la Turquie qui concernent surtout les Syriens. Aujourd'hui, il n'y a pas que Lampedusa qui est proche des côtes libyennes mais tout le sud de l'Italie qui est concerné. La Sicile, la Calabre sont désormais également touchées.
Comment jugez-vous l'action européenne sur ces questions migratoires ?
La prise de conscience européenne est tout à fait insuffisante. L'Italie n'est plus seulement une frontière nationale, elle est désormais une frontière européenne. Il y a une certaine solitude des autorités et de l'opinion publique italienne alors que ces dernières années l'Europe s'est faite sentir du point de vue de la rigueur financière, des paramètres économiques. Seulement quand il s'agit d'être solidaire de l'Italie s'agissant de la gestion flux migratoires, de l'accueil des migrants alors que les populations siciliennes et calabraises ont fait preuve d'une grande générosité , l'Europe n'a pas pris conscience du problème.
Il n'y a pas de coordination suffisante. Comme il n'y a pas de politique étrangère européenne, les accords bilatéraux entre les états riverains de la Méditerranée ne sont pas conduits au niveau de l'Union européenne et surtout la coopération avec les pays du sud qui a pour objectif d'aider à une certaine intégration économique et donc une gestion des flux migratoires, tout cela reste au stade déclamatoire, dans les textes mais jusque-là hélas nous attendons encore une réalisation concrète.
Les migrants l'ont d'ailleurs compris. Quand ils arrivent en Italie, ils savent qu'ils mettent pied en Europe. Ils refusent de se faire identifier avec leurs empreintes digitales par les autorités italiennes car cela les empêcherait d'atteindre leur objectif final et de rejoindre des parents installés en France, en Allemagne ou en Angleterre. Les migrants l'ont compris mais l'Europe pas encore.



dimanche 24 mars 2013

Comment la France a oublié le monde


Avec cet hiver et cette crise qui ne veulent pas finir, ce printemps et cette croissance qui ne peuvent pas revenir, le moral, forcément, n'est pas au beau fixe. Encore moins chez tous les "proeuropéens", "europhiles","eurolâtres", on les appellera - on nous appellera - comme on veut.
De toutes les régions du monde la zone euro sera la seule à connaître en 2013 la récession (- 0,2 %), pour la deuxième année consécutive. La seule aussi où le chômage atteigne de tels niveaux (11,9 % en janvier). De toute évidence, contrairement aux espoirs, contrairement aux promesses, l'Union monétaire n'a pas rendu l'Europe économiquement plus forte.
De toute évidence aussi, la création de l'euro a - indirectement - sa part de responsabilité dans le fait que la France et les pays d'Europe du Sud aient loupé le train de la mondialisation, aient raté ce rendez-vous avec l'Histoire : la part de la France dans le commerce mondial est passée, en volume, de 7,8 % en 1995 à 6,3 % en 2012. Celle de l' Italie s'est repliée dans le même temps de 6,3 % à 4 %.
Qu'on s'entende bien pour éviter tout malentendu : l'euro lui-même n'est pas à l'origine de ce décrochage. La preuve, c'est que durant la même période la part de l'Allemagne dans le commerce mondial a grimpé de 13 % à 16,5 %. Les seuls fautifs, les vrais coupables, ce sont les gouvernements français, italien, espagnol qui, pendant dix ans, ont fait un mauvais usage de la monnaie unique quand les Allemands en tiraient au contraire le meilleur.
Dans son livre Ces Français, fossoyeurs de l'euro, notre confrère du Monde Arnaud Leparmentier avance une piste pour ce ratage historique : "De Maastricht à Lisbonne, les Européens se sont épuisés pendant plus de quinze ans dans les querelles institutionnelles. Sans voir que la maison euro brûlait." Sans voir surtout que le monde autour d'eux était en train de changer à toute vitesse et que les rapports de forces géopolitiques internationaux étaient en train de basculer.
Pendant que la Chine s'envolait, que l'Inde et le Brésil décollaient, que l'Afrique s'éveillait enfin, les dirigeants européens - allemands exceptés - consacraient leur temps et leur énergie à des débats byzantins sur les problèmes d'élargissement, de droit de vote, de majorité qualifiée et de minorité de blocage, de rapports de forces entre la Commission et le Conseil.
Au lieu de regarder ce qui se passait à Pékin et à Bombay, les Français, les Espagnols, les Italiens avaient leurs regards fixés vers Bruxelles, pour y régler leurs comptes. Au lieu de faire de l'économie, ils se sont gavés de politique. Au lieu de réformer leurs économies pour faire face à la mondialisation, ils se sont entre-déchirés pour tenter en vain de réformer leurs institutions. Avec pour seul résultat final, presque comique, de désigner le charismatique Herman Van Rompuy comme président.
Plus grave encore, les Français et tous les Européens du Sud ont considéré que l'euro était un aboutissement, pas un point de départ. Que les efforts qu'ils avaient fournis pour respecter les critères de Maastricht et obtenir la monnaie unique les dispensaient d'en faire ultérieurement, une fois qu'elle avait été lancée. A l'abri de cet euro bénéficiant de la garantie allemande, toutes les bêtises économiques étaient désormais permises. L'Histoire retiendra qu'au moment même, en 2001, où la mondialisation était officialisée avec l'entrée de la Chine dans l'OMC, la France de Lionel Jospin lui tournait le dos en mettant en place les 35 heures. Dans une sorte de repli identitaire et d'"universalisme hexagonal", pour reprendre la formule assassine de Jean-Louis Bourlanges, cité par Arnaud Leparmentier, à propos de l'ex-Premier ministre.
La grande erreur des gouvernements français successifs a été de croire, pendant plus de dix ans, que l'arrivée de la monnaie unique signifiait, d'une certaine façon, la fin de l'histoire économique. Ils ont considéré que l'Allemagne n'était plus une rivale économique puisqu'elle avait perdu son deutsche mark. Et qu'avec une Europe monétairement unifiée, dotée d'un grand marché intérieur de plus de 300 millions d'habitants, il était désormais possible de vivre en quasi-autarcie, "pépère", protégé des turbulences du reste du monde par d'illusoires barrières. Et qu'il importait peu, dans ce nouvel environnement, d'être compétitif au moment même où il était essentiel de l'être.
Au lieu d'ouvrir les Français et les Européens du Sud à la mondialisation, l'euro - ou plutôt la conception qu'ils en avaient - les en a au contraire éloignés, en les refermant sur eux-mêmes. Pendant que l'Allemagne de M. Schröder se réformait dans la douleur pour y faire face, l'euro était même vu à Paris comme un moyen d'échapper à la mondialisation. Cette mondialisation "portée par un courant ultralibéral au profit des plus forts", pour reprendre l'expression symbolique de M. Chirac. De façon tout aussi symbolique, pendant que l'Allemagne tout entière se mobilisait pour partir à l'assaut des marchés émergents, le futur président François Hollande préférait sillonner inlassablement les routes - certes magnifiques - de la Corrèze plutôt que de se rendre une seule fois à Pékin.
De façon beaucoup moins symbolique : entre 2000 et 2012, les exportations de la France vers la Chine sont passées de 2,5 à 15 milliards d'euros, tandis que celles de l'Allemagne ont bondi de 7 à 67 milliards d'euros. L'euro a réveillé et fortifié l'Allemagne, il a endormi et rabougri la France. Alors qu'il a incité l'Allemagne à changer pour sauter dans le grand bain de la mondialisation, il a figé la France sur elle-même, dans ses faiblesses et ses erreurs.

Le Point  du 21 mars 2013  par   Pierre-Antoine Delhommais  


mercredi 30 janvier 2013

Quarante ans de scepticisme britannique à l'égard de l'Europe



En promettant, mercredi 23 janvier, un référendum sur le maintien ou non du Royaume-Uni dans l'Union européenne (d'ici à 2017, s'il est réélu pour un second mandat), le premier ministre britannique, David Cameron, a fait un nouveau pas en direction des eurosceptiques, nombreux dans le camp conservateur. En novembre, un sondage révélait que 56 % des Britanniques souhaitait une sortie de leur pays de l'UE. Parmi eux, 68 % des sympathisants conservateurs approuvaient cette option, contre 44 % des travaillistes (39 % pour le maintien) et 39 % des libéraux (47 % pour).


Cette annonce s'inscrit dans une tradition d'euroscepticisme britannique à l'égard de l'UE qui s'est développée peu après l'adhésion du pays en 1973, lorsque Londres a constaté la volonté de ses partenaires européens d'aller au-delà d'une simple coopération économique. Passage en revue des principales frictions entre Londres et Bruxelles.

  • 1973 : adhésion après deux refus de la France

Enthousiastes à l'idée de rejoindre le marché commun européen, aux perspectives commerciales prometteuses, les Britanniques engagent leur processus d'adhésion à la Communauté économique européenne (CEE) dès le début des années 1960. Mais Charles de Gaulle y oppose deux veto, en 1963 et 1967, dénonçant un "cheval de Troie des Etats-Unis". Le président français argue que l'économie britannique est incompatible avec les règles communautaires.

Mais deux ans après le départ du pouvoir de De Gaulle, son successeur, Georges Pompidou, rouvre la porte au processus d'adhésion, finalisé le 23 juin 1971 au Luxembourg. Le Royaume-Uni entre officiellement dans la CEE en 1973.

  • Dès 1979, le refus du SME

Frappés par la crise économique des années 1970, les Européens décident de mettre en place en 1979 le Système monétaire européen (SME), au sein duquel les taux de change des monnaies ne doivent pas fluctuer au-delà de 2,25 %, à la hausse comme à la baisse.

Sur les neuf membres que compte la CEE, seul le Royaume-Uni refuse d'y participer. Les Britanniques, qui réalisent une part très importante de leurs échanges en dollars du fait de leur proximité avec les Etats-Unis, sont par conséquent moins enclins à faire converger la livre sterling avec leurs partenaires européens.

Le Royaume-Uni adhérera finalement au SME en 1990, avec 6 % de marge de fluctuation, et un objectif politique : affaiblir la domination franco-germanique sur la CEE. Mal préparée, cette entrée a été un véritable échec et les Britanniques quittent le SME dès 1992 avec une forte dévaluation.

  • Thatcher sur la PAC : "I want my money back"

"Ce que je veux, (...) c'est tout simple : je veux qu'on me rende mon argent" ("I want my money back"). Le 30 novembre 1979 à Dublin, quelques mois après son arrivée au pouvoir, la première ministre britannique, Margaret Thatcher, prononce cette phrase, entrée dans la postérité, en répondant à un journaliste du Guardian. Le Royaume-Uni donnant alors plus d'argent à la CEE qu'il n'en reçoit, Mme Thatcher réclame le remboursement des deux tiers de la contribution britannique au budget européen. Principale visée : la politique agricole commune (PAC), qui représentait deux tiers des dépenses de la CEE (environ 40 % aujourd'hui), et dont le Royaume-Uni ne bénéficiait que peu.

La crise interne durera cinq ans, jusqu'en 1984, quand les autres Etats européens céderont en accordant un rabais (le "chèque britannique") sur la contribution du Royaume-Uni à la PAC. Toujours en vigueur, le "chèque britannique" représente environ 26 milliards de livres sterling (plus de 31 milliards d'euros) sur la période 2007-2013. Régulièrement critiqué par les autres Etats membres, il est l'un des points sensibles des discussions sur le prochain budget de l'UE. Mais le gouvernement britannique a déjà annoncé qu'il ne céderait pas sur ce point.

  • En 1992, le refus de l'euro

Le traité sur l'Union européenne est signé à Maastricht, aux Pays-Bas, le 7 février 1992. Il est divisé en plusieurs protocoles (politique, économique, social, citoyenneté européenne). Le Royaume-Uni du conservateur John Major refuse de participer au protocole social, qui prévoit notamment l'élargissement des compétences communautaires à la promotion de l'emploi, l'amélioration des conditions de vie et de travail ou encore la protection sociale.

Accompagnés de la Suède et du Danemark, les Britanniques refusent également de s'engager dans la future monnaie unique. "Je pense que cela causerait un dommage économique immense en Europe, déclarait John Major en 1991. Tant qu'il n'y a pas de convergence véritable des économies, vous courez au désastre si vous allez à la monnaie unique."

  • En 2011, Cameron refuse le nouveau traité européen

En pleine crise de l'euro, plombé par la dette grecque, les chefs d'Etat et de gouvernement européens trouvent un accord pour renforcer la discipline budgétaire. Le traité européen de stabilité, de coordination et de gouvernance (TSCG) instaure notamment une "règle d'or" qui fixe le plafond de la dette publique des Etats – sous peine de sanctions – à 60 % du produit intérieur brut (PIB).

Accompagné de la République tchèque, le Royaume-Uni pose son veto, mais les autres Etats membres passent outre en signant leur propre accord, que Londres ne signe donc pas. "Pour accepter une réforme des traités à vingt-sept, David Cameron a demandé, ce que nous avons considéré tous comme inacceptable, un protocole dans le traité permettant d'exonérer le Royaume-Uni d'un certain nombre de réglementations sur les services financiers", explique alors le président français, Nicolas Sarkozy.

De son côté, David Cameron assure quelques jours plus tard, devant le Parlement britannique, qu'il s'était rendu à Bruxelles avec l'espoir qu'un accord à vingt-sept y serait trouvé mais qu'il était de son devoir de demander des garanties pour son pays. "Nous sommes dans l'Union européenne et nous voulons y rester", assure-t-il alors, notamment pour rassurer son vice-premier ministre, le libéral Nick Clegg, qui a pris ses distances avec cette décision britannique. L'opinion publique, elle, soutient à 57 % le veto de David Cameron, d'après un sondage publié le 12 décembre 2011 par le quotidien The Times.

  • 2013, un veto sur le budget de l'UE ?

Le prochain accroc entre Londres et ses partenaires européens pourrait bien se dérouler sur le front du budget de l'UE pour la période 2014-2020. En cette période de marasme économique, le Royaume-Uni exige une réduction drastique du budget européen (142,4 milliards d'euros en 2011). En octobre, David Cameron a même menacé de mettre un nouveau veto si l'accord n'était pas conforme à l'intérêt des Britanniques. Mais le Parlement lui a infligé un camouflet le 31 octobre en rejetant sa proposition de gel du budget européen pour l'inciter à obtenir une réduction.

L'annonce d'un référendum sur le maintien ou non du Royaume-Uni dans l'UE est également un moyen supplémentaire de mettre la pression sur ses partenaires européens avant le sommet des 7 et 8 février, où le budget sera au cœur des discussions.


Le Monde.fr  du  23.01.2013 par Alexandre Pouchard

 
 
 
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mardi 30 octobre 2012

Lycéens sans frontières



Eléa part au lycée comme d’habitude, ou presque…
Différence de taille pour la jeune Française de 16 ans : elle a quitté son pays d’origine pour la Finlande où elle entame un cursus de plusieurs mois. A ses côtés, Ana, une camarade issue du même établissement à Vannes en Bretagne.
Leur école a conclu un partenariat avec le lycée de la ville de Jyvaskyla. Ici, on peut passer un baccalauréat international en anglais. “Je voulais parler parfaitement anglais et je pense qu’en neuf mois, je vais réussir,” explique Eléa, “ et puis je voulais un peu partir : je pense,” confie-t-elle, “que ça m’aura fait grandir et je vais revenir avec tout cette expérience.”
Apprendre l’anglais en Finlande ? Pourquoi pas ! Faire des études au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis peut coûter cher et les Scandinaves sont connus pour leur excellent niveau d’anglais, la qualité de leur système éducatif et leur hareng mariné ! Bien que ce ne soit pas essentiel pour améliorer son anglais !
“L‘école est vraiment différente en Finlande,” raconte la jeune lycéenne française, “ils aident les élèves, ils les poussent à aller vers le haut tandis que nous, on pousse seulement les élèves qui sont déjà presque au top à aller vers le haut, mais pas les autres.” D’après elle, “ils poussent tout le monde et il semble que tout le monde travaille mieux.”
Eléa a bénéficié du Programme européen Comenius qui permet notamment, à des lycéens de passer de trois à dix mois dans un établissement partenaire à l‘étranger.
Enseignante référente des deux lycéennes pendant leur séjour : la professeur de français Ulla Aarnio. “Au début,” explique l’enseignante, “très souvent, les élèves d‘échanges sont très fatigués parce que vraiment tout est neuf : la langue, les habitudes, les gens… mais ensuite, ils s’habituent.”
La professeure de français propose son aide, mais il y a certaines choses pour lesquelles les lycéennes doivent se débrouiller : la vie dans le lycée. Et parfois il y a des surprises ! “Les différences que j’ai observées : par exemple le look,” confie-t-elle, “j’ai vu des gens vraiment étranges avec les sourcils verts : en France, ça m’aurait fait rire mais ici, cela me stresse un petit peu.”
Trouver sa place dans sa famille d’accueil n’est pas toujours facile. 
Mais heureusement, Eléa a rapidement trouvé ses marques. C’est le cas en cuisine. “Comme une famille normale,” raconte-t-elle, “on prend le petit déjeuner ensemble, ensuite on va à l‘école ; le soir, on fait à manger un peu comme en France. Tout le monde mange un peu ce qu’il veut,” ajoute-t-elle. “C’est génial, c’est assez décontracté, c’est comme chez moi, j’adore !”
Autre occasion pour nos lycéennes françaises, de s’aventurer sur des terrains inconnus : un match de hockey en salle, un sport très pratiqué ici.
Roosa, la Finnoise, fait équipe avec Eléa. Elle aussi s’apprête à participer à un échange : direction la France. “Quand je reviendrai en Finlande, je serai une nouvelle personne, beaucoup plus adulte,” souligne Roosa, “je vais grandir en partant là-bas ; après, je pense que j’aurai plus confiance en moi.”
Le Programme Comenius a été lancé il y a deux ans et gagne peu à peu, en notoriété.
Au cours de l’année 2012-2013, plus de 1300 élèves de près de trente pays vivront une expérience unique dans un lycée étranger.
(d'après euronews)

mercredi 24 octobre 2012

La carte d’identité européenne




Une carte d’identité est un document officiel délivré par les autorités d’un pays permettant de prouver son identité et sa nationalité. Elle est parfois nécessaire dans les relations avec les administrations ou même entre particuliers pour certifier une transaction, un chèque par exemple.
Dans l’Union européenne, la libre circulation des personnes et la multiplication des relations commerciales à travers les Etats incitent à doter les ressortissants européens d’un document permettant de garantir de manière fiable, simple et envers tous, son identité physique, mais aussi virtuelle sur internet.
Le projet de créer une carte européenne d’identité a été abandonné au début des années 2000, se heurtant à quelques difficultés techniques, administratives et politiques.
A la place a été élaboré en mai 2008, le projet expérimental STORK (https://www.eid-stork.eu/).
Fondé sur le volontariat des Etats, ce projet ne vise pas à créer un document unique d’identité, mais à intégrer dans les cartes nationales d’identité, des éléments électroniques communs permettant d’utiliser ses identifiants dans tous les Etats membres partenaires – à savoir 18 aujourd’hui -. C’est ce que l’on appelle l’interopérabilité.
Ce projet a été relancé en juin 2012 et étendu aux entreprises dans leurs relations avec les administrations. Il intègre désormais, une signature électronique sécurisée permettant d’authentifier une transaction en ligne.
Cette expérimentation pourrait déboucher à terme, sur une carte d’identité européenne commune à tous les Européens et s’ajoutant ou remplaçant les documents nationaux d’identification.
En attendant, la politique est plutôt d’harmoniser les cartes nationales d’identité pour permettre leur utilisation physique ou virtuelle dans tous les Etats membres.
Plus facile à mettre en oeuvre, cette procédure laisse peut-être échapper une occasion de développer concrètement un sentiment d’identité européenne.
(euronews)