lundi 30 janvier 2012

Jour de cafard


D'abord on n'a pas entendu le réveil et se levant en toute hâte
on se meurtrit le gros orteil contre un outil oublié

En se rattrapant au mur on fait tomber une gravure précieuse
dont la vitre vole en éclats les plombs sautent

Dès qu'ils sont enfin réparés le facteur sonne
apportant un avis recommandé du contrôleur des contributions

Alors on voit qu'un bouton manque au col de la chemise qu'on vient d'enfiler
c'est le moment que choisit la dent creuse pour vous rappeler
qu'il est urgent de la faire soigner

(Michel Butor)

vendredi 27 janvier 2012

J'accuse...


Les Rougon-Macquart


Le cycle des Rougon Macquart


Dès 1868, le plan d’ensemble du cycle des Rougon est prêt. Le cycle débute donc vraiment avec la Fortune des Rougon, publié en 1870, il se poursuit au rythme d’un roman par an sur une vingtaine d’années pour se clore sur le Docteur Pascal 1893. Avec la Fortune des Rougon Zola se donne pour projet de montrer les ravages causés dans la descendance par la névrose d’Adélaïde, mariée d’abord à Rougon, puis amante de Macquart, ivrogne. Il entend par suite, à travers cinq générations, suivre « le secret travail qui donne aux enfants d’un même père des passions et des caractères différents à la suite des croisements et des façons particulières de vivre ». En 1878, Zola livre à ses lecteurs l’arbre généalogique des Rougon et des Macquart dans Une Page d’amour.

Quelques romans clefs

Certains romans du cycle, tout particulièrement, ont fait date.
L’Assommoir, en 1877 Zola y peint « la déchéance fatale d’une famille ouvrière, dans le milieu empesté de nos faubourgs ». Zola veut y voir « le premier roman sur le peuple, qui ne mente pas et qui ait l’odeur du peuple ».  C’est à la fois la tragédie de Gervaise et de Coupeau, rattrapés l’un et l’autre par l’alcoolisme, que retrace Zola ; il y condamne ainsi du même coup la société qui sécrète l’alcoolisme. C’est aussi une œuvre novatrice où l’auteur se prévaut d’avoir eu « la curiosité littéraire de ramasser et de couler dans un moule très travaillé la langue du peuple ». Derrière Zola s’engageront sur la même voie Céline, Queneau.
Nana 1880
Germinal 1885 Avec Germinal, épopée de la mine, Zola s’impose comme le peintre des foules en mouvement. Il y fait le portrait de l’âme collective

Les prétentions scientifiques

Le parrainage intellectuel scientifique, de Zola est triple :
 les théories déterministes de Darwin, que Zola découvre essentiellement à la lumière des théories de Taine. Il croit à l’existence de lois en psychologie comme en physique. Il crée donc des personnages qui sont des bonshommes physiologiques évoluant sous l’influence des milieux.
 Les travaux de Claude Bernard : Introduction à la médecine expérimentale 1865. C’est pour Zola un ouvrage de référence et il fait appel constamment à ses idées. Claude Bernard affirmait que la méthode scientifique rigoureuse appliquée aux corps bruts devait l’être au corps vivant ; par analogie, Zola affirme que cette méthode doit être appliquée « à la vie passionnelle et intellectuelle ». Zola se démarque ainsi de ses prédécesseurs qui ont insisté sur l’importance de l’observation. A l’observation, il ajoute la nécessité de l’expérimentation. Il lui faut donc créer des situations qui permettent de mesurer la modification des rapports de cause à effet en fonction de la variation des données. Zola dit ainsi qu’il lui faut « faire mouvoir les personnages dans une histoire particulière pour y montrer que la succession des faits y sera telle que l’exige le déterminisme des phénomènes mis à l’étude ». Pour ce faire il faut « prendre les faits dans la nature, puis étudier le mécanisme des faits en agissant sur eux par les modifications des circonstances et des milieux, sans jamais s’écarter des lois de la nature ». Une telle théorie suppose une conception matérialiste et mécanistique du monde moral, qui dépasse ce que les scientifiques ont jamais affirmé.
 L’ouvrage du Dr Lucas Traité de l’hérédité naturelle 1850, très controversé. Zola veut montrer dans les Rougon la cascade de conséquences de l’aliénation mentale d’une certaine Tante Dide.


mardi 24 janvier 2012

Le commerce équitable



Le commerce équitable a pour principe une collaboration directe avec des petits producteurs, souvent pauvres, afin de leur permettre de vivre dignement de leur labeur et de travailler dans des conditions acceptables. On parle aussi parfois de commerce «éthicable». 
Cette économie s'inscrit aussi dans le respect des droits de l'homme, en interdisant par exemple le travail des enfants, en assurant la santé et la sécurité des travailleurs ou encore en veillant à la non-discrimination entre hommes et femmes, entre personnes de nationalités et de religions différentes.
 
Ce mouvement existe depuis les années 50 en Europe, mais c'est seulement depuis quelques années qu'il se développe sur notre continent et qu'il commence à s'instaurer, lentement, dans les esprits. Et ce, notamment grâce à des opérations telles que «la semaine» ou «la quinzaine» du commerce équitable. A Strasbourg a même été mis en place un «marché européen du commerce équitable et de la finance solidaire».
 
De nombreux produits (thé, café, chocolat, riz, jus d'orange, cosmétiques...), étiquetés «commerce équitable», sont aujourd'hui disponibles dans des magasins spécialisés et de plus en plus en grandes surfaces. Ils sont parfois un peu plus chers que les autres, mais ils sont le plus souvent «biologiques», donc bon pour la santé. Et les acheter, c'est permettre à ceux qui les ont fabriqués d'en récolter les bénéfices.
(DNA-Au fond du cartable)

Répondez 

  1. Quel est le but principal du commerce équitable ?
  2. Quelles sont ses conséquences sur le plan des droits de l’homme ?
  3. Quelle est sa situation actuelle en Europe ?
  4. Relevez un point positif et un autre plutôt négatif de produits du commerce équitable.
Pour ou contre le commerce équitable ?
Que pensez-vous du commerce équitable ? Justifiez votre réponse.


samedi 21 janvier 2012

La diversité culturelle


« Les droits culturels sont partie intégrante des droits de l'homme, qui sont universels, indissociables et interdépendants. L'épanouissement d'une diversité créatrice exige la pleine réalisation des droits culturels, tels qu'ils sont définis à l'article 27 de la Déclaration universelle des droits de l'homme et aux articles 13 et 15 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels. Toute personne doit ainsi pouvoir s'exprimer, créer et diffuser ses œuvres dans la langue de son choix et en particulier dans sa langue maternelle; toute personne a le droit à une éducation et une formation de qualité qui respectent pleinement son identité culturelle; toute personne doit pouvoir participer à la vie culturelle de son choix et exercer ses propres pratiques culturelles, dans les limites quimpose le respect des droits de lhomme et des libertés fondamentales. »

Article 5 de la Déclaration universelle de l'UNESCO sur la diversité culturelle


La diversité culturelle est une force motrice du développement. Elle favorise le dialogue entre les civilisations et les cultures, le respect et la compréhension mutuelle. Elle représente un atout indispensable pour atténuer la pauvreté et parvenir au développement durable. Promouvoir la diversité culturelle - « patrimoine commun de l’humanité » et le dialogue, constitue donc un véritable enjeu dans le monde d’aujourd’hui.


La diversité crée un monde multicolore

Dans sa riche diversité, la culture a une valeur intrinsèque aussi bien pour le développement que pour la cohésion sociale et la paix. La diversité culturelle est une force motrice du développement, pour ce qui est de la croissance économique et comme moyen de mener une vie intellectuelle, affective, morale et spirituelle plus satisfaisante. Elle représente un atout indispensable pour atténuer la pauvreté et parvenir au développement durable, grâce notamment au dispositif normatif, aujourd’hui complet, élaboré dans le domaine culturel. Parallèlement, la reconnaissance de la diversité culturelle - par une utilisation novatrice des médias et des TIC en particulier - est propice au dialogue entre les civilisations et les cultures, au respect et à la compréhension mutuelle. Promouvoir la diversité culturelle - « patrimoine commun de l’humanité » (Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle, 2001) - et son corollaire, le dialogue, constitue un véritable enjeu dans le monde d’aujourd’hui, et se trouve au cœur du mandat de l’UNESCO.

Dialogue interculturel

L’échange équitable ainsi que le dialogue entre les civilisations, les cultures et les peuples, basés sur la compréhension et le respect mutuels et l’égale dignité des cultures, sont la condition sine qua non de la construction de la cohésion sociale, de la réconciliation entre les peuples et de la paix ente les nations.
Cette action s’inscrit dans le cadre global initié par l’ONU d’une Alliance des civilisations. Il s’agit, de manière concrète, de privilégier, dans le cadre de ce dialogue interculturel, dialogue interreligieux inclus, tout un ensemble de bonnes pratiques favorisant le pluralisme culturel aux niveaux local, national et régional et d’initiatives régionales ou sous-régionales visant à décourager toutes les manifestations d’extrémisme et de fanatisme et mettant en évidence les valeurs et les principes qui rapprochent.
L’UNESCO assure une fonction de veille qui met en évidence le rôle joué par la culture dans des situations d’urgence, de conflit ou de post-conflit, comme instance de réconciliation par le biais notamment du patrimoine culturel, et comme espaces de rencontres via son programme des Routes de dialogue.

Dialogue interreligieux

Le Programme du dialogue interreligieux de l’UNESCO, composante essentielle du dialogue interculturel, a pour objectif majeur de promouvoir le dialogue entre les différentes religions, traditions spirituelles et humanistes dans un monde où les conflits associés aux appartenances religieuses prennent une place de plus en plus importante.
Il met l’accent sur les interactions et les influences réciproques entre les religions, les traditions spirituelles et humanistes d’une part et sur la nécessité de promouvoir la connaissance réciproque entre celles-ci pour lutter contre les ignorances ou les préjugés et parvenir ainsi à un respect mutuel d’autre part. L’apprentissage du dialogue est un processus autant personnel que sociétal. Accroître les aptitudes et les capacités au dialogue implique une volonté d’ouverture non dénuée d’esprit critique. Le dialogue nous concerne tous : des décideurs et responsables aux membres individuels de chaque communauté. A côté des grandes conférences internationales de sensibilisation, l’UNESCO cherche à promouvoir des activités de terrain, surtout dans des aires géostratégiques sensibles afin de toucher des populations cibles, telles que les femmes, les jeunes et les marginalisés.
Dans ce cadre, il est à signaler la signature (31 mars 2006) d’un accord permettant le lancement du réseau des « Chaires UNESCO de dialogue interreligieux pour la compréhension interculturelle ». Il s’agit d’un partenariat entre des centres universitaires internationaux ayant une expérience reconnue dans ce domaine et regroupant des professeurs et des chercheurs, spécialistes d’histoire des religions, personnellement engagés dans l’exercice du dialogue interreligieux. Ce réseau permet aux étudiants, aux chercheurs et aux professeurs de bénéficier d’un enseignement diversifié, à la fois laïc, multireligieux et interculturel.

Culture et développement

Placer la culture au cœur du développement est un investissement capital dans l’avenir du monde, la condition du succès d’une mondialisation bien comprise qui prenne en compte les principes de la diversité culturelle : l’UNESCO a la mission de rappeler cet enjeu capital aux nations.
Comme l’a montré l’échec des projets menés depuis les années 1970, le développement n’est pas synonyme de la seule croissance économique. Il est un moyen d’accéder à une existence intellectuelle, affective, morale et spirituelle satisfaisante : comme tel le développement est indivisible de la culture. Le renforcement de la prise en compte de la culture dans les projets de développement durable est un objectif qui a débuté dans le cadre de la Décennie mondiale pour le développement culturel (1988-1998). Depuis, des progrès ont été accomplis grâce à un cadre normatif d’ensemble et des outils de démonstration : statistiques culturelles, inventaires, cartographie nationale et régionale des ressources culturelles.
Le défi à relever est de convaincre décideurs politiques et acteurs sociaux locaux, nationaux et internationaux, d’intégrer les principes de la diversité culturelle et les valeurs du pluralisme culturel dans l’ensemble des politiques , mécanismes et pratiques publiques, via notamment des partenariats public/privé.
Il s’agit d’ancrer la culture dans toutes les politiques de développement, qu’elles concernent l’éducation, les sciences, la communication, la santé, l’environnement, le tourisme et de soutenir le développement du secteur culturel par le biais des industries créatives : ainsi, en contribuant à l’atténuation de la pauvreté, la culture est-elle un atout pour la cohésion sociale.
(d’après le site de l’ Organisation des  Nations Unies )



vendredi 20 janvier 2012

Federico Fellini aurait fêté ses 92 ans

Ma langue



Si j’oublie ma langue natale
Et les chansons que mon peuple chante
À quoi me servent mes yeux et mes oreilles ?
À quoi me sert ma bouche ?

Si j’oublie l’odeur de la terre
Et ne lui suis pas utile
À quoi me servent mes mains ?
Pourquoi vis-je dans le monde ?

Comment puis-je croire à l’idée insensée
Que ma langue est faible et pauvre
Si les derniers mots de ma mère
Ont été en evenki ?

( Alitet Nemtushkin)




 L'evenki  est une langue toungouse parlée à Hulunbuir, Moriadawa, Oronchon, Chen Bargu, Arong, Ergune et Huisuomu en Mongolie intérieure, dans la préfecture de Nale dans la province du Heilongjiang, et au Xinjiang, pour un total de 19 000 locuteurs en Chine. Elle est également parlée en Mongolie et en Russie asiatique. Ses locuteurs font partie de la nationalité  Evenks  .

lundi 16 janvier 2012

Un fait divers...


Regardez ce qui s'est passé sur une des croisières les plus belles de Costa Crociere, en Italie.
Le Costa Concordia échoué près de l'île de Giglio. Deux jours après son naufrage, le navire de croisière Costa Concordia est toujours échoué sur un banc de sable près de l'île du Giglio dans le sud de la Toscane.
Le Costa Concordia, ou "la croisière de la mort". Une jolie île touristique de l'archipel toscan s'est transformée malgré elle vendredi soir en site d'un film catastrophe avec le naufrage du Costa Concordia, un gigantesque paquebot de croisière.






C’est quoi, un paquebot ?
Un paquebot, c’est un grand navire qui transporte des passagers. Ces géants des mers mesurent en moyenne plusieurs centaines de mètres de long. Imagine : cela fait la longueur d’un terrain de football, et la hauteur d’un immeuble de 10 étages !  Ils peuvent transporter sur les mers et les océans des milliers de passagers pendant plusieurs semaines. Ce sont de véritables petites villes sur l’eau. C’est pour cette raison que l’on parle de croisière. Unecroisière, c’est un voyage touristique sur un paquebot.
Sur le Costa Concordia, il y avait 5 restaurants, 13 bars, 4 piscines, 1 théâtre. Sans parler des magasins, des coiffeurs et des salles de gym ! Lors d’une croisière, tout est organisé pour que les passagers ne manquent de rien, pour qu’ils puissent s’amuser et se reposer.
Les naufrages de paquebots de croisière sont très rares. Le plus célèbre   c’est celui duTitanic en 1912. Il a causé la mort de 1 513 personnes.
Le naufrage le plus récent, c’est celui du Sea Diamond, ce navire de croisière s’est échoué, en 2007, près des côtes de l’île de Santorin, dans les Cyclades, en Grèce.

Le Petit Poucet



Il était une fois un bûcheron et une bûcheronne qui avaient sept enfants, tous des garçons. L'aîné n'avait que dix ans et le plus jeune n'en avait que sept. On s'étonnera que le bûcheron ait eu tant d'enfants en si peu de temps; mais c'est que sa femme allait vite en besogne, et n'en faisait pas moins de deux à la fois. Ils étaient très pauvres, et leurs sept enfants les incommodaient beaucoup, parce qu'aucun d'eux ne pouvait encore gagner sa vie. 
Ce qui les chagrinait encore, c'est que le plus jeune était fort délicat et ne disait mot: prenant pour bêtise ce qui était une marque de la bonté de son esprit. Il était tout petit, et quand il vint au monde, il n'était guère plus gros que le pouce, ce qui fit que l'on l'appela le petit Poucet. Ce pauvre enfant était le souffre-douleurs de la maison, et on lui donnait toujours tort. Cependant il était le plus fin, et le plus avisé de tous ses frères, et s'il parlait peu, il écoutait beaucoup. 
Il vint une année très fâcheuse, et la famine fut si grande, que ces pauvres gens résolurent de se défaire de leurs enfants. Un soir que les enfants étaient couchés, et que le bûcheron était auprès du feu avec sa femme, il lui dit, le cœur serré de douleur: ''Tu vois bien que nous ne pouvons plus nourrir nos enfants; je ne saurais les voir mourir de faim devant mes yeux, et je suis résolu d'aller les perdre demain au bois, ce qui sera bien aisé, car tandis qu'ils s'amuseront à fagoter, nous n'avons qu'à nous enfuir sans qu'ils nous voient. 
Ah! s'écria la bûcheronne, pourrais-tu bien toi-même mener perdre tes enfants?'' Son mari avait beau lui représenter leur grande pauvreté, elle ne pouvait y consentir; elle était pauvre, mais elle était leur mère. Cependant ayant considéré quelle douleur ce lui serait de les voir mourir de faim, elle y consentit, et alla se coucher en pleurant. 
Le petit Poucet entendit tout ce qu'ils dirent, car ayant entendu depuis son lit qu'ils parlaient d'affaires, il s'était levé doucement, et s'était glissé sous l'escabelle de son père pour les écouter sans être vu. Il alla se recoucher et ne dormit point le reste de la nuit, songeant à ce qu'il avait à faire. Il se leva de bon matin, et alla au bord d'un ruisseau où il emplit ses poches de petits cailloux blancs, et ensuite revint à la maison. 
On partit, et le petit Poucet ne dit rien de tout ce qu'il savait à ses frères. Ils allèrent dans une forêt très épaisse, où à dix pas de distance on ne se voyait pas l'un l'autre. Le bûcheron se mit à couper du bois et ses enfants à ramasser les broutilles pour faire des fagots. Le père et la mère, les voyant occupés à travailler, s'éloignèrent d'eux insensiblement, et puis s'enfuirent tout à coup par un petit sentier détourné. Lorsque les enfants se virent seuls, ils se mirent à crier et à pleurer de toute leur force. 
Le petit Poucet les laissait crier, sachant bien par où il reviendrait à la maison; car en marchant il avait laissé tomber le long du chemin les petits cailloux blancs qu'il avait dans ses poches. Il leur dit donc: ''Ne craignez point, mes frères; mon père et ma mère nous ont laissés ici, mais je vous ramènerai bien au logis, suivez-moi seulement.'' Ils le suivirent, et il les mena jusqu'à leur maison par le même chemin qu'ils étaient venus dans la forêt. Ils n'osèrent d'abord entrer, mais ils se mirent tous contre la porte pour écouter ce que disaient leur père et leur mère. 
Au moment où le bûcheron et la bûcheronne arrivèrent chez eux, le seigneur du village leur envoya dix écus qu'il leur devait il y avait longtemps, et dont ils n'espéraient plus rien: cela leur redonna vie, car les pauvres gens mouraient de faim. Le bûcheron envoya immédiatement sa femme à la boucherie. Comme il y avait longtemps qu'elle n'avait mangé, elle acheta trois fois plus de viande qu'il n'en fallait pour le souper de deux. Lorsqu'ils furent rassasiés, la bûcheronne dit: ''Hélas! où sont maintenant nos pauvres enfants? Ils feraient bonne chère de ce qui nous reste là. Mais aussi Guillaume, c'est toi qui les as voulu perdre. J'avais bien dit que nous nous en repentirions. Que font-ils maintenant dans cette forêt? Hélas! mon Dieu, les loups les ont peut-être déjà mangés! Tu es bien inhumain d'avoir perdu ainsi tes enfants.'' Le bûcheron s'impatienta à la fin, car elle redit plus de vingt fois qu'ils s'en repentiraient et qu'elle l'avait bien dit. Il la menaça de la battre si elle ne se taisait pas. Ce n'est pas que le bûcheron ne fût peut-être encore plus fâché que sa femme, mais c'est qu'elle lui cassait la tête, et qu'il était de l'humeur de beaucoup d'autres gens, qui aiment fort les femmes qui disent bien, mais qui trouvent très importunes celles qui ont toujours bien dit. 
La bûcheronne était toute en pleurs: ''Hélas! où sont maintenant mes enfants, mes pauvres enfants?'' Elle le dit une fois si haut que les enfants, qui étaient à la porte, l'ayant entendu, se mirent à crier tous ensemble: ''Nous voilà, nous voilà.'' Elle courut vite leur ouvrir la porte, et leur dit en les embrassant: ''Que je suis contente de vous revoir, mes chers enfants! Vous êtes bien las, et vous avez bien faim; et toi Pierrot, comme te voilà crotté, viens que je te débarbouille.'' Ce Pierrot était son fils aîné qu'elle aimait plus que tous les autres, parce qu'il était un peu rousseau, et qu'elle était un peu rousse. Ils se mirent à table, et mangèrent d'un appétit qui faisait plaisir au père et à la mère, à qui ils racontaient la peur qu'ils avaient eue dans la forêt en parlant presque toujours tous ensemble: ces bonnes gens étaient ravis de revoir leurs enfants avec eux, et cette joie dura tant que les dix écus durèrent. Mais lorsque l'argent fut dépensé, ils retombèrent dans leur premier chagrin, et résolurent de les perdre encore, et pour ne pas manquer leur coup, de les mener bien plus loin que la première fois. 
Ils ne purent parler de cela si secrètement qu'ils ne fussent entendus par le petit Poucet, qui fit son compte de sortir d'affaire comme il avait déjà fait; mais quoiqu'il se fût levé de bon matin pour aller ramasser des petits cailloux, il ne put en venir à bout, car il trouva la porte de la maison fermée à double tour. Il ne savait que faire, lorsque la bûcheronne leur ayant donné à chacun un morceau de pain pour leur déjeuner, il songea qu'il pourrait se servir de son pain au lieu de cailloux en le jetant par miettes le long des chemins où ils passeraient; il le serra donc dans sa poche. Le père et la mère les menèrent dans l'endroit de la forêt le plus épais et le plus obscur, et dès qu'ils y furent, ils gagnèrent un faux-fuyant et les laissèrent là. 
Le petit Poucet ne s'en chagrina pas beaucoup, parce qu'il croyait retrouver aisément son chemin grâce à son pain qu'il avait semé partout où il avait passé; mais il fut bien surpris lorsqu'il ne put en retrouver une seule miette; les oiseaux étaient venus qui avaient tout mangé. Les voilà donc bien affligés, car plus ils marchaient, plus ils s'égaraient et s'enfonçaient dans la forêt. La nuit vint, et il s'éleva un grand vent qui leur faisait épouvantablement peur. Ils croyaient n'entendre de tous côtés que des hurlements de loups qui venaient à eux pour les manger. Ils n'osaient presque se parler ni tourner la tête. Il survint une grosse pluie qui les trempa jusqu'aux os; ils glissaient à chaque pas et tombaient dans la boue, d'où ils se relevaient tout crottés, ne sachant que faire de leurs mains. 
Le petit Poucet grimpa au haut d'un arbre pour voir s'il ne découvrirait rien; ayant tourné la tête de tous côtés, il vit une petite lueur comme d'une chandelle, mais qui était bien loin par-delà la forêt. Il descendit de l'arbre; et lorsqu'il fut à terre, il ne vit plus rien; cela le désola. Cependant, ayant marché quelque temps avec ses frères du côté qu'il avait vu la lumière, il la revit en sortant du bois. Ils arrivèrent enfin à la maison où était cette chandelle, non sans bien des frayeurs, car souvent ils la perdaient de vue, ce qui leur arrivait toutes les fois qu'ils descendaient dans quelques fonds. Ils frappèrent à la porte, et une bonne femme vint leur ouvrir. Elle leur demanda ce qu'ils voulaient; le petit Poucet lui dit qu'ils étaient de pauvres enfants qui s'étaient perdus dans la forêt, et qui demandaient à coucher par charité. 
Cette femme les voyant tous si jolis se mit à pleurer, et leur dit: ''Hélas! mes pauvres enfants, où êtes-vous venus? Savez-vous bien que c'est ici la maison d'un ogre qui mange les petits enfants? -- Hélas! Madame, lui répondit le petit Poucet, qui tremblait de toute sa force aussi bien que ses frères, que ferons-nous? Il est bien sûr que les loups de la forêt ne manqueront pas de nous manger cette nuit, si vous ne voulez pas nous retirer chez vous. Et cela étant, nous aimons mieux que ce soit Monsieur qui nous mange; peut-être qu'il aura pitié de nous, si vous voulez bien l'en prier.'' La femme de l'ogre, qui crut qu'elle pourrait les cacher à son mari jusqu'au lendemain matin, les laissa entrer et les mena se chauffer auprès d'un bon feu, car il y avait un mouton tout entier à la broche pour le souper de l'ogre. 
Comme ils commençaient à se chauffer, ils entendirent frapper trois ou quatre grands coups à la porte: c'était l'ogre qui revenait. Aussitôt sa femme les fit cacher sous le lit, et alla ouvrir la porte. L'ogre demanda d'abord si le souper était prêt, et si on avait tiré du vin, et aussitôt se mit à table. Le mouton était encore tout sanglant, mais il ne lui en sembla que meilleur. Il reniflait à droite et à gauche, disant qu'il sentait la chair fraîche. ''Il faut, lui dit sa femme, que ce soit ce veau que je viens d'habiller que vous sentez. -- Je sens la chair fraîche, te dis-je encore une fois, reprit l'ogre, en regardant sa femme de travers, et il y a ici quelque chose de louche.'' 
En disant ces mots, il se leva de table, et alla droit au lit. ''Ah, dit-il, voilà donc comme tu veux me tromper, maudite femme! Je ne sais à quoi il tient que je ne te mange aussi; bien t'en prend d'être une vieille bête. Voilà du gibier qui me vient bien à propos pour traiter trois ogres de mes amis qui doivent me venir voir ces jours ici.'' Il les tira de dessous le lit l'un après l'autre. Ces pauvres enfants se mirent à genoux en lui demandant pardon; mais ils avaient à faire au plus cruel de tous les ogres, qui bien loin d'avoir de la pitié les dévorait déjà des yeux, et disait à sa femme que ce serait là de friands morceaux lorsqu'elle leur aurait fait une bonne sauce. 
Il alla prendre un grand couteau, et en approchant de ces pauvres enfants, il l'aiguisait sur une longue pierre qu'il tenait à sa main gauche. Il en avait déjà empoigné un, lorsque sa femme lui dit: ''Que voulez-vous faire à l'heure qu'il est? N'aurez-vous pas assez de temps demain matin? -- Tais-toi, reprit l'ogre, ils en seront plus mortifiés. -- Mais vous avez encore là tant de viande, reprit sa femme, voilà un veau, deux moutons et la moitié d'un cochon! -- Tu as raison, dit l'ogre, donne-leur bien à souper afin qu'ils ne maigrissent pas, et va les mener coucher.'' La bonne femme fut ravie de joie, et leur porta bien à souper, mais ils ne purent manger tant ils étaient saisis de peur. Quant à l'ogre, il se remit à boire, ravi d'avoir de quoi si bien régaler ses amis. 
Il but une douzaine de coupes, plus qu'à l'ordinaire, ce qui lui donna un peu mal à la tête, et l'obligea à aller se coucher. L'ogre avait sept filles qui n'étaient encore que des enfants. Ces petites ogresses avaient toutes le teint fort beau, parce qu'elles mangeaient de la chair fraîche comme leur père; mais elles avaient de petits yeux gris et tout ronds, le nez crochu et une fort grande bouche avec de longues dents fort aiguës et éloignées l'une de l'autre. Elles n'étaient pas encore très méchantes; mais elles promettaient beaucoup, car elles mordaient déjà les petits enfants pour en sucer le sang. On les avait fait coucher de bonne heure, et elles étaient toutes sept dans un grand lit, ayant chacune une couronne d'or sur la tête. Il y avait dans la même chambre un autre lit de la même grandeur; ce fut dans ce lit que la femme de l'ogre mit coucher les sept petits garçons; après quoi elle alla se coucher auprès de son mari. 
Le petit Poucet qui avait remarqué que les filles de l'ogre avaient des couronnes d'or sur la tête, et qui craignait qu'il ne prit à l'ogre quelque remords de ne les avoir pas égorgés dès le soir même, se leva vers le milieu de la nuit, et prenant les bonnets de ses frères et le sien, il alla tout doucement les mettre sur la tête des sept filles de l'ogre, après leur avoir ôté leurs couronnes d'or qu'il mit sur la tête de ses frères et sur la sienne, afin que l'ogre les prit pour ses filles, et ses filles pour les garçons qu'il voulait égorger. La chose réussit comme il l'avait pensé; car l'ogre, s'étant éveillé vers minuit, eut regret d'avoir différé au lendemain ce qu'il pouvait exécuter la veille; il se jeta donc brusquement hors du lit, et prenant son grand couteau: ''Allons voir, dit-il, comment se portent nos petits drôles; n'en faisons pas à deux fois.'' 
Il monta donc à tâtons à la chambre de ses filles et s'approcha du lit où étaient les petits garçons, qui dormaient tous excepté le petit Poucet, qui eut bien peur lorsqu'il sentit la main de l'ogre qui lui tâtait la tête, comme il avait tâté celles de tous ses frères. L'ogre, qui sentit les couronnes d'or: ''Vraiment, dit-il, j'allais faire là un bel ouvrage; je vois bien que j'ai trop bu hier soir.'' Il alla ensuite au lit de ses filles où, ayant senti les petits bonnets des garçons: ''Ah! les voilà, dit-il, nos gaillards! travaillons hardiment.'' En disant ces mots, il coupa sans hésiter la gorge à ses sept filles. Fort content de ce coup, il alla se recoucher auprès de sa femme. Aussitôt que le petit Poucet entendit ronfler l'ogre, il réveilla ses frères, et leur dit de s'habiller promptement et de le suivre. Ils descendirent doucement dans le jardin, et sautèrent par-dessus les murailles. 
Ils coururent presque toute la nuit, toujours en tremblant et sans savoir où ils allaient. L'ogre s'étant éveillé dit à sa femme: ''Va- t' en là-haut habiller ces petits drôles d'hier au soir.'' L'ogresse fut fort étonnée de la bonté de son mari, ne se doutant point de la manière qu'il entendait qu'elle les habillât, et croyant qu'il lui ordonnait de les aller vêtir, elle monta en haut où elle fut bien surprise lorsqu'elle aperçut ses sept filles égorgées et nageant dans leur sang. Elle commença par s'évanouir (car c'est le premier expédient que trouvent presque toutes les femmes en pareilles rencontres). 
L'ogre, craignant que sa femme ne fût trop longtemps à faire la besogne dont il l'avait chargée, monta en haut pour l'aider. Il ne fut pas moins étonné que sa femme lorsqu'il vit cet affreux spectacle. ''Ah! qu'ai-je fait là? s'écria-t-il. Ils me le payeront, les malheureux, et bientôt.'' Il jeta aussitôt une potée d'eau au visage de sa femme, et l'ayant fait revenir: ''Donne-moi vite mes bottes de sept lieues, lui dit-il, afin que j'aille les attraper.'' Il se mit en campagne, et après avoir couru bien loin de tous côtés, enfin il entra dans le chemin où marchaient les pauvres enfants qui n'étaient plus qu'à cent pas du logis de leur père. Ils virent l'ogre qui allait de montagne en montagne, et qui traversait des rivières aussi aisément qu'il aurait fait le moindre ruisseau. 
Le petit Poucet, qui vit un rocher creux proche le lieu où ils étaient, y fit cacher ses six frères, et s'y fourra aussi, regardant toujours ce que l'ogre deviendrait. L'ogre, qui se trouvait fort las du long chemin qu'il avait fait inutilement (car les bottes de sept lieues fatiguent fort leur homme), voulut se reposer, et par hasard il alla s'asseoir sur la roche où les petits garçons s'étaient cachés. Comme il n'en pouvait plus de fatigue, il s'endormit après s'être reposé quelque temps, et vint à ronfler si effroyablement que les pauvres enfants n'en eurent pas moins de peur que quand il tenait son grand couteau pour leur couper la gorge. Le petit Poucet en eut moins de peur, et dit à ses frères de s'enfuir promptement à la maison, pendant que l'ogre dormait bien fort, et qu'ils ne se missent point en peine de lui. Ils crurent son conseil et gagnèrent vite la maison. 
Le petit Poucet, s'étant approché de l'ogre, lui retira doucement les bottes, et les mit aussitôt. Les bottes étaient bien grandes et bien larges; mais comme elles étaient magiques, elles avaient le don de s'agrandir et de se rapetisser selon la jambe de celui qui les chaussait, de sorte qu'elles se trouvèrent aussi justes à ses pieds et à ses jambes que si elles avaient été faites pour lui. Il alla droit à la maison de l'ogre où il trouva sa femme qui pleurait auprès de ses filles égorgées. ''Votre mari, lui dit le petit Poucet, est en grand danger, car il a été pris par une troupe de voleurs qui ont juré de le tuer s'il ne leur donne tout son or et tout son argent. Au moment où ils lui tenaient le poignard sur la gorge, il m'a aperçu et m'a prié de vous venir avertir de l'état où il est, et de vous dire de me donner tout ce qu'il a de valeur sans en rien retenir, parce qu'autrement ils le tueront sans miséricorde: comme la chose presse beaucoup, il a voulu que je prisse ses bottes de sept lieues que voilà pour faire diligence, et aussi afin que vous ne croyiez pas que je sois un menteur.'' 
La bonne femme fort effrayée lui donna aussitôt tout ce qu'elle avait: car cet ogre ne laissait pas d'être fort bon mari, quoiqu'il mangeât les petits enfants. Le petit Poucet étant donc chargé de toutes les richesses de l'ogre s'en revint au logis de son père, où il fut reçu avec bien de la joie. Il y a bien des gens qui ne sont pas d'accord avec cette dernière circonstance, et qui prétendent que le petit Poucet n'a jamais fait ce vol à l'ogre; qu'à la vérité, il n'avait pas fait conscience de lui prendre ses bottes de sept lieues, parce qu'il ne s'en servait que pour courir après les petits enfants. Ces gens-là assurent le savoir de bonne part, et même pour avoir bu et mangé dans la maison du bûcheron. Ils assurent que lorsque le petit Poucet eut chaussé les bottes de l'ogre, il s'en alla à la cour, où il savait qu'on était fort en peine d'une armée qui était à deux cents lieues de là, et du succès d'une bataille qu'on avait donnée. Il alla, disent-ils, trouver le roi, et lui dit que s'il le souhaitait, il lui rapporterait des nouvelles de l'armée avant la fin du jour. Le roi lui promit une grosse somme d'argent s'il en venait à bout. 
Le petit Poucet rapporta des nouvelles dès le soir même, et cette première course l'ayant fait connaître, il gagnait tout ce qu'il voulait; car le roi le payait parfaitement bien pour porter ses ordres à l'armée, et une infinité de dames lui donnaient tout ce qu'il voulait pour avoir des nouvelles de leurs amants, et ce fut là son plus grand gain. Il se trouvait quelques femmes qui le chargeaient de lettres pour leurs maris, mais elles le payaient si mal, et cela allait à si peu de chose, qu'il ne daignait mettre en ligne de compte ce qu'il gagnait de ce côté-là. Après avoir fait pendant quelque temps le métier de courrier, et y avoir amassé beaucoup de bien, il revint chez son père, où il n'est pas possible d'imaginer la joie qu'on eut de le revoir. Il mit toute sa famille à son aise. Il acheta des offices de nouvelle création pour son père et pour ses frères; et par là il les établit tous, et fit parfaitement bien sa cour en même temps. 



MORALITÉ
On ne s'afflige point d'avoir beaucoup d'enfants,
Quand ils sont tous beaux, bien faits et bien grands,
Et d'un extérieur qui brille ;
Mais si l'un d'eux est faible ou ne dit mot,
On le méprise, on le raille, on le pille;
Quelquefois cependant c'est ce petit marmot.
Qui fera le bonheur de toute la famille.
(Charles Perrault)


jeudi 12 janvier 2012

Rémunération et égalité



Raymond Boudon : Ce que les enquêtes un peu fines semblent démontrer, c’est que, lorsqu’on demande aux gens ce qu’ils pensent de ces rémunérations très élevées du sportif ou de la vedette du spectacle, ils les acceptent. Ils les trouvent excessives, mais pas injustes.
Probablement parce que derrière, il y a cette idée que ces rémunérations sont dues au fait que, tout à fait librement, des millions de fans ou de spectateurs accordent leurs suffrages à la vedette du sport ou à la vedette du spectacle. Donc c’est le choix des individus…
 Journaliste : Ou que c’est momentané, c’est aléatoire…
 Raymond Boudon : Ou que c’est momentané et que c’est aléatoire, etc. Ceci dit, il y a aussi le sentiment  que c’est un peu excessif. Mais je pense que les gens accepteraient fort bien ces inégalités, si elles bénéficient à la communauté via la taxation fiscale et si par conséquent, il y a une certaine redistribution qui se fait. Sous cette condition, les gens admettent les inégalités.
 Alors effectivement, ce que les gens n’admettent pas, c’est les inégalités non justifiées. Et une inégalité non justifiée, ça s’appelle un privilège.
 Les inégalités, si elles sont justifiées, ou si leurs causes sont non maîtrisables, on les accepte.
Mais, pour citer des exemples contemporains, on sait très bien que le public réagit fort mal lorsqu’il apprend que tel chef d’entreprise -en plus si le chef d’entreprise en question a mis l’entreprise en faillite- se retire avec un parachute doré. Alors ça, c’est un objet presque de scandale. Parce que ça contredit des principes fondamentaux d’équité et de justice.
(Raymond Boudon est sociologue, membre de l’Académie des Sciences Morales et Politiques,  professeur à l’Université de Paris-Sorbonne .)



1- Quels exemples concrets donne Raymond Boudon de personnes recevant des rémunérations très élevées ?
2- Quelle est l’opinion commune à propos des rémunérations des sportifs ou des vedettes de spectacle ?
3- Pourquoi ces rémunérations ne sont-elles pas considérées comme injustes ?
4- Pourquoi le public réagit-il mal lorsqu’un chef d’entreprise part avec un parachute doré ? 
5- D’après vous, les rémunérations très élevées des sportifs de haut niveau sont-elles justifiées ou compréhensibles ?
6- Quelles sont selon vous les autres professions les mieux payées ?

Entre les murs


Par son titre même Entre les murs nous promet de nous faire entrer dans un espace ordinairement dérobé aux regards, l’institution scolaire et plus particulièrement la salle de classe.
On pourra souligner la très grande précision avec laquelle Entre les murs décrit l’institution scolaire  : il nous en montre non seulement les acteurs (des plus évidents, le prof et ses élèves, aux plus inattendus comme l’intendant) et les décors physiques, mais aussi les rouages et lieux de pouvoir : conseil d’administration, conseil de classe, conseil de discipline.
Il n’est  pas fortuit que le film se déroule dans un collège : depuis l’instauration de la scolarisation obligatoire jusqu’à 16 ans (1959) et la réforme du « collège unique » (parachevée par la loi Haby de 1975), le collège a pour vocation d’accueillir au sein d’un même cursus l’ensemble d’une classe d’âge, et de préparer sa future orientation dans (lycée général, lycée professionnel) ou hors du système éducatif. La classe de ce « collège difficile » mise en scène dans Entre les murs est à l’image de cette diversité sociale, et le film n’a pas besoin de sortir de l’enceinte de l’établissement pour laisser deviner son hors-champ.
On peut à ce propos s’interroger sur la périphrase « collège difficile » qu’emploie le synopsis du film : celle-ci reflète d’abord le point de vue des enseignants, confrontés à l’hétérogénéité (ethnique, sociale, scolaire) de leur « public », mais également à une réalité sociale parfois dramatique (on les voit s’interroger sur
les conséquences de l’exclusion de Souleymane, ou se mobiliser contre l’expulsion de la mère sans papiers de Wei). Mais cette difficulté d’enseigner a pour corollaire la difficulté d’apprendre et le fossé qui se creuse inexorablement avec les établissements plus favorisés.
Entre les murs se clôt avec l’année scolaire par un match de football dans la cour du collège, opposant l’équipe des enseignants et celle des élèves. A cette image d’une communauté harmonieusement recomposée dans le jeu, le film aura opposé une réalité plus conflictuelle. Entre les murs pose en effet explicitement la question du « vivre ensemble » au sein du collège, espace d’apprentissage et d’exercice de la démocratie (les élèves ont gagné, ces trente dernières années, toute une série de droits garantis par la loi et formalisés dans les règlements intérieurs) mais marqué par la contrainte (le titre ne fait pas pour rien référence à l’univers carcéral) et traversé par la relation dissymétrique entre adultes et adolescents. Les questions de l’autorité et de sa légitimité, de la justice et de la sanction, de la réciprocité ou non des droits et des devoirs, reviennent comme un leitmotiv tout au long du film.
Mais Entre les murs est loin de se résumer à une opposition entre enseignants et élèves. Les deux communautés apparaissent profondément diverses et divisées. Les élèves se révèlent souvent cruels les uns envers les autres (ainsi Esmeralda soulignant que Wei est le seul à ne pas connaître le mot « autrichien »), quand ne les opposent pas des conflits plus violents (qui prennent souvent, en paroles en tout cas, une dimension identitaire). Il n’y a que
quand il se sent attaqué en tant que groupe (vous êtes comme des enfants de dix ans) que le « bloc classe » se constitue et se dresse contre l’enseignant. Quant au groupe des enseignants il apparaît comme une somme d’individualités plutôt que comme une communauté soudée, à l’image d’un François Marin à la fois engagé dans la vie de l’établissement (il est délégué au conseil d’administration et au conseil de discipline) mais plutôt solitaire dans sa pratique. La savoureuse discussion en conseil d’administration sur l’instauration d’un « permis à points » montre la difficulté à se mettre d’accord sur une norme commune à imposer aux élèves.

jeudi 5 janvier 2012

Epiphanie


Epiphanie - Creare diapositive


Claire nuit à l'Epiphanie 
 Tonneaux biens remplis


dimanche 1 janvier 2012