mercredi 30 novembre 2011

Parlons d’euthanasie


Hélène Renard : Professeur, que faut-il entendre exactement par le mot « Euthanasie » : est-ce un droit à mourir ou un permis d’accorder la mort sous certaines conditions ? 
André Vacheron : Non, dans sa définition la plus courante, l’euthanasie est l’acte qui provoque la mort d’un malade incurable pour abréger ses souffrances ou son agonie. Elle est aussi fréquemment qualifiée de « mort douce ». Et à l’heure actuelle, dans notre législation française, l’euthanasie est un meurtre. 
Hélène Renard : C’est effectivement considéré comme cela actuellement. L’euthanasie est-elle de votre point de vue une alternative aux soins palliatifs ?
André Vacheron : Absolument non. Ce n’est pas une alternative aux soins palliatifs. Les soins palliatifs sont destinés à accompagner un patient, une personne dans sa fin de vie en lui évitant la souffrance, en lui apportant autant que possible la sérénité, en lui enlevant l’angoisse. Et ce n’est pas du tout l’acte qui tue un malade. L’euthanasie est un acte qui tue un malade. C’est tuer un malade ou toute autre personne qui n’est pas malade. Cela peut être effectivement, comme l’on peut le constater dans certains pays, qui sont assez voisins du nôtre, comme la Suisse, une aide au suicide assisté.
Mais dans tous les cas, l’euthanasie est en quelque sorte un homicide.   
Hélène Renard : Revenons sur ces dérives qui sont à craindre. Y a-t-il un risque de confondre « l’aide à mourir » avec « l’aide au suicide » ?
André Vacheron : Mais oui. Si vous voulez, à partir du moment où une loi autoriserait ou autorisera l’assistance médicalisée pour mourir, il y aura, bien sûr, un certain nombre de règlements, un certain nombre de réserves réglementaires, d’encadrement. Mais la porte finalement sera ouverte à la dépénalisation de toutes les formes d’euthanasie. Ça finira par déborder sur l’euthanasie des déprimés, l’euthanasie des personnes très âgées en fin de vie, l’euthanasie des malades atteints d’Alzheimer, des personnes des plus vulnérables que le grand âge ou la maladie affaiblit, au point qu’elles perdent leur autonomie de décision. Et on en arrivera peut-être à tuer par motif égoïste, parce qu’on a envie de supprimer des grands-parents, qui finalement vous encombrent ou par motif économique parce que les 850 000 Alzheimer que nous avons en France coûtent très chers. Et je pense que ces dérives sont absolument abominables et contraires à toute éthique. 
(André Vacheron est docteur en médecine, agrégé de cardiologie, chef du service de cardiologie à l´hôpital Necker ainsi que professeur titulaire de clinique cardiologique à la faculté de médecine de Paris depuis 1981. Il est également membre de l’Académie des sciences morales et politiques.)

1- Selon André Vacheron, qu’est-ce que l’euthanasie ?
2- Quelle est la différence entre l’euthanasie et les soins palliatifs ?
3- Selon André Vacheron, quelles dérives potentielles la dépénalisation de l’euthanasie pourrait-elle entrainer ?
4- Pourquoi André Vacheron est-il contre toute dépénalisation de l’euthanasie ?
5 L'euthanasie active suppose le geste d'un tiers qui administre à un malade une substance létale dans le but de provoquer la mort immédiatement. L'euthanasie passive traduit le renoncement aux traitements médicamenteux, l'interruption de l'alimentation ou de l'hydratation artificielle ou l'administration d'opiacées ou de sédatifs à haute dose, pouvant plonger le malade dans le coma et provoquer la mort au bout de quelques jours. »
Ces deux cas d’euthanasie  vous semblent-t-il comparables ? Pourquoi ?
6- En Suisse, le suicide assisté est autorisé. L’association «DIGNITAS – Vivre dignement – Mourir dignement» a été créée le 17 mai 1998 en Suisse. Depuis sa création, elle a aidé plus de 1000 personnes à terminer leur vie en douceur, en sécurité, sans risque et, dans la plupart des cas, entourées de membres de leur famille et/ou d’amis. Qu’en pensez-vous ?

dimanche 27 novembre 2011

La Convention européenne des droits de l’homme



La Convention européenne des droits de l’homme est un traité international dont le but est la défense des droits de l’homme. Sa ratification est une condition indispensable pour adhérer à l’Organisation. Elle a été adoptée en 1950 et est entrée en vigueur en 1953.

Les gouvernements membres du Conseil de l'Europe œuvrent en faveur de la paix et entreprennent de réaliser entre eux une union plus étroite fondée sur les droits de l'homme et les libertés fondamentales. Par cette Convention, ils décident de prendre les premières mesures pour garantir un grand nombre de droits parmi ceux qu'énonce la Déclaration universelle des droits de l'homme.
Article 1 ‐ Obligation de respecter les droits de l'homme
Les États doivent reconnaître à toute personne les droits contenus dans la Convention.
Article 2 ‐ Droit à la vie
Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi.
Article 3 ‐ Interdiction de la torture
Personne ne peut infliger à quiconque des blessures ou des tortures. Même en détention, la dignité humaine doit être respectée.
Article 4 ‐ Interdiction de l'esclavage et du travail forcé
Nul ne peut être traité comme un esclave ou être obligé d'accomplir un travail forcé.
Article 5 ‐ Droit à la liberté et à la sûreté
Toute personne a droit à la liberté.
Toute personne arrêtée a le droit de savoir pourquoi.
Elle doit être jugée rapidement ou être libérée en attendant son procès.
Article 6 ‐ Droit à un procès équitable
Toute personne a le droit d'être jugée équitablement par un juge indépendant et impartial. Si vous êtes accusé d'une infraction, vous être présumé innocent jusqu'à ce que votre culpabilité ait été établie. Vous avez le droit d'être défendu par un avocat, payé par l'État si vous n'avez pas les moyens de le rémunérer.
Article 7 ‐ Pas de sanction sans loi
On ne peut être jugé coupable d'une infraction si l'action incriminée ne constituait pas une infraction à l'époque où elle a été commise.
Article 8 ‐ Droit au respect de la vie privée et familiale
Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance.
Article 9 ‐ Liberté de pensée, de conscience et de religion
Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion. Vous pouvez pratiquer librement votre religion chez vous et en public, et en changer si vous le souhaitez.
Article 10 ‐ Liberté d'expression
Chacun a le droit de dire et d'écrire ce qu'il pense, et de recevoir ou de communiquer des informations.
Ce droit englobe la liberté de la presse.
Article 11 ‐ Liberté de réunion et d'association
Toute personne a le droit de prendre part à des réunions pacifiques et de créer des associations ‐ y compris des syndicats ‐ ou d'y adhérer.
Article 12 ‐ Droit au mariage
Toute personne a le droit de se marier et de fonder une famille.
Article 13 ‐ Droit à un recours effectif
Toute personne lésée dans ses droits peut déposer plainte officiellement auprès des tribunaux et autres organismes publics.
Article 14 ‐ Interdiction de discrimination
Chacun jouit de ces droits quels que soient la couleur de sa peau, son sexe, sa langue, ses convictions politiques ou religieuses ou ses origines.
Article 15 ‐ Dérogation en cas d'état d'urgence
En cas de guerre ou dans d'autres situations d'urgence, un gouvernement peut prendre des dispositions qui vont à l'encontre de ces droits, mais seulement dans les strictes limites nécessaires. Même dans ce cas, un gouvernement n'a pas le droit, par exemple, de torturer ou de tuer arbitrairement.
Article 16 ‐ Restrictions à l'activité politique des étrangers
Les gouvernements peuvent restreindre les activités politiques des étrangers, même si ces restrictions entrent en conflit avec les articles 10, 11 ou 14.
Article 17 ‐ Interdiction de l'abus de droits
Aucune disposition de la Convention ne peut servir à nuire aux droits et aux libertés qu'elle défend.
Article 18 ‐ Limitation des restrictions aux droits
La plupart des droits contenus dans cette convention peuvent être restreints par une loi générale qui s'applique à tous. De telles restrictions ne sont autorisées que si elles sont strictement nécessaires.
Articles 19 à 51
Ces articles définissent le fonctionnement de la Cour européenne des droits de l'homme.
Article 52 ‐ Enquêtes du Secrétaire Général
Si le Secrétaire Général du Conseil de l'Europe le demande, un gouvernement doit expliquer de quelle manière la législation du pays en question assure la protection des droits contenus dans la Convention.


Protocoles à la Convention
Article 1 du Protocole n° 1 – Protection des biens
Toute personne a le droit de posséder des biens et de jouir de ses possessions.
Article 2 du Protocole n° 1 – Le droit à l’instruction
Toute personne a le droit d’aller à l’école.
Article 3 du Protocole n° 1 – Droit à des élections libres
Chacun a le droit de participer aux élections du gouvernement de son pays dans un scrutin libre à bulletin secret.
Article 2 du Protocole n° 4 – Liberté de circulation
Toute personne qui réside légalement dans un pays a le droit de circuler et de s’établir où elle veut à l’intérieur de ce pays.
Article 1 du Protocole n° 6 – Abolition de la peine de mort
Une personne ne peut être condamnée à mort ou exécutée par l’État.
Article 2 du Protocole n° 7 – Droit d’appel dans les affaires pénales
Une personne condamnée pour une infraction pénale doit pouvoir faire appel auprès d’une juridiction supérieure.
Article 3 du Protocole n° 7 – Indemnisation pour condamnation abusive
Une personne condamnée pour une infraction et qui se révèle être innocente a droit à une indemnisation.
Article 1 du Protocole n° 12 – Interdiction générale de la discrimination
Une personne ne peut faire l’objet de discrimination de la part des autorités publiques pour des motifs liés,
par exemple, à la couleur de sa peau, à son sexe, à sa langue, à ses convictions politiques ou religieuses ou à ses origines.
(d’après le site du Conseil d’Europe) 

Pour comprendre….


Traité international
Accord conclu entre des États en vue de produire des effets de droit dans leurs relations mutuelles.
Convention
Une convention est un accord juridique conclu entre deux ou plusieurs États. Les États sont invités d’abord à signer la convention, pour montrer qu’ils entendent suivre ses dispositions, puis, lorsqu’ils sont sûrs qu’ils pourront le faire, ils la ratifient ; autrement dit, ils s’engagent à défendre ses valeurs et à suivre ses directives.
Protocole à la convention
Un protocole à la convention est un texte qui ajoute un ou plusieurs droits au texte initial de la convention ou en modifie certaines dispositions. Les protocoles ajoutant des droits à la convention ne sont opposables qu’aux États les ayant signés et ratifiés. À ce
jour, 14 protocoles additionnels à la CEDH ont été adoptés.


En synthétisant …
La Convention protège notamment :
le droit à la vie, à la liberté et à la sûreté
le droit au respect de la vie privée et familiale
la liberté d’expression
la liberté de pensée, de conscience et de religion
le droit de vote et d’être candidat à des élections
le droit à un procès équitable dans les affaires civiles
ou pénales
le droit de posséder des biens et d’en jouir pacifiquement.
Elle interdit entre autres :
la torture et les peines ou traitements inhumains ou
dégradants
l’esclavage et le travail forcé
la détention arbitraire et illégale
les discriminations dans la jouissance des droits et libertés reconnus par la Convention
l’expulsion ou le refoulement par un État de ses propres ressortissants
la peine de mort
l’expulsion collective d’étrangers.






L'Europe protège les droits de l’homme à travers plusieurs instruments …




Des organisati ons pour la défense des droits de l’homme

Nous devons tous veiller à ce que les droits de l’homme soient protégés et encouragés. Même si les États s’engagent à protéger les droits de l’homme, de nombreuses organisations non gouvernementales (ONG) veillent en Europe et dans le monde à ce que les droits de l’homme soient encouragés, défendus et sauvegardés.
Quelles ONG sont actives en ce domaine dans notre pays ?
Quels sont leurs buts ? Que font-elles ? Qui sont leurs membres ? Y a-t-il des organisations de droits de l’homme
dans notre région ? 


vendredi 25 novembre 2011

Contre la peine de mort (V. Hugo)



(…) Voilà assez de faits. En voilà trop. Est-ce que tout cela n'est pas horrible ? Qu'avez-vous à alléguer pour la peine de mort ?

Nous faisons cette question sérieusement : nous la faisons pour qu'on y réponde ; nous la faisons aux criminalistes, et non aux lettrés bavards. Nous savons qu'il y a des gens qui prennent l'excellence de la peine de mort pour texte à paradoxe comme tout autre thème. Il y en d'autres qui n'aiment la peine de mort que parce qu'ils haïssent tel ou tel qui l'attaque. C'est pour eux une question quasi littéraire, une question de personnes, une question de noms propres. Ceux-là sont les envieux, qui ne font pas plus faute aux bons jurisconsultes qu'aux grands artistes. Les Joseph Grippa ne manquent pas plus aux Filangieri que les Torregiani aux Michel-Ange et les Scudéry aux Corneille.
Ce n'est pas à eux que nous nous adressons, mais aux hommes de loi proprement dits, aux dialecticiens, aux raisonneurs, à ceux qui aiment la peine de mort pour la peine de mort, pour sa beauté, pour sa bonté, pour sa grâce.
Voyons, qu'ils donnent leurs raisons.

Ceux qui jugent et qui condamnent disent la peine de mort nécessaire. D'abord, – parce qu'il importe de retrancher de la communauté sociale un membre qui lui a déjà nui et qui pourrait lui nuire encore. – S'il ne s'agissait que de cela, la prison perpétuelle suffirait. À quoi bon la mort ? Vous objectez qu'on peut s'échapper d'une prison ? faites mieux votre ronde. Si vous ne croyez pas à la solidité des barreaux de fer, comment osez-vous avoir des ménageries ?
Pas de bourreau où le geôlier suffit.

Mais, reprend-on, – il faut que la société se venge, que la société punisse. – Ni l'un, ni l'autre. Se venger est de l'individu, punir est de Dieu.

La société est entre deux. Le châtiment est au-dessus d'elle, la vengeance au-dessous. Rien de si grand et de si petit ne lui sied. Elle ne doit pas "punir pour se venger" ; elle doit corriger pour améliorer. Transformez de cette façon la formule des criminalistes, nous la comprenons et nous adhérons.

Reste la troisième et dernière raison, la théorie de l'exemple. – Il faut faire des exemples ! il faut épouvanter par le spectacle du sort réservé aux criminels ceux qui seraient tentés de les imiter !   –   Voilà bien à peu près textuellement la phrase éternelle dont tous les réquisitoires des cinq cents parquets de France ne sont que des variations plus ou moins sonores. Eh bien ! nous nions d'abord qu'il y ait exemple. Nous nions que le spectacle des supplices produise l'effet qu'on en attend. Loin d'édifier le peuple, il le démoralise, et ruine en lui toute sensibilité, partant toute vertu. Les preuves abondent, et encombreraient notre raisonnement si nous voulions en citer. Nous signalerons pourtant un fait entre mille, parce qu'il est le plus récent. Au moment où nous écrivons, il n'a que dix jours de date. Il est du 5 mars, dernier jour du carnaval. À Saint-Pol, immédiatement après l'exécution d'un incendiaire nommé Louis Camus, une troupe de masques est venue danser autour de l'échafaud encore fumant. Faites donc des exemples ! le mardi gras vous rit au nez.
V. Hugo : Le Dernier jour d'un condamné - Préface – 1832



Retrouvez dans cet extrait comment Victor Hugo présente d’abord les arguments des partisans de la peine de mort , puis il les réfute un par un à la manière d’un avocat. 

Melancholia



Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?
Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit ?
Ces filles de huit ans qu'on voit cheminer seules ?
Ils s'en vont travailler quinze heures sous des meules ;
Ils vont, de l'aube au soir, faire éternellement
Dans la même prison le même mouvement.
Accroupis sous les dents d'une machine sombre,
Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l'ombre,
Innocents dans un bagne, anges dans un enfer,
Ils travaillent. Tout est d'airain, tout est de fer.
Jamais on ne s'arrête et jamais on ne joue.
Aussi quelle pâleur ! la cendre est sur leur joue.
Il fait à peine jour, ils sont déjà bien las.
Ils ne comprennent rien à leur destin, hélas !
Ils semblent dire à Dieu : « Petits comme nous sommes,
Notre père, voyez ce que nous font les hommes ! »
O servitude infâme imposée à l'enfant !
Rachitisme ! travail dont le souffle étouffant
Défait ce qu'a fait Dieu ; qui tue, œuvre insensée,
La beauté sur les fronts, dans les cœurs la pensée,
Et qui ferait - c'est là son fruit le plus certain ! -
D'Apollon un bossu, de Voltaire un crétin !
Travail mauvais qui prend l'âge tendre en sa serre,
Qui produit la richesse en créant la misère,
Qui se sert d'un enfant ainsi que d'un outil !
Progrès dont on demande : « Où va-t-il ? que veut-il ? »
Qui brise la jeunesse en fleur ! qui donne, en somme,
Une âme à la machine et la retire à l'homme !
Que ce travail, haï des mères, soit maudit !
Maudit comme le vice où l'on s'abâtardit,
Maudit comme l'opprobre et comme le blasphème !
O Dieu ! qu'il soit maudit au nom du travail même,
Au nom du vrai travail, sain, fécond, généreux,
Qui fait le peuple libre et qui rend l'homme heureux !

    Victor Hugo, Les Contemplations, Livre III- 1856

Quels sont les différents travaux enfantins qui sont décrits dans ce poème ?
Comment  V. Hugo  voit-il la condition des enfants travailleurs ? Relevez  les vers qui ont le plus marqué votre  attention.




Comme Hector Malot, Eugène Sue ou Alphonse Daudet, Victor Hugo s’est beaucoup préoccupé, dans ses romans qui se fondent souvent sur des faits-divers relatés dans la presse, des enfants malheureux et de leur exploitation par des ravisseurs ou des nourrices sans scrupules. Mais Cosette, contrairement à Gavroche ou à L’Homme qui rit, n’est pas qu’une description littéraire. Elle a, depuis plus d’un siècle, les traits du personnage dessiné par Émile-Antoine Bayard, artiste qui illustra de nombreuses publications de Louis Hachette, notamment celles de la Bibliothèque rose. La gravure est, en effet, continuellement reproduite, à l’identique ou détourée comme sur l’affiche réalisée pour la mise en scène théâtrale des Misérables — par Robert Hossein — où le buste de Cosette est imprimé sur fond de drapeau tricolore.

Parmi tant d’images de Cosette, celle d’E-A. Bayard (ci-dessus )s’est imposée au point de devenir un logo qui exprime toute la misère juvénile.

Observez attentivement l’image  et dites pourquoi. 


LES ENFANTS  ONT DES DROITS... 




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20 novembre 2011 : Les droits de l'enfant 22 ans après

Le 20 novembre  on a fêté  les 22 ans de la convention internationale des droits de l’enfant. 22 ans et beaucoup reste à régler.
Adoptée par l’Assemblée Générale des Nations Unies le 20 novembre 1989, la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (CIDE) est le traité international le plus ratifié au monde. A l’exception notable des Etats-Unis et de la Somalie, tous les pays ont reconnu alors l’impératif d’apporter des soins et une attention particulière aux enfants en raison de leur vulnérabilité considérant que «l’humanité se doit de donner à l’enfant le meilleur d’elle-même ».  Vingt deux ans après, où en est-on ?
Santé, des progrès mais peu mieux faire
Les progrès les plus significatifs depuis 1989 ont été réalisés dans le domaine de la santé. Pour autant, ils restent relatifs : en 2009, 9 200 000 enfants (au lieu de 14 millions en 1989) mouraient encore avant leurs 15 ans. Si nombre de maladies virales comme la rougeole, le tétanos ou bien encore la polio ont pratiquement été éradiquées, puisque le taux de mortalité des enfants pour ces épidémies a baissé de presque 90 % en vingt ans, il n’en est pas de même pour le SIDA. 2 millions d’enfants de par le monde l’on contracté et 35 % d’entre eux en meurent avant leurs 10 ans. Près de 90% de ces enfants vivent en Afrique subsaharienne où les médicaments, pourtant de plus en plus efficaces, tardent à arriver.
Malnutrition et accès à l’eau potable : une situation dramatique
Le bilan, quoique meilleur qu’il y a vingt deux ans, reste dramatique : 4 millions d’enfants meurent avant 5 ans parce qu’ils sont mal nourris. Dans les pays en voie de développement, plus d'un milliard d'habitants n'ont pas accès à l'eau salubre et près de 3 milliards de personnes (plus de la moitié de l'humanité) ne sont pas équipées de systèmes d'assainissement. Près de 3 millions d'enfants meurent chaque année de maladies dues au manque d'hygiène et douze millions d’entre eux meurent victimes de pneumonie, de diarrhée et autres maladies évitables. Pourtant de simples mesures d'hygiène, d’accès à l’eau potable, d’alimentation suffisante ou d’allaitement maternel pourraient sauver de nombreuses vies.
Les enfants au travail 
Aujourd’hui, plus de 200 millions d’enfants travaillent dans le monde, exerçant des activités qui nuisent à leur développement mental, physique et émotionnel. Les enfants sont contraints de travailler parce que leur survie et celle de leur famille en dépendent. Le travail des enfants perdure, même là où il a été déclaré illégal, et il est souvent entouré d’un mur de silence, d’apathie et d’indifférence.
Les enfants soldats
250 000 enfants dans 20 pays de la planète, dont certains n'ont pas plus de 8 ans, participent directement aux conflits. Ils sont soldats, démineurs, espions, porteurs, esclaves sexuels... Certains autres ont appris à tuer et à torturer. Si leur nombre global reste stable, les pays ayant recours aux services de ces gamins sont eux de plus en plus nombreux.  Au moins deux millions d’enfants sont morts ces 10 dernières années à la suite de guerres déclenchées par des adultes. Des progrès sont cependant enregistrés grâce à une plus grande visibilité de la cause des enfants impliqués dans des conflits armés. L’adoption de normes plus strictes pour les protéger et améliorer l’assistance humanitaire constitue également des avancées.
L’exploitation sexuelle des enfants
Pour le bon plaisir d'adultes sans scrupules plusieurs millions d'enfants et d'adolescents sont prostitués ou exploités sexuellement à travers le monde. Malgré une prise de conscience certaine, ce phénomène se développe et de nouveaux réseaux se créent notamment sur Internet. C'est avant tout un drame de pauvres. Même si l'on rencontre sur tous les continents des pédophiles, la très grande majorité des enfants prostitués et exploités sexuellement se trouvent dans les pays du tiers monde ou dans les catégories sociales très défavorisées des pays riches. La majorité de ces jeunes a entre 12 et 18 ans, mais certains ont à peine 8 ans et même des bébés sont parfois impliqués. Là aussi, de réels progrès ont été réalisés grâce notamment à un renforcement de l’arsenal répressif et des campagnes d’information en direction des enfants.
L’Education,  un levier majeur
Entre tous, l’éducation joue un rôle crucial. Car, même au milieu du chaos, elle peut restaurer un certain degré de stabilité et de normalité pour les enfants. Une amélioration sensible a été opérée depuis 20 ans et le nombre d’enfants non scolarisés est passé de 115 millions à 93 millions. L’écart entre le nombre de filles scolarisées et les garçons s’est considérablement réduit. Une amélioration qu’il faut cependant relativiser par le taux d’achèvement des études qui reste très insuffisant. L’éducation offre une occasion unique de transmettre aux enfants des messages de survie sur des questions aussi vitales que la prévention du sida et la sensibilisation aux dangers qui les menacent. L’éducation peut aussi permettre de semer la paix et la justice partout dans le monde.
CIDE : 22 ans de progrès et d’illusions
La Convention Internationale des Droits de l'Enfant de 1989 a soulevé de grands espoirs et des promesses ont été faites aux enfants du monde. Ce texte a été un symbole, en mentionnant expressément que chaque être humain peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés inscrites dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. L’enfant n’était plus un adulte en devenir, il était bel et bien un être humain, sujet de droits et de devoirs. 20 ans après, il reste beaucoup à faire pour que les droits des enfants deviennent une réalité. Promouvoir et défendre les droits des enfants, c'est tout d'abord créer les conditions sociales, économiques et culturelles afin que tous puissent y accéder. C'est à ce prix que les droits de l'enfant seront véritablement respectés. Il faudra donc encore beaucoup de volonté politique et d’acharnement individuel et associatif pour que les dirigeants de la planète débloquent enfin les moyens pour y parvenir.
La situation en France
Si la France est un des pays au monde qui respecte le mieux la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (le Canada et la Suède font figure de meilleurs « élèves »), il existe toutefois de graves problèmes :  la pauvreté qui touche 2 millions d’enfants avec ses conséquences désastreuses sur la scolarité, l’accès à la santé et au logement ; la discrimination qui pénalise les jeunes des banlieues issus de l’immigration ou d’Outre-mer ; la situation des mineurs étrangers isolés qui sont retenus dans les zones d’attente des aéroports ou qui errent dans les rues sans bénéficier d’assistance ; le recours excessif aux mesures répressives, par défaut de structures alternatives à l’incarcération des mineurs, renforcé par l’approche des élections présidentielles ; le fichage des enfants dans le fichier "Base élève" de l'Education nationale ; la situation des enfants Roms et des gens du voyage ; la suppression du défenseur des enfants en tant qu’autorité indépendante aujourd’hui noyé dans l’ensemble hétéroclite du "Défenseur des droits" ; l’évaluation des enfants dès la maternelle ; la difficulté d’intégration scolaire des élèves handicapés, le suicide des enfants et des jeunes ; la discrimination dans les cantines scolaires, etc…
Perception de la convention en France
Selon un sondage UNICEF/SOFRES effectué en novembre 2010, auprès des jeunes de 13 à 18 ans, à peine un sur quatre, soit 24 %, avait déjà entendu parler de la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE).. Ainsi, on parle de moins en moins de droits de l’enfant, sauf quand l’actualité les ramène sur le devant de la scène (pédophilie, maltraitance…). On parle de moins en moins de droits de l’enfant mais beaucoup du droit à l’enfant. On constate une nouvelle tentative de lier droits des enfants et devoirs des enfants avec l’idée que « l’enfant aura des droits lorsqu’il respectera ses devoirs ». Pourtant la convention internationale des droits de l’enfant a reconnu l’enfant comme une personne qui n’appartient à personne et que la société doit protéger. Comment un enfant peut-il respecter une règle, une loi venant d’un groupe, d’un Etat qui ne le respecte pas voire qu’il le dénie totalement ? C’est pourquoi, il est nécessaire de mieux promouvoir les droits de l’enfant et la Convention Internationale auprès des enfants eux-mêmes. Ce n’est pas une question mineure, car garantir à l’enfant le droit à la santé, à un nom, à une nationalité, à l’éducation, aux loisirs, à la culture, passe par le fait  que ces droits soient aussi accordés à leurs parents. On le voit bien, du sort que l’on réserve aujourd’hui aux enfants dépend l’avenir de la société toute entière.
Quelques chiffres :
 30% des personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté  sont des enfants (soit 2 millions d’enfants) 
 980 000 enfants vivent dans des familles percevant les minima sociaux 
 140 000 adolescents sortent de l'école sans diplôme ni formation 
 350 000 enfants vivent dans des conditions de logement indécentes ou sont en errance 
 30 000 enfants vivent dans la rue 
 150 000 enfants sont séparés de leur famille,  majoritairement dans les milieux défavorisés 
 7 000 mineurs étrangers vivent isolés sans aucun soutien 
 1 enfant sur 20 est victime de violences physiques 
 1 enfant sur 10 est victime de violences psychiques 
 1 enfant sur dix est victime de harcèlement à l’école 
 Le suicide des jeunes est la deuxième cause de mortalité après les accidents de voiture 
 Un enfant sur trois ne part jamais en vacances 

(l’article Les droits de l'enfant 22 ans après a été  diffusé sur le site de Jean-Charles Champagnat  www.droitsenfant.com )

jeudi 24 novembre 2011

Stéréotypes de la France et des Français vus de l'étranger

Sujets pour s'exprimer (DELF)



Les fêtes organisées par Facebook
Ils ne se connaissent pas — ou à peine —, ils sont amis sur Internet et se donnent rendez-vous pour faire la fête tous ensemble. Les fêtes organisées par Facebook, ou par d’autres réseaux sociaux sur le Net, sont à la mode. Certains y voient l’occasion de rencontrer plein de nouvelles personnes et de s’amuser, d’autres de se permettre de faire ce qui est interdit d’habitude : boire dans la rue, provoquer des bagarres, etc.
Qu’en pensez-vous ? Faut-il interdire ces rassemblements ? Faut-il en filtrer les participants ? Faut-il laisser ces fêtes se dérouler librement ?


Les vacances
Savez-vous que la France est l’un des pays dans lesquels les collégiens ont le plus d’heures de cours ? Pour alléger les semaines d’école, le gouvernement songe à raccourcir les vacances d’été de 2 semaines. En échange, les journées d’école seraient moins longues et moins fatigantes. Ces changements pourraient avoir lieu dès la rentrée 2013. Mais ils vont d’abord être discutés par les enseignants, les parents d’élèves, les syndicats…
Serais-vous prêts(es) à réduire tes vacances pour avoir des journées d’école moins chargées ? Ou bien pensez-vous que les rythmes scolaires entre les vacances et les cours sont bien équilibrés ?



Internet
En Europe, 38 % des 9-12 ans ont un profil sur Facebook. Pourtant, à cause d’une loi américaine, ce site est interdit aux moins de 13 ans dans le monde entier.
Aux États-Unis, pays où se trouve Facebook, il est interdit de récolter les données personnelles (adresses, téléphone, etc.) des moins de 13 ans car ces données peuvent être vendues à des entreprises. Mais le patron de Facebook souhaite que les moins de 13 ans s’inscrivent sur son site car, selon lui, c’est un bon moyen d’apprentissage des réseaux sociaux. D’autres pensent qu’il veut juste gagner de l’argent en vendant les adresses et numéros des enfants.

 Vous en pensez quoi ?


Des insectes frits à toutes les sauces !

A Bangkok, la nuit, des cuisines ambulantes et des buvettes proposent des mets « appétissants » à chaque coin de rue. Parmi ces mets, on trouve de petits bols en fer blanc remplis de sauterelles et de coléoptères frits ou encore de la salade de fourmis, des vers à soie blancs enfermés dans des sachets en plastique et encore des scorpions noirs bien croquants.
Nous n’arrivons pas à l’imaginer mais les insectes, riches en protéines, vitamines, et minéraux essentiels constituent ainsi un substitut idéal du poisson et de la viande. La demande d’insectes comestibles a aujourd’hui le vent en poupe et pourrait bien s’accroître notamment dans les pays occidentaux où les fermes d’élevage se multiplient.
Un récent rapport de la FAO (Food and Agriculture Organisation) des Nations Unies a pour objectif l’augmentation de la sécurité alimentaire grâce à une consommation accrue d’insectes.
Vous pensez que si on mangeait tous des insectes, on arriverait à enrayer la faim dans le monde ?

 Pour ou contre le mariage homosexuel ?

Cet été, une proposition de loi autorisant le mariage entre 2 personnes du même sexe a été rejetée en France. Au même moment, ce mariage est devenu légal dans la ville de New York, aux États-Unis.
Il est aussi autorisé en Suède, en Belgique ou aux Pays-Bas. Mais le mariage homosexuel reste interdit dans la majorité des pays. Les opposants estiment que le mariage est un acte sacré réservé aux couples formés d’un homme et d’une femme. Les partisans jugent qu’interdire le mariage aux couples homosexuels est une forme de racisme.
Faut-il l’autoriser ou continuer à l’interdire ?

mercredi 23 novembre 2011

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Les documents qui suivent pourraient  vous aider à réfléchir.Au cas où  vous n’en auriez pas besoin, bonne lecture  quand même !


Rabelais (en 1534) fait  la description d’une éducation idéale, qui intègre le corps et l’esprit, et que l’on peut opposer à l’éducation absurde imposée par le « grand docteur en théologie nommé Maistre Thubal Holoferne »  consistant essentiellement à savoir réciter l’alphabet dans les deux sens et à écrire en belles lettres gothiques.
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Gargantua se réveillait donc vers quatre heures du matin. Pendant qu’on l’astiquait, on lui lisait une page de la divine Ecriture, à haute et intelligible voix et avec une diction claire ; mission confiée à un jeune page natif de Basché, nommé Anagnotes. En fonction du thème et du sujet de ce passage, il se consacrait à vénérer, adorer, prier et supplier le bon Dieu, dont la lecture montrait la majesté et le jugement merveilleux. Puis il se retirait aux lieux d’aisances pour se purger de ses excréments naturels. Là son précepteur répétait ce qui avait été lu en lui en expliquant les points les plus obscurs et difficiles. En revenant, ils considéraient l’état du ciel : s’il se présentait comme ils l’avaient noté le soir précédent, dans quelle partie du zodiaque entraient le soleil et la lune pour la journée. Cela fait, il était habillé, peigné, coiffé, adorné et parfumé ; pendant ce temps on lui répétait les leçons de la veille.
Lui-même les récitait par cœur et en tirait quelques conclusions pratiques sur la condition humaine ; ils y passaient parfois jusqu’à deux ou trois heures, mais d’habitude ils s’arrêtaient lorsqu’ils avaient fini de s’habiller. Puis pendant trois bonnes heures on lui faisait la lecture.
Cela fait, ils sortaient, en conversant toujours du sujet de la leçon, et allaient se récréer au Jeu de Paume du Grand Braque ou dans une prairie ; ils jouaient à la balle ou à la paume, s’exerçant le corps aussi lestement qu’ils l’avaient fait auparavant de leur esprit.
Ils jouaient librement, abandonnant la partie quand ils voulaient et s’arrêtant ordinairement quand ils étaient bien en sueur ou fatigués. Alors, bien essuyés et frottés, ils changeaient de chemise et, se promenant tranquillement, ils allaient voir si le déjeuner était prêt.
En attendant, ils récitaient clairement, en y mettant le ton, quelques sentences retenues de la leçon. Cependant, Monsieur l’Appétit venait, et ils s’asseyaient à table au moment opportun. Au début du repas, on lisait quelque histoire plaisante tirée des anciennes légendes, jusqu’à ce qu’il eût bu son vin. Alors, selon l’envie, on continuait la leçon ou bien ils commençaient à converser joyeusement ensemble ; les premiers temps, ils parlaient des vertus, des propriétés efficaces et de la nature de tout ce qu’on leur servait à table : le pain, le vin, l’eau, le sel, les viandes, les poissons, les fruits, les herbes, les légumes, et la façon dont ils étaient apprêtés.
De cette façon, il apprit en peu de temps tous les passages se rapportant à ces sujets chez Pline, Athénée, Dioscoride, Galien, Porphyre, Opien, Polybe, Héliodore, Aristote, Elien, et d’autres. En parlant, ils faisaient souvent, pour plus de sûreté, apporter à table les livres en question. Et il retint si bien en mémoire ce qu’on y disait qu’il n’y avait pas alors de médecin qui en sût moitié autant que lui.

Dans ce chapitre des Essais (1595)  Montaigne  décrit son projet pédagogique, reprenant les pistes de ses prédécesseurs (Erasme, Vivès, Rabelais) qui ont réfléchi à la question de l’Education. Il rappelle l’importance d’exercer le jugement de l’enfant et de différencier les méthodes d’apprentissage en fonction de la diversité des enfants.

« A un enfant de maison, qui recherche des lettres (…) pour s’en enrichir en et parer en dedans, ayant plutôt envie d’en réussir habile homme, qu’homme savant, je voudrais aussi qu’on fût soigneux de lui choisir un conducteur, qui eût plutôt la tête bien faite, que bien pleine : et qu’on y requît tous les deux, mais plus les mœurs et l’entendement que la science : et qu’il se conduisît en sa charge d’une nouvelle manière.
On ne cesse de criailler à nos oreilles, comme qui verserait dans un entonnoir ; et notre charge ce n’est que redire ce qu’on nous a dit. Je voudrais qu’il corrigeât cette partie ; et que de belle arrivée, selon la portée de l’âme qu’il a en main, il commença à la mettre à la montre, lui faisant goûter les choses, les choisir, et discerner d’elle-même. Quelquefois lui ouvrant le chemin, quelquefois le lui laissant ouvrir. Je ne veux pas qu’il invente et parle seul : je veux qu’il écoute son disciple parler à son tour. (…) Il est bon qu’il le fasse trotter devant lui, pour juger de son train : et juger jusques à quel point il se doit ravaler, pour s’accommoder à sa force.
A faute de cette proportion, nous gâtons tout. Et de la savoir choisir, et s’y conduire bien mesurèrent, c’est des plus ardues besognes que je sache : Et est l’effet d’une haute âme et bien forte, savoir condescendre à ses allures puériles, et les guider. Je marche plus ferme et plus sûr, à mont qu’à val. Ceux qui, comme notre usage porte, entreprennent d’une même leçon et pareille mesure de conduite, régenter plusieurs esprits de si diverses mesures et formes : ce n’est pas merveille si en tout un peuple d’enfants ils en rencontrent à peine deux ou trois qui rapportent quelque juste fruit de leur discipline. Qu’il ne lui demande pas seulement compte des mots de sa leçon, mais du sens et de la substance.
Et qu’il juge du profit qu’il aura fait, non par le témoignage de sa mémoire, mais de sa vie.

VOLTAIRE, Candide (1759)
Ce conte philosophique de Voltaire met en scène un jeune homme d’une grande naïveté, Candide, qui, chassé du château où il coulait des jours heureux, subit une série d’aventures malheureuses qui lui font découvrir l’état du monde et la cruauté des hommes. Ces expériences vont mettre à mal sa foi en la science philosophique de son maître, Pangloss, selon laquelle tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

Pangloss enseignait la métaphysicothéologocosmolonigologie. Il prouvait admirablement qu’il n’y a point d’effet sans cause, et que, dans ce meilleur des mondes possibles, le château de monseigneur le baron était le plus beau des châteaux et madame la meilleure des baronnes possibles.
« Il est démontré, disait-il, que les choses ne peuvent être autrement : car, tout étant fait pour une fin, tout est nécessairement pour la meilleure fin. Remarquez bien que les nez ont été faits pour porter des lunettes, aussi avons-nous des lunettes. Les jambes sont visiblement instituées pour être chaussées, et nous avons des chausses1. Les pierres ont été formées pour être taillées, et pour en faire des châteaux, aussi monseigneur a un très beau château ; le plus grand baron de la province doit être le mieux logé ; et, les cochons étant faits pour être mangés, nous mangeons du porc toute l’année : par conséquent, ceux qui ont avancé que tout est bien ont dit une sottise ; il fallait dire que tout est au mieux.»
Candide écoutait attentivement, et croyait innocemment ; car il trouvait Mlle Cunégonde extrêmement belle,
quoiqu’il ne prît jamais la hardiesse de le lui dire. Il concluait qu’après le bonheur d’être né baron de Thundertentronck, le second degré de bonheur était d’être Mlle Cunégonde ; le troisième, de la voir tous les jours ; et le quatrième, d’entendre maître Pangloss, le plus grand philosophe de la province, et par conséquent de toute la terre.
Un jour, Cunégonde, en se promenant auprès du château, dans le petit bois qu’on appelait parc, vit entre des broussailles le docteur Pangloss qui donnait une leçon de physique expérimentale à la femme de chambre de sa mère, petite brune très jolie et très docile. Comme Mlle Cunégonde avait beaucoup de disposition pour les sciences, elle observa, sans souffler, les expériences réitérées dont elle fut témoin ; elle vit clairement la raison suffisante du docteur, les effets et les causes, et s’en retourna toute agitée, toute pensive, toute remplie du désir d’être savante, songeant qu’elle pourrait bien être la raison suffisante du jeune Candide, qui pouvait aussi être la sienne.

STENDHAL, Le Rouge et le Noir (I, chapitre 6) (1830)
Julien Sorel, jeune homme d’origine modeste mais aux grandes qualités intellectuelles, vient d’être engagé par le maire de Verrières, M. de Rénal, pour être le précepteur de ses enfants. Il est présenté à eux pour la première fois et se livre à une démonstration d’érudition qui suscite leur admiration.

Enfin Julien parut. C’était un autre homme. C’eût été mal parler que de dire qu’il était grave ; c’était la gravité incarnée. Il fut présenté aux enfants, et leur parla d’un air qui étonna M. de Rénal lui-même.
- Je suis ici, messieurs, leur dit-il en finissant son allocution, pour vous apprendre le latin. Vous savez ce que c’est que de réciter une leçon. Voici la sainte Bible, dit-il en leur montrant un petit volume in- 32, relié en noir. C’est particulièrement l’histoire de Notre-Seigneur Jésus Christ, c’est la partie qu’on appelle le Nouveau Testament. Je vous ferai souvent réciter des leçons, faites-moi réciter la mienne.
Adolphe, l’aîné des enfants, avait pris le livre. – Ouvrez-le au hasard, continua Julien, et dites-moi les trois premiers mots d’un alinéa. Je réciterai par cœur le livre sacré, règle de notre conduite à tous, jusqu’à ce que vous m’arrêtiez.
Adolphe ouvrit le livre, lut deux mots, et Julien récita toute la page, avec la même facilité que s’il eût parlé français. M. de Rénal regardait sa femme d’un air de triomphe. Les enfants voyant l’étonnement de leurs parents, ouvraient de grands yeux. Un domestique vint à la porte du salon, Julien continua de parler latin. Le domestique resta d’abord immobile, et disparut ensuite. Bientôt la femme de chambre de madame, et la cuisinière, arrivèrent près de la porte ; alors Adolphe avait déjà ouvert le livre en huit endroits, et Julien récitait toujours avec la même facilité.

Daniel PENNAC - Comme un roman (1992), p. 99
Dans l’ouvrage qu’il consacre à la lecture, Daniel Pennac cite longuement le portrait qu’une ancienne étudiante fit de son professeur de littérature, l’écrivain Georges Perros, véritable passeur de passion pour le livre :

Il [Perros] arrivait le mardi matin, ébouriffé de vent et de froid sur sa moto bleue et rouillée. Voûté, dans un caban marine, la pipe à la bouche ou dans la main. Il vidait une sacoche de livres sur la table. Et c’était la vie. (…) Oui, c’était la vie : une demi tonne de bouquins, des pipes, du tabac, un numéro de France-Soir ou de L’Equipe, des clefs, des carnets, des factures, une bougie de moto… De ce fatras, il tirait un livre, il nous regardait, il partait d’un rire qui nous mettait en appétit, et il se mettait à lire. Il marchait en lisant, une main dans la poche, l’autre, celle qui tenait le livre, un peu tendue, comme si, le lisant, il nous l’offrait. Toutes ses lectures étaient des cadeaux. Il ne nous demandait rien en échange. Quand l’attention de l’un ou l’une d’entre nous fléchissait, il s’arrêtait de lire une seconde, regardait le rêveur et sifflotait. Ce n’était pas une remontrance, c’est un rappel joyeux à la conscience.
Il ne nous perdait jamais de vue. Même au plus profond de sa lecture, il nous regardait par-dessus les lignes. Il avait une voix sonore et lumineuse, un peu feutrée, qui remplissait parfaitement le volume des classes, comme elle aurait comblé un amphi, un théâtre, le champ de Mars, sans que jamais un mot soit prononcé au-dessus d’un autre. Il prenait d’instinct les mesures de l’espace et de nos cervelles.
Il était la caisse de résonance naturelle de tous les livres, l’incarnation du texte, le livre fait homme. Par sa voix nous découvrions soudain que tout cela avait été écrit pour nous.


dimanche 20 novembre 2011

La solidarité

J-F. Millet : L'Angelus

Préparez votre exposé   à l’aide des questions ci-dessous :

  1. Quelles ONG, -organisations non-gouvernementales- , consacrées à l'aide humanitaire ou solidaire connaissez-vous ?
  2. Dans votre ville, y a-t-il la possibilité de s'investir dans une des organisations de ce genre ?
  3. Connaissez-vous des projets solidaires même si vous n'y avez pas participé ?
  4. Que pensez-vous du fait de donner un peu d'argent à ces organisations non gouvernementales ?
  5. Vous avez peut-être rencontré des Sans Domicile Fixe - SDF - dans les rues de votre ville ou d'une grande capitale. Comment    peut-on  les aider ?
  6. Dans quel pays du Tiers Monde aimeriez-vous apporter votre aide ?
  7. Que savez-vous de l'organisation "Amnesty International" ?
  8. Que savez-vous de l'organisation "Greenpeace" ?
  9. Que savez-vous des organisations humanitaires "Médecins sans frontières" ,"Croix Rouge Internationale" ?
  10. Connaissez-vous les groupes « Emmaüs », «  Les Restos du cœur » ?