mardi 30 août 2011

Le système éducatif



Le lycée en France
À l'issue du collège, les élèves peuvent poursuivre leur scolarité dans un lycée d'enseignement général et technologique ou dans un lycée professionnel. La scolarité y a lieu en trois ans : la seconde, la première et la terminale. Le lycée change pour mieux préparer l'avenir des élèves et les aider à réussir : mise en place du baccalauréat professionnel en trois ans depuis la rentrée 2009, réforme du lycée d’enseignement général et technologique depuis la rentrée 2010.
Les lycées publics ont un statut d'établissements publics locaux d'enseignement (EPLE). Leur construction et leur entretien relèvent des collectivités territoriales de par les lois de décentralisation, qui ont rattaché les lycées à la région.
Chaque lycée a élaboré un projet d'établissement, qui lui permet d’avoir une politique particulière en fonction de son public scolaire.

Le lycée d'enseignement général et technologique
Les voies générale et technologique comprennent trois classes : la seconde, la première et la terminale. La classe de seconde général et technologique est commune à ces deux voies. Le choix entre voie générale et voie technologique s'effectue à la fin de l'année de seconde.
À la fin de l'année de terminale a lieu l'examen du baccalauréat, premier diplôme de l'enseignement supérieur. Cet examen comporte aussi des épreuves anticipées en fin de première.
L'organisation de l'enseignement général et technologique
La classe de seconde générale et technologique : le cycle de détermination
La nouvelle seconde est une vraie classe de détermination. À côté des enseignements communs, qui représentent 80 % du total de l’horaire, les élèves choisissent deux enseignements d'exploration, dont un dans le domaine de l'économie, pour découvrir de nouvelles disciplines. Deux heures d’accompagnement personnalisé sont intégrées dans l’emploi du temps de tous les élèves.
Il existe aussi des classes de seconde préparant aux brevets de technicien (BT) et aux baccalauréats technologiques spécifiques (hôtellerie et techniques de la musique et de la danse, TMD).
La première et la terminale : le cycle terminal
Le cycle terminal se caractérise par une spécialisation progressive des études entre la classe de première et la classe terminale.
En classe de première, la part des enseignements communs reste importante même si la spécialisation entre série est amorcée.
En classe de terminale, les élèves se spécialisent plus fortement dans différents domaines : littérature, sciences, économie, technologies industrielles ou de laboratoire, etc.
La réforme du lycée d'enseignement général et technologique entre en application à la rentrée 2011 en classes de première et à la rentrée 2012 en classes terminales pour les séries générales (ES, L et S) et les séries technologiques industrielles et de laboratoire (STI2D et STL).
La voie générale pour des études longues
Elle comprend trois séries : économique et sociale (ES), littéraire (L) et scientifique (S).
La voie générale conduit les bacheliers vers des études supérieures en université, en classes préparatoires aux grandes écoles ou éventuellement vers des formations plus spécialisées (IUT, BTS).
La voie technologique pour des études supérieures technologiques en 2 ans et plus
Le baccalauréat technologique comporte huit séries à partir de la session 2013 :
STL : sciences et technologies de laboratoire
STI2D : sciences et technologies de l’industrie et du développement durable (anciennement STI : sciences et technologies industrielles) 
STD2A : sciences et technologies du design et des arts appliqués (anciennement STI : sciences et technologies industrielles, spécialité arts appliqués) 
STG : sciences et technologies de la gestion
ST2S. : sciences et technologies de la santé et du social
TMD : techniques de la musique et de la danse
Hôtellerie
STAV : sciences et technologies de l'agronomie et du vivant
La voie technologique prépare à des études supérieures technologiques en STS ou en IUT (en deux ans) et permet de continuer une formation plus poussée conduisant à une licence professionnelle ou un diplôme d’ingénieur.
Accompagner les élèves au lycée
La réforme du lycée a créé de nouveaux dispositifs pour mieux prendre en compte les besoins des élèves : accompagnement personnalisé, tutorat, stages de remise à niveau et stages passerelles.
D'autres dispositifs sont proposés aux lycéens :
     le dispositif de réussite scolaire
&  les stages d'anglais
Le lycée professionnel
En lycée professionnel, les enseignements technologiques et professionnels représentent de 40 à 60 % de l'emploi du temps d'un élève. Ils sont dispensés sous forme de cours en classe et selon les spécialités en atelier, dans un laboratoire ou sur un chantier. Les matières d'enseignement général (français, mathématiques, histoire-géographie, sciences, anglais) occupent aussi une place importante. Le lycée professionnel prépare les jeunes qu'il accueille à acquérir un diplôme professionnel afin de poursuivre des études, ou de s'insérer dans la vie active.
CAP, BEP et baccalauréat professionnel
Après la classe de troisième, les élèves qui entrent en lycée professionnel peuvent préparer :
un baccalauréat professionnel
un  un certificat d'aptitude professionnelle (CAP
l’u   l'un des quatre brevets d'études professionnelles (BEP) maintenus à la rentrée 2009
Les passerelles entre l’enseignement professionnel et l’enseignement général et technologique et entre le CAP et le baccalauréat professionnel sont facilitées.
Le baccalauréat professionnel
Le baccalauréat professionnel se prépare en trois ans après la troisième. Il atteste l’aptitude à exercer une activité professionnelle hautement qualifiée dans l’une de ses 75 spécialités. Les lycéens suivent une seconde, une première et terminale professionnelles. Si l’insertion professionnelle reste l’objectif prioritaire des élèves de baccalauréat professionnel, la poursuite d’études en BTS tend à se développer.
Le certificat d'aptitude professionnelle (CAP)
Le CAP se prépare en deux ans après la troisième. Il donne accès à un métier précis, en tant qu'ouvrier ou employé qualifié, et a pour principal objectif une entrée directe dans la vie professionnelle. Il existe environ 200 spécialités de CAP.
Le brevet d'études professionnelles (BEP)
Le brevet d'études professionnelles a été rénové. En lycée professionnel, sa préparation est intégrée au parcours en trois ans de baccalauréat professionnel. Quatre parcours en deux ans sont néanmoins maintenus provisoirement à la rentrée 2009 : carrières sanitaires et sociales, conduite et services dans le transport routier, métiers de la restauration et de l’hôtellerie, optique lunetterie.
Les lycées des métiers
Les lycées professionnels ayant reçu le label "lycée des métiers" proposent des formations dans des secteurs professionnels variés. Ils constituent une voie d'excellence pouvant mener jusqu'au niveau bac + 3. Les lycées technologiques peuvent aussi recevoir ce label.
Les lycées des métiers réunissent plusieurs types de formations : formation scolaire initiale, formation en apprentissage, formation continue et validation des acquis de l'expérience (VAE). Ils préparent aux diplômes technologiques et professionnels : CAP, BEP, baccalauréat professionnel, baccalauréat technologique, mention complémentaire, BTS, licence professionnelle.
Ils développent des relations étroites avec le monde professionnel et les partenaires locaux.
Le projet d'établissement
Les lycées définissent et mettent en œuvre un projet d'établissement, qui leur permet de prendre des initiatives. Leur autonomie s'est accrue en matière pédagogique et éducative. Elle porte notamment sur :
& l'organisation de l'établissement en classes
    l'emploi des dotations en heures d'enseignement
& l'organisation du temps scolaire
& la préparation de l'orientation
& la définition des actions de formation complémentaire et de formation continue
& l'ouverture de l'établissement sur son environnement économique et social
& les activités facultatives
Le projet d'établissement est élaboré en commun par les différents partenaires et adopté par le conseil d'administration : il définit les modalités particulières de mise en œuvre des orientations et programmes nationaux. Il permet à chaque établissement de contribuer aux objectifs nationaux de réussite des élèves en tenant compte de la diversité des publics scolaires. Il exprime les choix pédagogiques et éducatifs de l'établissement.
(d’après education.gouv.fr)

Regardez l’image et lisez le document. Comparez le système éducatif français avec le système italien.

Quelles différences  ? 

Un projet éducatif

Regardez ce clip :

L'internat d'excellence, une chance de plus pour... di Education_nationale

Répondez :

1. Quel est le sujet de ce clip ?
2. Quels sont les objectifs de ce projet ?
3. A qui s’adresse cette expérience ?
4. A quoi vise ce dispositif ?
5. Quelle est la spécificité du dispositif ?
6. Quels enseignements sont dispensés ?
7. Comment sont repérés les élèves ?
8. Comment sont recrutés les profs ?
9. Le cout de ce projet est-il élevé ?
10. Qu’en pensez-vous ?


Ecrivez un article (10-15 lignes) pour présenter et faire connaitre ce projet

dimanche 28 août 2011

Je te promets(J. Hallyday)



Je te promets le sel au baiser de ma bouche
Je te promets le miel à ma main qui te touche
Je te promets le ciel au dessus de ta couche
Des fleurs et des dentelles pour que tes nuits soient douces
Je te promets la clé des secrets de mon âme
Je te promets ma vie de mes rires à mes larmes
Je te promets le feu à la place des armes


Plus jamais des adieux rien que des au revoirs
J'y crois comme à la Terre, j'y crois comme au soleil
J'y crois comme un enfant, comme on peut croire au ciel
J'y crois comme à ta peau, à tes bras qui me serrent
J'te promets une histoire différente des autres
J'ai tant besoin d'y croire encore


Je te promets des jours tout bleus comme tes veines
Je te promets des nuits rouges comme tes rêves
Des heures incandescentes et des minutes blanches
Des secondes insouciantes au rythme de tes hanches
Je te promets mes bras pour porter tes angoisses
Je te promets mes mains pour que tu les embrasses
Je te promets mes yeux si tu ne peux plus voir
J'te promets d'être heureux si tu n'as plus d'espoir


J'y crois comme à la terre, j'y crois comme au soleil
J'y crois comme un enfant, comme on peut croire au ciel
J'y crois comme à ta peau, à tes bras qui me serrent
J'te promets une histoire différente des autres
Si tu m'aides à y croire encore


Et même si c'est pas vrai, si on te l'a trop fait
Si les mots sont usés, comme écrits à la craie
On fait bien des grands feux en frottant des cailloux
Peut-être avec le temps à la force d'y croire
On peut juste essayer pour voir


Et même si c'est pas vrai, même si je mens
Si les mots sont usés, légers comme du vent
Et même si notre histoire se termine au matin
J'te promets un moment de fièvre et de douceur
Pas toute le nuit mais quelques heures

Je te promets le sel au baiser de ma bouche
Je te promets le miel à ma main qui te touche
Je te promets le ciel au-dessus de ta couche
Des fleurs et des dentelles pour que tes nuits soient douces

(Johnny Hallyday)

Relevez les expressions liées au corps.
Relevez tout ce que le chanteur promet de faire : classez ces promesses.
A votre avis, pourquoi le narrateur promet-il tant de choses à cette femme ?
Comment comprenez-vous les phrases suivantes : « Je te promets ma vie de mes rires à mes larmes. » / « Je te promets le feu à la place des armes. » / « Si les mots sont usés » ?
Relevez les expressions qui montrent que cette histoire d’amour est éphémère.
Quels conseils donneriez-vous à un/e ami/e pour qu’il/qu’elle soit heureux/se ?

Lisez les citations suivantes :
- « La sagesse n’est pas dans la raison, mais dans l’amour.» (André Gide).
- « Quand on aime quelqu’un, c’est effrayant comme on pense peu aux autres. » (Marcel Pagnol)
- « Aimer, ce n’est pas se regarder l’un l’autre, c’est regarder ensemble dans la même direction. » (Antoine de Saint-Exupéry).
- « L’amour est la seule chose qui grandit quand on la partage. » (Antoine de Saint-Exupéry).
- « La formule la plus simple de l’amour : tu m’es nécessaire. » (André Malraux).
- « La vie est un sommeil, l’amour en est le rêve et vous aurez vécu si vous avez aimé. » (Alfred de Musset).
- « Aimer, c’est n’avoir plus droit au soleil de tout le monde. On a le sien. » (Marcel Jouhandeau).
- « L’avenir de l’homme est la femme. Elle est la couleur de mon âme. » (Louis Aragon).
Quelle est la citation que vous préférez ? Pourquoi ?


1. Votre ami/e est très amoureux/se et vous l’aidez à écrire une lettre d’amour.

2. Vous avez grossi, vous fumez beaucoup, vous travaillez beaucoup, vous êtes souvent absent/e de chez vous, votre vie familiale est perturbée. Vous décidez de changer de rythme de vie. Vous vous engagez auprès de votre femme ou à votre mari à tenir plusieurs promesses et vous écrivez une lettre ou un contrat ou un poème


Envole-moi (Jean-Jacques Goldman)


Minuit se lève en haut des tours
Les voix se taisent et tout devient aveugle et sourd
La nuit camoufle pour quelques heures
La zone sale et les épaves et la laideur

J'ai pas choisi de naître ici
Entre l'ignorance et la violence et l'ennui
J'm'en sortirai, j'me le promets
Et s'il le faut, j'emploierai des moyens légaux

Envole-moi ...
Loin de cette fatalité qui colle à ma peau
Envole-moi ...
Remplis ma tête d'autres horizons, d'autres mots
Envole-moi

Pas de question ni rébellion
Règles du jeu fixées mais les dés sont pipés
L'hiver est glace, l'été est feu
Ici, y'a jamais de saison pour être mieux

J'ai pas choisi de vivre ici
Entre la soumission, la peur ou l'abandon
J'm'en sortirai, je te le jure
A coup de livres, je franchirai tous ces murs

Envole-moi ...
Loin de cette fatalité qui colle à ma peau
Envole-moi ...
Remplis ma tête d'autres horizons, d'autres mots
Envole-moi

Me laisse pas là, emmène-moi, envole-moi
Croiser d'autres yeux qui ne se résignent pas
Envole-moi, tire-moi de là
Montre-moi ces autres vies que je ne sais pas
Envole-moi ...
Regarde moi bien, je ne laur ressemble pas
Me laisse pas là, envole-moi
Avec ou sans toi, je n'finirai pas comme ça
Envole-moi, envole-moi, envole-moi ...




A quoi vous fait penser le verbe « envoler » ?
Proposez quelques exemples d’utilisation de ce verbe.
Que remarquez-vous dans la construction des phrases ? Peut-on « envoler quelque chose » ? Vérifiez dans un dictionnaire.
Comment interprétez-vous le titre de cette chanson ?
Quel univers décrit-on dans la chanson ?
Quelle est la vie du narrateur de la chanson ?
A votre avis, à qui s’adresse le narrateur ?
Relevez les expressions qui montrent qu’il n’est pas heureux.
Relevez les expressions qui indiquent que le narrateur a envie de s’en sortir.
Expliquez les phrases suivantes :
- Envole-moi loin de cette fatalité qui colle à ma peau.
- J’ai pas choisi de vivre ici entre la soumission, la peur ou l’abandon.
- A coup de livres, je franchirai tous ces murs.
- Montre-moi ces autres vies que je ne sais pas.

Croyez-vous en la « fatalité » ? Donnez des exemples.
Selon vous, est-il facile d’échapper à son destin ? Comment peut-on faire ?
Quels sont, selon vous, les moyens qui permettent de fuir le milieu socio-culturel dont on est issu ?
Connaissez-vous des personnes qui ont réussi à fuir leur destin ?  
Croyez-vous que la banlieue soit un lieu de bannissement ?

Prière à Dieu (Voltaire)


Ce n’est donc plus aux hommes que je m’adresse ; c’est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps : s’il est permis à de faibles créatures perdues dans l’immensité, et imperceptibles au reste de l’univers, d’oser te demander quelque chose, à toi qui a tout donné, à toi dont les décrets sont immuables comme éternels, daigne regarder en pitié les erreurs attachées à notre nature ; que ces erreurs ne fassent point nos calamités. Tu ne nous as point donné un cœur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger ; fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d’une vie pénible et passagère ; que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à nos yeux, et si égales devant toi ; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution ; que ceux qui allument des cierges en plein midi pour te célébrer supporte ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil ; que ceux qui couvrent leur robe d’une toile blanche pour dire qu’il faut t’aimer ne détestent pas ceux qui disent la même chose sous un manteau de laine noire ; qu’il soit égal de t’adorer dans un jargon formé d’une ancienne langue, ou dans un jargon plus nouveau ; que ceux dont l’habit est teint en rouge ou en violet, qui dominent sur une petite parcelle d’un petit tas de boue de ce monde, et qui possèdent quelques fragments arrondis d’un certain métal, jouissent sans orgueil de ce qu’ils appellent grandeur et richesse, et que les autres les voient sans envie : car tu sais qu’il n’y a dans ces vanités ni envier, ni de quoi s’enorgueillir.
Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères ! Qu’ils aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes, comme ils ont en exécration le brigandage qui ravit par la force le fruit du travail et de l’industrie paisible ! Si les fléaux de la guerre sont inévitables, ne nous haïssons pas, ne nous déchirons pas les uns les autres dans le sein de la paix, et employons l’instant de notre existence à bénir également en mille langages divers, depuis Siam jusqu'à la Californie, ta bonté qui nous a donné cet instant.


Voltaire- Traité sur la tolérance

Le texte a la forme d’une prière en apparence, en réalité le contenu de la demande du texte est adressé aux hommes. Le but de Voltaire est d’amener les hommes à une tolérance mutuelle sur le plan religieux et social. C’est un appel à la fraternité entre les hommes. C’est un texte qui développe également le déisme de Voltaire : condamnation de la hiérarchie et des pratiques religieuses qui divisent les hommes.

Analysez le  sujet  selon  trois  axes :
Une apparence de prière
Une prière adressée aux hommes
Un manifeste déisme

Mon rêve familier (P. Verlaine)



samedi 27 août 2011

Le cancre (J. Prévert)

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vendredi 26 août 2011

Le Spleen de Paris (C. Baudelaire)


LES YEUX DES PAUVRES



   Ah! vous voulez savoir pourquoi je vous hais aujourd'hui. Il vous sera sans doute moins facile de le comprendre qu'à moi de vous l'expliquer; car vous êtes, je crois, le plus bel exemple d'imperméabilité féminine qui se puisse rencontrer.
 
   Nous avions passé ensemble une longue journée qui m'avait paru courte. Nous nous étions bien promis que toutes nos pensées nous seraient communes à l'un et à l'autre, et que nos deux âmes désormais n'en feraient plus qu'une; - un rêve qui n'a rien d'original, après tout, si ce n'est que, rêvé par tous les hommes, il n'a été réalisé par aucun.
 
   Le soir, un peu fatiguée, vous voulûtes vous asseoir devant un café neuf qui formait le coin d'un boulevard neuf, encore tout plein de gravois et montrant déjà glorieusement ses splendeurs inachevées. Le café étincelait. Le gaz lui-même y déployait toute l'ardeur d'un début, et éclairait de toutes ses forces les murs aveuglants de blancheur, les nappes éblouissantes des miroirs, les ors des baguettes et des corniches, les pages aux joues rebondies traînés par les chiens en laisse, les dames riant au faucon perché sur leur poing, les nymphes et les déesses portant sur leur tête des fruits, des pâtés et du gibier, les Hébés et les Ganymèdes présentant à bras tendu la petite amphore à bavaroises ou l'obélisque bicolore des glaces panachées; toute l'histoire et toute la mythologie mises au service de la goinfrerie.
 
   Droit devant nous, sur la chaussée, était planté un brave homme d'une quarantaine d'années, au visage fatigué, à la barbe grisonnante, tenant d'une main un petit garçon et portant sur l'autre bras un petit être trop faible pour marcher. Il remplissait l'office de bonne et faisait prendre à ses enfants l'air du soir. Tous en guenilles. Ces trois visages étaient extraordinairement sérieux, et ces six yeux contemplaient fixement le café nouveau avec une admiration égale, mais nuancée diversement par l'âge.
 
   Les yeux du père disaient: "Que c'est beau! que c'est beau! on dirait que tout l'or du pauvre monde est venu se porter sur ces murs." - Les yeux du petit garçon: "Que c'est beau! que c'est beau! mais c'est une maison où peuvent seuls entrer les gens qui ne sont pas comme nous." - Quant aux yeux du plus petit, ils étaient trop fascinés pour exprimer autre chose qu'une joie stupide et profonde.
 
   Les chansonniers disent que le plaisir rend l'âme bonne et amollit le coeur. La chanson avait raison ce soir-là, relativement à moi. Non seulement j'étais attendri par cette famille d'yeux, mais je me sentais un peu honteux de nos verres et de nos carafes, plus grands que notre soif. Je tournais mes regards vers les vôtres, cher amour, pour y lire ma pensée; je plongeais dans vos yeux si beaux et si bizarrement doux, dans vos yeux verts, habités par le Caprice et inspirés par la Lune, quand vous me dites: "Ces gens-là me sont insupportables avec leurs yeux ouverts comme des portes cochères! Ne pourriez-vous pas prier le maître du café de les éloigner d'ici?"
 
   Tant il est difficile de s'entendre, mon cher ange, et tant la pensée est incommunicable, même entre gens qui s'aiment!

LES FENETRES

   Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. Il n'est pas d'objet plus profond, plus mystérieux, plus fécond, plus ténébreux, plus éblouissant qu'une fenêtre éclairée d'une chandelle. Ce qu'on peut voir au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre. Dans ce trou noir ou lumineux vit la vie, rêve la vie, souffre la vie.
 
   Par-delà des vagues de toits, j'aperçois une femme mûre, ridée déjà, pauvre, toujours penchée sur quelque chose, et qui ne sort jamais. Avec son visage, avec son vêtement, avec son geste, avec presque rien, j'ai refait l'histoire de cette femme, ou plutôt sa légende, et quelquefois je me la raconte à moi-même en pleurant.
 
   Si c'eût été un pauvre vieux homme, j'aurais refait la sienne tout aussi aisément.
 
   Et je me couche, fier d'avoir vécu et souffert dans d'autres que moi-même.
 
   Peut-être me direz-vous: "Es-tu sûr que cette légende soit la vraie?" Qu'importe ce que peut être la réalité placée hors de moi, si elle m'a aidé à vivre, à sentir que je suis et ce que je suis?

N'IMPORTE OÙ HORS DU MONDE



   Cette vie est un hôpital où chaque malade est possédé du désir de changer de lit. Celui-ci voudrait souffrir en face du poêle, et celui-là croit qu'il guérirait à côté de la fenêtre.
   Il me semble que je serais toujours bien là où je ne suis pas, et cette question de déménagement en est une que je discute sans cesse avec mon âme.
   "Dis-moi, mon âme, pauvre âme refroidie, que penserais-tu d'habiter Lisbonne? Il doit y faire chaud, et tu t'y ragaillardirais comme un lézard. Cette ville est au bord de l'eau; on dit qu'elle est bâtie en marbre, et que le peuple y a une telle haine du végétal, qu'il arrache tous les arbres. Voilà un paysage selon ton goût; un paysage fait avec la lumière et le minéral, et le liquide pour les réfléchir!"
   Mon âme ne répond pas.
   "Puisque tu aimes tant le repos, avec le spectacle du mouvement, veux-tu venir habiter la Hollande, cette terre béatifiante? Peut-être te divertiras-tu dans cette contrée dont tu as souvent admiré l'image dans les musées. Que penserais-tu de Rotterdam, toi qui aimes les forêts de mâts, et les navires amarrés au pied des maisons?"
   Mon âme reste muette.
   "Batavia te sourirait peut-être davantage? Nous y trouverions d'ailleurs l'esprit de l'Europe marié à la beauté tropicale."
   Pas un mot. - Mon âme serait-elle morte?
   "En es-tu donc venue à ce point d'engourdissement que tu ne te plaises que dans ton mal? S'il en est ainsi, fuyons vers les pays qui sont les analogies de la Mort.
   - Je tiens notre affaire, pauvre âme! Nous ferons nos malles pour Tornéo. Allons plus loin encore, à l'extrême bout de la Baltique; encore plus loin de la vie, si c'est possible; installons-nous au pôle. Là le soleil ne frise qu'obliquement la terre, et les lentes alternatives de la lumière et de la nuit suppriment la variété et augmentent la monotonie, cette moitié du néant. Là, nous pourrons prendre de longs bains de ténèbres, cependant que, pour nous divertir, les aurores boréales nous enverront de temps en temps leurs gerbes roses, comme des reflets d'un feu d'artifice de l'Enfer!"
   Enfin, mon âme fait explosion, et sagement elle me crie: "N'importe où! n'importe où! pourvu que ce soit hors de ce monde!"

ENIVREZ-VOUS

Il faut être toujours ivre. Tout est là: c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve. 
   Mais de quoi? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.
 
   Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront: "Il est l'heure de s'enivrer! Pour n'être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous; enivrez-vous sans cesse! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise."



L'albatros


Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.


Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid!
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait!


Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.
(C. Baudelaire)

jeudi 25 août 2011

Adieu !


Basé à Nîmes, dans un régiment d'artillerie, Guillaume Apollinaire s'attend à rejoindre le front d'ici peu. La liaison amoureuse qu'il entretient avec Louise de Coligny (« Lou ») donne naissance à une abondante correspondance.

 * zan=  réglisse






L'amitié, l'amour, la joie, la tristesse, la peur, la colère... Pour exprimer de tels sentiments, certains disent que la poésie est un moyen privilégié d'expression. D'autres répondent qu'il en existe d'autres : musique, chanson, dessin, écriture, danse... 
Choisissez celui auquel vous êtes le plus sensible et  expliquez pourquoi .(max. 40 lignes) 

mercredi 24 août 2011

L'esclavage



Des origines de l'esclavage à son abolition


1- De l'antiquité au Moyen-âge

L'esclavage est une pratique observée depuis les civilisations antiques. Celles de Mésopotamie, d'Inde et de Chine employaient des esclaves soit à des tâches domestiques, soit à de grands travaux de construction ou d'agriculture. Les Égyptiens utilisaient des foules d'esclaves pour construire leurs palais et monuments royaux.
Dans la Grèce antique, les esclaves étaient traités humainement, à quelques exceptions près. Lorsqu'ils étaient au service d'un particulier, il se développait souvent des rapports humains entre maîtres et esclaves.
L'esclavage romain, quant à lui, différait sous plusieurs aspects de celui de l'Antiquité grecque. Les maîtres romains avaient plus de droits sur leurs esclaves, notamment le droit légal de vie et de mort.
Au Moyen-âge, l'esclavage diminue sous la pression de l'Eglise. Après la chute de Rome, durant les invasions barbares répétées entre les Ve et Xe siècles, l'esclavage fut remplacé par le servage. Le sort des serfs était meilleur que celui des esclaves.
Mais c'est avec les besoins de main-d'oeuvre pour les colonies que les grandes puissances européennes vont bientôt instaurer un système effrayant : la traite des Noirs.

2- La période coloniale

Les navires négriers partaient de quatre ports français : Le Havre, La Rochelle, Bordeaux et Nantes. De 1715 à 1789, il y eut 1 427 expéditions négrières à partir de Nantes qui devint le premier port négrier.
Les esclaves étaient réunis dans des lieux servant d'entrepôts, tels que l'île de Gorée au Sénégal. Durant 4 siècles, les bateaux négriers venant d'Espagne, du Portugal, de France, du Danemark et de l'Angleterre s'y sont approvisionnés et ont vendu les esclaves survivants sur les côtes américaines. Le trajet durait de 3 à 6 semaines, au cours desquelles de nombreuses personnes succombaient à la maladie. Après 1807, le commerce des esclaves est devenu illégal et les conditions de voyage se sont encore détériorées, augmentant considérablement le taux de mortalité.
La vie des esclaves noirs dans les colonies françaises était réglée par le Code noir, rédigé au temps de Colbert en 1685 où les esclaves sont définis comme des " meubles " transmissibles et négociables.
Puis, sous la Révolution française, pour calmer la révolte des esclaves dans les colonies des Antilles et empêcher l'Angleterre de s'emparer de ces terres, les députés de la Convention abolissent une première fois l'esclavage.


3- L'abolition et sa mise en œuvre

Le Danemark fut le premier pays européen à abolir la traite des Noirs en 1792, suivi de près par l'Angleterre (1807) et les Etats-Unis (1808). Au congrès de Vienne en 1814, la Grande-Bretagne usa de son influence pour inciter d'autres puissances étrangères à imiter cette politique
En France, un premier décret abolit la traite des noirs et l'esclavage en 1794, mais huit ans plus tard en 1802, Napoléon Bonaparte abrogea cette mesure sitôt acquise la paix avec l'Angleterre. Les esclaves français se virent enfin octroyer la liberté, grâce à Victor Schoelcher, le 27 avril 1848.
L'abolition de l'esclavage fut une longue lutte qui se termina théoriquement en 1980, quand le dernier pays esclavagiste (la Mauritanie) mit officiellement fin à ce fléau. Mais d'autres formes d'esclavage apparaissent aujourd'hui…


De l'abolition à l'esclavage contemporain

1- De l'abolition à la départementalisation…

Après l'abolition de l'esclavage, les esclaves libérés ont continué à travailler dans les plantations de leurs anciens maîtres mais cette fois-ci avec le statut de salariés.
Alors qu'on lui demandait l'égalité des droits pour tous les citoyens français de métropole comme ceux d'outre-mer, la République s'en est principalement tenue à la gestion de ses intérêts économiques dans ses anciennes colonies. C'est au nom de cette logique que les premières générations d'hommes politiques des territoires d'outre-mer ont réclamé la départementalisation de leur pays, qui se traduisit par la loi de départementalisation de 1946.

2- Les conséquences sur les sociétés contemporaines

Un métissage
Dans les colonies françaises, il était " bien vu " pour un colon d'avoir une maîtresse de couleur. Cependant, il n'était pas question de l'épouser, c'était socialement impensable sans compter qu'ils avaient la plupart du temps déjà une femme résidant en Europe. Le métissage est donc la conséquence d'une population africaine qui s'est trouvée en contact avec une population européenne, une population dominée avec une population dominante.
Une répartition inégale de la propriété dans les sociétés coloniales elles-mêmes
Certains territoires anciennement colonisés n'ont jamais connu de peuplement permanent, ainsi les habitants actuels sont des descendants des sociétés esclavagistes. Et plus d'un siècle et demi après l'abolition de l'esclavage, on retrouve encore des traces importantes de ces structures de l'époque coloniale, se traduisant par une répartition inégalitaire de la propriété.
Une population émigrée
Pour les sociétés européennes, la conséquence lointaine d'avoir déporté des êtres humains est aujourd'hui une présence physique d'une population émigrée composée des ressortissants des "vieilles colonies".
Des préjugés raciaux
L'esclavage a créé ce qu'on appelait aux 18e et 19e siècles le préjugé de couleur : une hiérarchie des couleurs avec à son sommet la couleur blanche. L'esclavage n'est cependant pas la seule cause du racisme.

3- L'esclavage moderne

Aujourd'hui l'esclavage persiste sous de nouvelles formes violant la Déclaration des Droits de l'Homme de 1948.
Le travail forcé :
D'après les estimations du CPME (Comité Pour la Mémoire de l'Esclavage), quelques milliers de jeunes domestiques seraient "employés" illégalement en France (confiscation des papiers d'identité, absence de rémunération, violences physiques…)
Le commerce d'êtres humains :
Il sert principalement à alimenter des filières de prostitution dans le monde entier. On estime par exemple à 2 millions le nombre de femmes prostituées en Thaïlande.
Le travail des enfants :
Il est considéré comme de l'esclavage lorsqu'il se fait dans des conditions dangereuses. En Inde, par exemple, des enfants travaillent dans des fabriques de verre à côté des fours où la température peut atteindre 1600°C. Au Pakistan, les journées de travail peuvent atteindre 20h, 7j/7…

Sur le chemin de la reconnaissance…

1- Vers la reconnaissance de l'histoire de l'esclavage en France

L'origine de la loi Taubira est une ancienne revendication identitaire des populations issues de l'esclavage, exigeant que la France intègre cette histoire dans sa mémoire et dans son enseignement. Cette revendication, relativement isolée au départ, a pris une forme d'urgence avec l'anniversaire des 150 ans de l'abolition de l'esclavage en 1998, année où les manifestations et les commémorations ont été extrêmement nombreuses. Quelques années plus tard, la conférence de l'ONU sur les droits de l'Homme à Durban a officiellement qualifié l'esclavage de crime contre l'humanité. En parallèle, l'idée a progressé en France pour, à terme, donner lieu à la loi Taubira votée unanimement le 10 mai 2001.

2- Et pour les autres pays anciennement esclavagistes ?

Aux Etats-Unis, il existe une journée de commémoration pour les Noirs, mais le pas de la qualification juridique de crime contre l'humanité n'a pas été franchi.
En Angleterre, qui accueille beaucoup de ressortissants de ses anciens territoires, ce n'est pas un débat national. Ce pays n'a pas adopté le modèle typiquement français de l'intégration républicaine par un principe de départementalisation.
Dans les autres pays européens, le cas le plus étonnant est celui de la Hollande où il n'y a eu aucun débat à ce sujet, alors qu'elle a été un pays esclavagiste. Il en est de même au Portugal, ce qui est sans doute dû à la plus faible présence des ressortissants des anciennes colonies dans le pays. Finalement, la France fait un peu figure d'exception…


3- Le CPME, Comité Pour la Mémoire de l'Esclavage

Le CPME a été créé en application de la loi Taubira. Il n'est pas, comme on a tendance à le dire en raccourci, " un comité de la date ", créé uniquement pour choisir une date de commémoration. Son rôle dépasse largement cet aspect : il a pour objectifs de proposer des évolutions des manuels et programmes scolaires, des lieux de mémoire, un inventaire des archives et des musées, de contribuer à mettre en place un mémorial de l'esclavage, ainsi qu'un centre de recherche et de documentation sur l'histoire de la traite négrière, de l'esclavage et de l'abolition. Ainsi le comité ne s'occupe pas simplement du passé, mais a surtout pour but d'intégrer cette histoire dans la mémoire nationale pour les générations à venir, afin que tous se souviennent de cette histoire, et pas uniquement les descendants des victimes.
4- La journée du 10 mai
Principaux événements :
l'inauguration d'une stèle à la mémoire de l'esclavage par le Président de la République
la lecture de textes envoyés par l'Education Nationale dans les écoles
des émissions TV (débats, films...)
une multitude d'actions associatives locales